ETUDB CRITIQUE DES SOURCES LXXVII
lui^. Plas rien désormais ne s'opposait à ce qu'il fit sur la portion de Tteuvre des Trois Compagnons^ supprimée par CrescentiuS; le travail fait déjà sur celle qui avait été approuvée.
La Légende de frère Léon nous est ainsi parvenue tout entière remaniée par Thomas de Celano^ écourtée et défraîchie, mais encore d'une importance capitale en l'absence de la majeure partie de l'original.
Les traits pour lesquels nous possédons les deux épreuves nous permettent de mesurer l'étendue de notre perte. On retrouve en effet dans la compilation . de Celano tout ce qu'on s'attendait à trouver dans les Trois Compagnons : les récits se rapportent surtout aux deux dernières années de la vie de François et beaucoup ont pour théâtre Greccio ou l'un des ermitages de la vallée de Bieti ^ ; frère Léon a été d'après la tradition le héros d*un grand nombre de traits qui y sont racontés', et toutes les citations que fait Ubertin de Casai du livre de frère Léon 7 trouvent leurs correspondants ^.
Cette deuxième partie de la Seconde Vie reflète bien les circonstances nouvelles qui l'ont vue naître. La question de la Pauvreté 7 domine tout^; la lutte entre les
1. Dans le prol. (2 Gel. 2 prol.) Insignia patrum l'auteur parle au singulier tandis que répilogue est écrit de nouveau au nom d*un groupe de disciples.
2. Greccio, 2 Gel. 2, 5 ; 14; 3, 7 ; 10 ; 103. — Rieti, 2 Gel. 2, 10; 11; 12; 13; 3, 36; 37; 66; 103.
3. S. François lui donne un autographe, 2 Gel. 2, 18. Cf. Fior. 2* consid.; sa tunique 2 Gel. 2. 19; il lui prédit une famine 2 Gel. 2, 21; Cf. Conform. 496. Fr. Léon malade à Bologne 2 Gel. 3, 5.
4. On trouvera le texte d'Ubertin de Gasal dans les Arehiv, t. III, p. 53, 75, 76, 85, 168, 178 où le R. P. Ebrle indique les passages correspondants de 2 Gel.
5. Elle est le si^et de trente-sept récits ! 2 Gel. 3, 1-37, puis viennent des exemples sur l'esprit d'oraison 2 Gel. 3, 38-44, les tentaUons 2 Gel. 3, 58-64, la vraie joie 2 Gel. 3, 64-79, rhumilité 2 Gel. 3, 79-87, l'obéissance 2 Gel. 3, 88, 91 etc., etc.
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eux partis de l'Ordre se révèle à chaque page ; les collaborateurs veulent que chacun des traits racontés soit une leçon indirecte aux relâchés, auxquels ils opposent les Spirituels ; les papes avaient commenté la Règle dans le sens large ; eux, de leur côté, allaient la commenter dans le sens tout à la fois littéral et spirituel, par les actions et les paroles de son auteur lui-même.
L'histoire n'intervient donc guère ici que comme le véhicule d'une thèse, ce qui n'enlève rien à la valeur historique des renseignements répandus au cours de ces pages. Mais tandis que dans la Première Vie de Celano et dans la Légende des Trois Compagnons les faits se succédaient organiquement, ici ils sont juxtaposés. Aussi, quand on arrive à cette lecture, a-t-on le sentiment d'une chute; même au point de vue littéraire l'infériorité se fait cruellement sentir. Au lieu d'un poème on a devant soi un catalogue, très habilement fait, il est vrai, mais qui ne saurait essayer de nous émouvoir.