‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 63 sur 257 · II. Eccleston: Arrivée des Frères en Angleterre · texte numérisé non relu

II. Eccleston: Arrivée des Frères en Angleterre

Les renseignements que nous avons sur la vie de Thomas d'Eccleston sont fort peu de chose, car il n'a

i. Il ne me semble pas qu'on puisse regarder comme rigoureusement exacte la relation de l'entrevue de Grégoire IX et de Jourdain, Jord. 63.

2. Liber de adventu Minorum in Angliam, publié sous le titre de: MonumentaFranciêcana{àaîSi8 la série des RerumBritannica" rum medii jEvi seriptores, Roll séries) en deux volumes in*8« : l'e premier par les soins de J. S. Brewer (1858), le second par ceux de R. Howlett (1882). — Ce texte est reproduit sans l'appareil scientifique dans les Analecta franeiscana^ 1. 1, p. 217-257 (Cf. ^nglizh historieal Review V (1890) 754). Il en a été publié une

laissé aucune trace dans Thistoire de l'Ordre,' pas plus que Simon d'Essebj auquel il dédie son trayail. Sans doute originaire du Yorkshirei il semble n'avoir jamais quitté l'Angleterre. Durant yingt-cinq ans, il rassembla les éléments de son travail qui embrasse la suite des événements depuis 1224 jusqu'aux environs de l'an 1260. Les derniers faits qu'il raconte, se rapportent tous à des années très voisines de cette date.

D'une longueur presque double, le travail d'Eccleston est loin d'être aussi intéressant à la lecture que celui de Jourdain. Ce dernier avait vu à peu près tout ce qu'il racontait, de là un brio dans le récit qu'on ne saurait retrouver chez un auteur qui écrit surtout sur le témoignage d'autrui. De plus, tandis que Jourdain suit l'ordre chronologique, Eccleston a réparti ses récits sous une quinzaine de rubriques où les mêmes personnages reparaissent à chaque instant dans un pêle-mêle qui, à la longue, ne laisse pas de devenir fatigant. Enfin il y a dans ce document un fond de particularisme étonnant : l'auteur ne veut pas seulement prouver que les frères anglais sont dos saints, il veut nous montrer que la province d'Angleterre surpasse toutes les autres^ par sa fidélité à la Règle et son courage contre les fauteurs de nouveautés, en particulier contre frère Élie.

Mais ces quelques défauts ne doivent pas faire perdre de vue la vraie valeur de ce document. Il est de ceux qu'il faut lire et relire pour en saisir toute la portée, pour en comprendre tous les détails. Il embrasse ce qu'on pourrait appeler la période héroïque du mouve-

édition critique excellente, mais malheureusement partielle, dans le t. XXVIII Soriptorum des Monumenta Germaniœ Hhtoriea, par M. Liebermann. Hanovre 1888, in<-f>, p. 560-569.

1. Eccl. 11 ; 13 ; 14 ; 15. Cf. Ecd. 14, où l'auteur a soin de dire que fr. Albert de Pise est mort à Rome au milieu de frères anglais « inter Anglicos •.

iTUDE CRITIQUE DES SOURCES XCIX

ment franciscain anglais^ et la raconte avec une extrême nalTeté.

En dehors de toute question historique, il 7 aurait là de quoi intéresser tous ceux que captive le spectacle des conquêtes morales. Le mardi 10 septembre 1224, les Frères Mineurs abordaient à Douvres. Ils étaient neuf : un prêtre, un diacrO; deux qui n'avaient que les ordres mineurs 9 cinq laïques. Ils courent à Cantorbérj, à Londres, à Oxford, à Cambridge, à Lincoln, à York, et moins de dix ans après, tous ceux qui ont laissé une trace dans l'histoire de la science ou de la sainteté s'étaient joints à eux ; qu'il suffise de nommer Adam de Marisco, Richard de Cornouailles, l'évêque Robert Grrossetête une des figures les plus fières et les plus pores du moyen fige, et Roger Bacon, ce moine persécuté qui, devançant les temps de quelques siècles, abordait et résolvait au fond de son cachot les problèmes de l'autorité et de la méthode, avec une rigueur et une puissance que le XVP siècle aura peine à surpasser.

Il est impossible que dans un pareil mouvement, les

faiblesses et les passions humaines ne se révèlent çà et

là, mais il faut savoir gré à notre chroniqueur de ne pas

l'avoir caché. Grâce à lui, nous pouvons oublier un

instant l'heure actuelle, revivre dans cette première

chapelle de Cambridge, si pauvre que le charpentier

n'avait mis qu'une journée à la bâtir, 7 entendre trois

frères chanter matines durant la nuit, et cela avec tant

d'ardeur qu'un d'entre eux, — si boiteux que ses deux

compagnons devaient le porter, — pleurait de joie à

chaudes larmes; c'est qu'en Angleterre, comme en Italie,

l'évangile franciscain était un évangile de paix et de joie.

Cependant la laideur morale leur inspirait une pitié que

nous ne connaissons plus : il^j a peu de traits historiques

plus beaux que celui de ce frère Geoffroy de Salisbury

confessant Alexandre de Bissingburn : le noble pénitent accomplissait ce devoir sans attention, ayant l'air de raconter une histoire quelconque ; soudain son confesseur fond en larmeS; le fait rougir de honte, lui arrache aussi des pleurs et le bouleverse si bien qu'il demande i entrer dans l'Ordre.

Les morceaux peut-être les plus intéressants sont ainsi ceux où Thomas nous montre les frères dans l'intimité : ici buvant de la bière aigre, là courant en acheter k crédit, malgré la Règle, pour l'offrir à denx confrères qui ont été maltraités, ou bien encore se serrant autour de frère Salomon, qui vient de rentrer glacé de froid et qu'on ne sait comment réchauffer, sicut perds mo$ est eum comprimendo foverunt, dit le pieux narrateur ^ Tout cela est entremêlé de rêves, de visions, d'apparitions sans nombre^ qui nous montrent une fois de plus combien les idées les plus familières aux esprits religieux du treizième siècle étaient différentes de celles qui hantent les cerveaux et les cœurs d'aujourd'hui.

Les renseignements donnés parEccleston n'auront guère à intervenir dans ce livre que d'une façon indirecte, mais s'il parle peu de François il parle fort longuement de quelques*uns des hommes qui ont été le plus mêlés à sa vie.

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