‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 32 sur 80 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

CE qu'a fait m. VINCENT POUR AIDER M. l'aBBÉ OLIER EN QUEL(3>UES DESSEINS ET ENTREPRISES DE PIÉTÉ'.

Cest le propre des grands serviteurs de Dieu, qui sont animés d*uQ même esprit, d'avoir une grande liaison par ensemble, et de s'entr'aider les uns les autres dans leurs bonnes œuvres. Cest aussi ce qu'on a remarqué entre M. Vincent et feu M. Tabbé Olier, grand serviteur de Dieu, dont la mémoire est en très-grande bénédiction, et que Dieu avait doué d'un esprit vraiment apostolique. M. Vincent avait une estime et un respect tout particulier pour la personne et pour la sainteté de M. Olier; et celui^i, réciproquement, regardait M. Vincent comme son père, et disait assez souvent, en parlant aux ecclésiastiques de son séminaire : M. Fincent est notre père, II leur témoignait ordinairement la très-particulière estime qu'il feisait de ses insignes vertus, leur alléguant, dans les occasions , les saintes maximes qu'il avait apprises de lui , et cela afin qu'ils s'en servissent pour la pratique des vertus : c'est le témoignage qu'en ont rendu ceux qui ont eu le bonheur d'être sous la conduite de M. Olier. Il avait été l'un des premiers qui vint aux exercices des ordinants , pour se préparer à la réception des saints ordres, en la manière qu'il a été dit; et ce fut là qu'il puisa abondamment cet esprit ecclésiastique dont il a été si parfaitement rempli et animé. Il fut aussi l'un des premiers qui, pour mieux conserver et perfectionner cet esprit , se lia avec plusieurs autres ecclésiastiques pour faire toutes les semaines des conferences spirituelles à Saint-Lazare, sous la conduite de M. Vincent , dont il a été déjà parlé ; et ensuite il fut Tun de ceux d'entre ces bons ecclésiastiques qui commencèrent à s'appliquer à faire des misions , conjointement avec les prêtres de la Congrégation de M. Vincent. Il travailla à la mission de Cressy, au mois dé janvier 1635, après laquelle il voulut être employé à celle qui se lit , pendant le Carême de Tannée suivante , au refuge de l'hôpital de la Pitié , au faubourg de Saint-Victor ; et voyant les fruits que les missions produisaient pour la conversion et la sanctification des âmes, il en voulut faire part aux paroisses qui dépendaient de son abbaye de Pébrac, en Auvergne, où il s'achemina , après le Carême de la même année, en la compagnie de deux prêtres de la Congrégation de la Mission , et de quelques autres vertueux et zélés ecclésiastiques qui se joignirent à lui pour participer à ses saints travaux. Ils firent leur

' Voyez la Vie de M. Olier, i8H, page xlix de la Préface, t. I , et t. II, p. iM(9.

mission àSaintSulpîce, après laquelle M. Olier rendit compte à fa compagnie des ecclésiastiques de la conférence qui se fait à Saint-Lazare , de son voyage et de ses emplois , par une lettre qui est de si grande édification, tant pour le succès de cette mission dont il fait un ample récit , que pour les sentiments dignes de sa piété qu'il avait conçus de Texcellence des emplois des missions. Nous rapporterons cette lettre i peut la satisfaction du lecteur, au second livre.

Ce très-digne abbé ayant , ensuite de ces missions, obtenu de Mgr révèque de Saint-FIour son agrément pour faire faire la retraite aux curés du diocèse , dans son abbaye de Pébrac, et même les exercices d'ordination, comme il se pratiquait à Paris , il écrivit une autre lettre , au mois d'octobre de la même année , à MM. les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare de Paris, pour leur demander du secours, en leur représentant qu'il y allait de la réformation de tout un diocèse ; et depuis , au mois de février 1637, il leur en écrivit encore une autre , comme il achevait la quatrième mission , et qu'il était sur le point d'en entreprendre une cinquième , fort importante , à la Motte , près de la ville de Brioude. Il décrit , par cette lettre , les biens que foisait la compagnie des ecclésiastiques de la ville du Puy, qu'il avait associée à celle de la conférence de Saint-Lazare.

