‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 233 sur 257 · iSpec. 123 a; 2Cel · texte numérisé non relu

iSpec. 123 a; 2Cel

Teffondrement de son cœur. Qu'importe après œla que les sanglots de François aient redoublé au point de le rendre aveugle pendant quinze jours! L'apaisement venait, la vierge consolatrice allait lui rendre la sérénité.

Tout d'abord) elle le retint, et se mettant elle-même à la besogne, lui fit avec des roseaux une grande cellule dans le jardin du monastère, afin qu'il eût l'entière liberté de ses mouvements.

Comment refuser une hospitalité si franciscaine? Elle ne le fut que trop; des légions de souris et de rats infes* talent ce recoin ; la nuit, ils se promenaient jusque sur le lit de François avec un vacarme infernal, si bien qu'au milieu de ses souffrances, il ne pouvait trouver aucun repos. Mais il oubliait bien vite tout cela auprès de son amie. Une fois de plus elle lui rendait la foi et le courage. Un rayon de soleil, disait-il, suffit à dissiper bien des ténèbres !

Cependant l'homme des anciens jours se réveillait peu à peu en lui et parfois les sœurs entendaient, se mêlaot au murmure des pins et des oliviers, l'écho de cantiques inconnus, qui semblaient venir de la cellule de roseaux.

Un jour, il s'était assis à la table du monastère après une longue conversation avec Claire. On avait à peine commencé à manger, lorsque tout à coup il sembla ravi en extase.

Lavduto sia lo Signore ! s'écria-t-il en revenant à lui. Il venait de composer le Cantique du soleil ^.

1. J'ai combiné le récit de Gelano et celai des Conformités. Les détails donnés par ce second document me paraissent absolument dignes de foi. On voit très bien pourquoi Gelano les a omis, et on ne s'expliquerait pas comment ils auraient été inventés tardivement. 2 Gel 3, 138; Conform. 42 b 2; 119 b 1 ; 184 b 2; 239 a 2; Speo. 123 a ss ; Fior. 19.

Texte 1.

INCIPIUNT LAUDES CREATURÂRUM QUAS FECIT BEATUS FRANCISCUS AD LAUDEM ET HONOREM DEI GUM ESSET INFIRMUS AD SANCTUM DAMIANUM.

Altissimu, onnipotente, bon signore, tue so le laude la gloria e Tonore et onae benedictione. Ad te solo, altissimo^ se konfaDO et nullu homo ene dignu te mentovare.

Laudato sie^ mi signore, cum tucte le tue créature spetialmente messor lo frate sole, 1o quale jorna^ et illumini per lui; Et ellu è bellu e radiante cum grande splendore; de te, altissimo^ porta significatione.

Laudato si, mi signore, per sora luna e le stelle, in celu V ai formate clarite et pretiose et belle.

Laudato si, mi signore, per frate vente et per aère et nubilo et sereno et onne tempo, per le quale a le tue créature dai sustentamento.

Laudato si, mi signore, per sor acqua, la quale è multo utile et humele et pretiosa et casta.

Laudato si, mi signore, per frate focu, per lo quale ennallumini la nocte, ed elle è belle et jucundo et robustoso et forte.

i. D'après le manuscrit 338 d'Assise f» 33 a. V. p. XXXVIIL II a été déjà publié d'après ce manuscrit par le P. Panfilo da Magliano : Storia eompendiosa di San Francesco, Rome 2 vol. in-18, 1874- 1876. Les Conformités 202 b 2-203 a 1 en donnent une leçon qui ne s'écarte de celle-ci que par des variantes insignifiantes. Le savant philologue Monaci en a établi un texte critique fort remarquable, dans sa Crestomazia itaîiana dei primi seeolû Gitta di Castello, fascicule I, 1889 in-8s p. 29-31. Ce travaU tout à fait scrupuleux me dispense d'indiquer plus au long les manuscrits ou les éditions.

