CHAPITRE XXXVIIL
M. VINCENT EST EMPLOYÉ POUR LES AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES DU ROYAUME , PENDANT LA RÉGENCE DE LA REINE MÈRE.
Le roi Louis XIII, de glorieuse mémoire, ayant laissé en mourant la régence du royaume à la reine , pendant la minorité de son fils et trèsdigne successeur , cette sage et vertueuse princesse considérant l'étendue de cette grande monarchie, et la multiplicité des affaires qui accompagnaient sa régence, et surtout l'importance de celles qui concernaient l'Église et la religion, jugea qu'il était expédient d'établir un conseil
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particttlier pour les affairée eoelésiastiqoes, qu'elle 6oiBpo«a de quatre personnes : c'est à savoir, de M. le cardinal Mazarin, de M. le Chance* lier, de M. Gharlon, pénitencier de Paris, et de M. Vincent; ayant pris résolution de ne disposer des bénéfices qui dépendaient de sa nomination, que par leurs avis.
Quoique M. Vincent fut très-porté à rendre toutes sortes de services è leurs Majestés , ce lui fut néanmoins une très-grande peine de se voir appelé à la cour, pour tenir un rang dans le conseil , qui lui était d'autant plus insupportable , qu'il paraissait plus honorable aux yeux des bommes : sa grande buaiilité lui ayant toujours feit regarder les honneurs comme des croix dont il ne pouvait porter la pesanteur. Il fit toutes les instances qu'il put, pour obtenir la grâce, ainsi qu'il disait, d'être dispensé de cette charge; mais la reine connaissant assez sa vertu et sa capacité ,.voulut absolument qu'il y demeurât. Il entra donc ainsi dans rexercice de cet emploi en l'année 16^3 , par une pure déférence aux volontés de Sa M^yesté, et avec une grande crainte , non pas de s'évanouir dans les honneurs du monde , dont il ne connaissait que trop la vanité, mais de n'en pouvoir pas sortir aussitôt qu'il l'eût désiré , pour vaquer seulement au soin de sa congrégation , et à la pratique de l'humilité et des autres vertus qu'il préférait à toutes les grandeurs de la terre. C'est ce qui l'obligeait de s'adresser incessamment à Dieu , le priant tous les jours qu'il lui plût le délivrer de cet embarras; et il a dit à une personne de confiance, que depuis ce temps-là il n'avait jamais célébré la sainte Messe , qu'il ne lui eût demandé cette 'grâce , laquelle il désirait jusqu'à un tel point , que s'étant retiré hors de Paris pendant quelques jours, et le bruit ayant couru qu'il était disgracié, et qu'il avait eu ordre de se retirer de la cour, comme, après son retour, un ecclésiastique de ses amis se conjouissait avec lui de ce que ce bruit ne s'était pas trouvé véritable, il lui dit en levant les yeux au ciel , et frappant sa poitrine : Ah ! misérable que je suis, je ne suis pas digne de cette grâce.
Dieu voulut qu'il demeurât pour le moins dix ans dans cet emploi qui lui était très-pénible, parce que c'était à lui qu'on renvoyait la plupart des aflaires qui se devaient traiter en ce conseil; il recevait les placets qu'on présentait à Sa Majesté, et prenait connaissance des raisons et des qualités des personnes qui demandaient, ou pour lesquelles on demandait des bénéfices, pour en faire ensuite son rapport au conseil : la reine l'avait particulièrement chargé de Tavertir de la capacité des personnes , afin que Sa Majesté ne fût point surprise. Mais c'était un sujet digne d'admiration, de voir ce grand serviteur de Dieu conserver une sainte égalité d'esinrit au milieu d'un Aux et rçfiux de personnes
et d'tffiiires^ 4wiitil était asmlli isontiimolleineilt , et posséder son itne %B paix sou» un asoabiemeni de distractions et d'iœpoirtunitéSi II reeevait tous €eux qui le Tenaient trouver, toujours aveo uû6 médae sérénité da Tisage, et sans sortir de soi-médte il se dennait à un cbaotin ^ et se feisait tout à tous pour les gagner tous à Jésua-Christ.
Il art frai (pie tpii Teùt considéré dass les occupations de ee noiivel emploi y joint à la conduite de sa congrégation , et des autres commu- Hautes , établissements et assemblées dont il a été parlé aux précédents chapitres i il eût semblé devoir être partagé et coinme divisé en une infinité de soins et de pensées diflUrentes ; veillant et pourvoyant à toat , et travaitlani niût et jour pour satisfaire à toutes ces charges, que Tobétssance ou la charité lui avaient imposées : néanmcrins , par un e^Itet admirable de la grâce, on le voyait toujours recueilli en soi et uni à Dieu, toujours présent à lui-même, et se possédant parfaitement aveeaatant de paix et de tranquillité que s'il n'eût eu aucune affaire ^ toujours prêt et disposé d'écouter ceux qui Tabordaient , et de satisfaire à un chacun sansrebnter jamais personne, ni témoigner aucune peine, quelque importunité qu*on lui pût donner; recevant avec la même affabilité les petits et les pauvres, que les riches et les grands ; enfin Ton i^ut dire de M. Vincent dans oe maniement des affaires publiques^ eeque le saint apôtre disait de lui-même , qu'il a été fait comme un speelacie au monde , aux hommes et aux anges; et que la cour a été comme un théâtre , Où la vertu de ee fidèle serviteur de Dieu a paru dans son ptos grand jour ; où son humilité a triomphé des vains applaudissedtents des hommes; où sa patience s'est montrée invinctble parmi les pertes ^ les affiietions, et tons lès traits envenimés de l'envie et de la maliee ; erù sa fermeté à soutenir les intérêts de Dieu et de l'Église s'est fait vint au-dessus de toute ersinte et de tout respect humain. C'est là qu'il a témoigné sa fidélité inviolable et son affection co&stanie au service é& leurs Majestés ; son respect $i sa soumission envers les prélats ; l'estime et la charité qu'il conservait en son cœur pour tous les ordres de l'Église, et pour toutes les communautés ecclésiastiques et religieuses ; le grand désir qu'il avait de bannir Tâvarice et l'ambition de tous les béoéfieier*;^ de remédier aux abus qui se commettaient dans Tusage des bicîis de l'Église , et dans les moyens qu'on employait ordinairement pour parvenir anx bénéfices et aux autres dignités ecclésii^tiques , de quoi H sera plus âmplmient parlé en la seconde partie.
Mais ce qui est principalement digne de remarque et cpii fait bien voh- le parfait désintéressement de M. Vincent, est que la reine étant pour lors environnée et prêtée de toutes parts de demandeurs et de pursoniies qui aspiraitit avec ardeur «nx charges , aux bénéfices et au-
iteê sortoi de btetis » il ne loi dmimda ni M lé Bt di^tt^4êr meune ^boH pour lui ni pour les sieai , quOlQU'H fat et près Aé là flotiree d'rà ils découlaient libondanifi^iil sur Ions les Autre» $ et qu*il y ait grand sujet de croire qm la reine , qui avait une estime particulière de sa tertn , l'aurait très^volontiers gratifié de plusieurs choses, s'il eût été éanê la disposition de les accepter. Il courut même un bmit pendant quelques Jours qu'il allait être cardinal , jusque-là que dlTCff'ses perionne» lui en firent compliment. Il est vrai qu'on ne sait pas ^ Sa Majesté eut eé dessein, eonnne on le disait publiquement; mais quoi qu'il en soit^ Vùn peut assurer que si elle avait en cette intention, rhumilité dé M. Vincent aurait été assez éloquente pour l'en dis«^ suddefé
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