Environ ce temps-là , M. Olier connaissant , par sa propre expérience, combien les missions étaient profitables et avantageuses pour le salut des peuples, et considérant d'un autre côté le grand besoin qu'il y avait de travailler à la perfection du clergé , il se détermina à cette dernière œuvre; et, pour y parvenir, il se résolut de prendre une cure dans Paris, pour y donner un modèle d'une bonne conduite de paroisse, tant pour la personne du curé que pour les prêtres qui sont appliqués par lui pour la desservir. Pour cet effet, il traita de la cure de Saint- Sulpice avec M. de Fiesque, qui en était pour lors curé , en laquelle M. Olier a depuis établi une grande communauté de prêtres, et parce moyen y a produit de très-grands fruits , tels que chacun sait , en sorte qu'en peu de temps on a vu cette grande et nombreuse paroisse toute changée de face, avec l'admiration et l'applaudissement de tout Paris. Ce qui n'est pas néanmoins arrivé sans de grandes dificullés et traverses que l'ennemi du genre humain lui suscita, jusqu'à tel point que, sur un différend arrivé entre l'ancien et le nouveau curé , quelques habitants du faubourg Saint-Germain prirent les armes pour en chasser M. Olier et les prêtres de sa communauté. Pendant cet orage, M. Vincent, qui ' prenait très-grande part à tout ce qui touchait ce sage abbé , faisait tout ce qu'il pouvait pour- le défendre, et pour détourner cette tempête, parles prières à Dieu, par ses bons conseils à M- l'abbé Olier,

et par son crédit à la cour. Il est à remarquer qu*on attribuait, en quelque fagoD, à M. Vincent la cause de ce grand tumulte, parce que le peuple appelait Missionnaires les prêtres de la communauté de Saint- Sulpice, quoiqu'ils ne le fussent pas et qu'eux-mêmes n'en prissent pas le nom, qu'à raison de ce que M. Vincent était estimé être leur chef, à cause de la mission qui avait été faite, un peu auparavant, au faubourg Saint-Germain, parAIM. les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare, que M. Vincent y avait employés. Un jour, comme on parlait de ce tumulte au Conseil où il était, et qu'on en rejetait sur lui tout le blâme, M. Vincent, au lieu de se mettre à couvert de ce reproche, en déclarant que les prêtres de Saint*Sulpice n'étaient point de sa congrégation et n'avaient aucune dépendance de lui, comme il était vrai, et comme il le déclarait toujours en d'autres occasions, quand on voulait lui attribuer le bien qu'ils faisaient; néanmoins, en ce rencontre fâcheux , quoiqu'il n'eût aucune part dans le différend qui était le sujet du vacarme, il ne voulut pourtant jamais dire un seul mot pour désabuser ses accusateurs et se justifier sur les reproches qu'il en recevait. Au contraire, pour pratiquer l'humilité , et tout ensemble faire paraître Testime qu'il avait de M. Olier, et la part que sa charité lui faisait prendre en tous ses intérêts, qu'il estimait très-justes, il prit le parti dudit sieur Olier et de MM. ses ecclésiastiques. 11 défendit leurs inté* rets plus chaudement et bien mieux qu'il n'eût fait les siens propres ; et, lorsqu'on les blâmait et qu'on leur donnait tort, il leur servait d'apologiste, et disait tous les biens quïl pouvait de leur vertu et de la sainteté et utilité de leurs emplois : en sorte que , pour conserver leur réputation, il exposa volontiers la sienne, et ne fit point de difficulté de mettre en quelque fe^n sa compagnie à la merci de cet orage , pour tâcher d'en exeippter M. Olier et les siens, et leur procurer la paix et la tranquillité. Ce procédé de M. Vincent, qui semblait si contraire à la prudence humaine, étonna diverses personnes; et quelqu'un de ses amis lui ayant demandé pourquoi il avait agi de la sorte, il lui répondit : Qu'il pensait que tout chrétien y était obligé, et qu'il croyait qu'en se comportantcomme.il avait fait, il avait suivi les maximes de l'Évangile. C'était restime très-grande qu'il avait de la vertu de M. l'abbé Olier, qui lui donnait ces sentiments, et qui lui faisait regarder ses saintes entreprises, non comme un ouvrage particulier, mais comme un bien public , à la conservation et défense duquel un chacun était obligé. Quelque temps après cet accident , M. l'abbé Olier voulant donner une plus ample matière à son zèle , jeta les fondements de ce grand séminaire qui a servi et sert encore tous les jours à former tant de bons ecclésiastiques, de toute sort^ de condition, dont plusieurs se répan-

dent Amî lei provinces pour y communiquer, au grand avantage de rÉglise, les grâces et les bénédictions qu'ils ont puisées dans ce saint lieu.

Pour toutes ces grandes œuvres de M. l'abbé Olier, dont nous venons de parler, et pour les rares et excellentes vertus dont Dieu l'avait doué, M. Vincent t'avait en grande vénération, et le regardait comme un saint et le publiait partout comme tel. Quand il plut à Dieu de reti** Pêr à soi ce sien grand serviteur, M. Vincent se trouva à l'extrémité de sa maladie et à sa mort , et fut un de ceux qui regretta davantage la llfrande perte que TÉglise avait faite, en la personne de ce saint abbéi et depuis il a toujours continué , dans la même affection , de servir MM. de sa communauté, qui s'assemblèrent plusieurs fois avec lui et avec d'autres personnes considérables , pour aviser 2lu% moyens de maintenir et perpétuer ce que M. Olier avait si dignement commencé.

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