Laudato si^ mi signore^ per sora nostra matre terra, la quale ne sustenta et governa et produce divers! fructi con coloriti flori et herba.

Laudato si, mi signore^ per quilli ke perdonano per lo tuo et sostengo inOrmitate et tribulatione. [amore

beati quilli ke sosterrano in pace, ka da te^ altissimo^ sirano incoronati.

Laudato si^ mi signore^ per sora nostra morte corporale, da la quale nullu homo vivente po skappare; guai a quilli ke morrano ne le peccata mortali ; beati quilli ke se trovarà ne le tue sanctissime voluntati, ka la morte secunda nol farrà maie.

Laudate et benedicete mi signore et rengratiate et serviteli cum grande humilitate.

TRADUCTION JUXTALINÉAIRE

— Très-haut, tout-puissant, bon Seigneur,

Vôtres sont les louanges^ la gloire et l'honneur et toute béné-

A vous seul^ Très-Haut^ elles sont dues [diction

et aucun homme n'est digne de vous nommer.

— Soyez loué, Seigneur^ avec toutes vos créatures spécialement monseigneur frère soleil

qui donne le jour et par lui vous montrez votre lumière.

Il est beau et rayonnant avec grande splendeur^ de vous, Très-Haut, il est le symbole.

— Soyez loué. Seigneur, pour sœur lune et les étoiles^ dans le ciel vous les avez formées claires^ précieuses et belles.

— Soyez loué. Seigneur, pour frère vent

et pour l'air et le nuage^ pour le ciel pur et pour tout temps par lequel vous donnez à vos créatures la vie et le soutien.

— Soyez loué, Seigneur^ pour sœur eau laquelle est si utile^ humble, précieuse et chaste

— Soyez loué, Seigneur, pour frère feu par lequel vous illuminez la nuit,

il est beau et gai, courageux et fort.

— Soyez loué. Seigneur, pour sœur notre mère la terre qui nous soutient et nous nourrit

et produit divers fruits avec les fleurs aux mille couleurs et

[l'herbe.

— Louez et bénissez le Seigneur et rendez-lui grâces et servez-le avec grande humilité '•

1. V. p. 378 et 381 les deux dernières strophes de ce cantique Cf. Ozanam, Poètes franscicains, Paris, 1882, p. 77 et 361. Les Miscellanea t. II (1887), p. 190; t. III (4888), p. 3, reproduisent sept textes de ce document Cf. t. IV (1889), p. 87 ss.

352 VIE DE 5. FRAISÇOIS

La joie de François était revenue, aussi grande qu'autrefois. Pendant toute une semaine, il oublia le bréviaire et passa ses journées à répéter le Cantique du soleil.

Durant une nuit d'insomnie, il avait entendu une voix lui dire : <e Si tu avais de la foi, gros comme un grain de moutarde, tu dirais à cette montagne, enlève-toi de là, et elle s'enlèverait. » Cette montagne n'était-elle pas celle de ses souffrances, la tentation du murmure et du désespoir? ce Qu'il soit fait, Seigneur, selon votre parole», avaitr-il répondu de toute son âme, et aussitôt il s'était senti comme délivré^.

Il dut s'apercevoir bientôt que la montagne n'avait guère changé de place, mais pendant quelques jours il en avait détourné les yeux, il avait pu en oublier l'existence.

Un moment, il avait eu l'idée de mander auprès de lui frère Pacifique, le Roi des Vers, pour remanier le cantique ; il aurait voulu lui adjoindre un certain nombre de frères, qui seraient allés avec lui prêcher de ville en ville. Après la prédication, ils auraient chanté l'hymne du soleil, et auraient terminé en disant à la foule rassemblée autour d'eux sur les places publiques : c Nous sommes les jongleurs de Dieu. Nous désirons être récompensés pour notre sermon et notre chanson. Notre paiement sera que vous persévériez dans la pénitence 2. »

a Les serviteurs de Dieu, ajoutait-il, ne sont-ils pas en effet comme des jongleurs destinés à relever les

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