‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 49 sur 80 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

DIVERSES AUTRES OEUVRES DE PIÉTÉ AUQUELLES M. VINCENT s'eST APPLIQUÉ AVEC SES OCCUPATIONS PLUS ORDINAIRES.

Ceux qui ont connu particulièrement M. Vincent, et qui ont su quelle était l'étendue de son zèle et les occasions que la divine Providence lut présentait continuellemei^our l'exercer, peuvent témoigner avec vérité que depuis trente ou quarante ans U s'est fait fort peu d'œuvres de piété ou de charité publiques et considérables dans Paris, où il n'ait eu quelque part, soit en donnant ses avis, ou y coopérant en quelque autre manière.

La maison de St.-Lazare était comme un abord où se rendaient toutes les personnes qui avaient dessein d'entreprendre quelque bonne œuvre, ou de rendre quelque notable service à l'Eglise, pour y trouver, en la personne de M. Vincent, le conseil, le secours et la coopération nécessaire pour y bien réussir.

Ce grand serviteur de Dieu était presque continuellement consulté pour diverses affaires et desseins de piété, non-seulement du côté de Paris qui lui en fournissait une ample matière, mais encore de plusieurs autres lieux , d'où il recevait souvent des lettres de la part de diverses personnes qui lui étaient inconnues , et qui ne le connaissaient que par la réputation de sa vertu et de sa charité , qui leur donnait la confiance de recourir à lui dans leurs doutes. D'ailleurs, outre les assemblées ordinaires qui se tenaient au moins trois fois chaque semaine, auxquelles il se trouvait très- exactement, U était encore souvent appelé en d'autres assemblées particulières, soit de prélats ou de docteurs, ou même quelquefois des supérieurs de communautés, ou enfin d'autres personnes de toute sorte de condition, tantôt pour résoudre diverses difficultés importantes, tantôt pour régler et établir quelque bon gouvernement, ou bien pour remédier à quelques grands désordres, ou enfin pour trouver un moyen d'avahcer la gloire de Dieu et de procurer le bien des diocèses, des communautés ou des familles.

Il était aussi d'autres fois employé et appelé pour mettre la paix et établir un bon ordre dans plusieurs maisons religieuses, tant d'hommes que de filles , et pour apaiser quantité de diflérends et de procès entre les personnes particulières, et même entre des communautés entières.

Sa charité le portait aussi à faire beaucoup de visites de personnes malades ou afiHigées, soit qu'il en fût prié, ou que de lui-même il y alUt

^ur ecmsoler el exercer toutes le» œuvre» i*nm véfftaUe et Mneèfe miséricorde.

Il avait été chargé , comme il a été dit en Tun des chapitres précér lents, de la conduite des maisons des religieuses de la Visitation Sainte- Vlarie établies à Paris et à St.-Denis, desquelles il prenait un très-grand otii» t fai9ant de t^oups en temps des visites, et pom^ôf ànt à tous leurs )esoins spiritnelf.

Ajoutez à tout cela l'application continuelle de ses pensées et de ses . oins pour le gouvernement et la conduite de toutes les maisons de sa *'.ongrégalion » et le grand nombre de lettres qu'il recevait tous les ,ours de tous côtés » auxquelles il faisait réponse. Et nonobstant toutes es occupations et les autres affaires extraordinaires qui lui survenaient, l ne laissait pas d'être tous les jours règlement levé à quatre heures du oatin ; après quoi il allait à l'Eglise, où it demeurait près de trois heues, et quelquefois plus pour son oraison, sa messe et quelque partie u bréviaire, employant toujours ave.c une merveilleuse tranquillité Jesprit un temps notable pour sa préparation et pour son action de races, sans en rien retrancher, quelque presse d'affaires qu'il eût, si ' e n^est fort rarement et en des occasions extraordinaires. Il était penanl la journée accablé de visites des personnes du dehors, et le soir de [ elles du dedans. U écoutait un chacun à souhait avec une grande béninité, et avec autant d'attention que s'il n'eût eu autre chose à faire, 11 ortait presque tous les jours pour les affaires de piété et de charité qui y obligeaient, quelquefois même deux fois le jour, et revenait ordinairement bien tard. Sitôt qu'il était de retour il se mettait à genoux pour ire son office, lequel il ne récitait jamais autrement dans la maison, ant que ses infirmités lui ont permis de se tenir en cette posture. Le este du temps , il écoutait ceux de la maison qui avaient à lui parler, t puis il s'appliquait à écrire des lettres ou vaquait aux autres affaires , à qui l'obligeait de veiller fort souvent une partie de la nuit, sans pourtant manquer jamais de se lever à son heure ordinaire^ s'il n'était aalade ou beaucoup indisposé.

Il ne manquait point tous les-ans de faire sa retraite et ses exercices ;>irituels, prenant le temps nécessaire pour cela , nonobstant toutes ses atres occupations et affaires, reconnaissant bien que la principale < u'il devait préférer à toute autre était celle du salut et de la sanetificaion de son âme. Il exhortait les autres à cette pratique, à laquelle il tait exact et fidèle , tant pour les y porter plus efficacement par son xemple , que pour se renouveler lui-même et puiser dans le sein de )ieu les lumières, les forces et les grâces nécessaires pour s'acquitter ignement de tous les grands emplois auxquels il était ^gdgé ^ imitant

— 2M — êlï è'fltl BIBB^ qtrf , parmi PaccaWcment des alftrires que hiî foiirnfesgtt incessamment la conduite d'un grand peii|)Ie, n'avait point de refuge plus assuré, ni de retraite plus douce que le sanctuaire, où il se mettait à l'abri de toutes les importunités de cette multitude et demandait à Dieu pour eux et pour lui son assistance et sa protection.

Voilà comme se passaient les journées et les années de ce granâ serviteur de Dieu, que Ton peut dire avec vérité, avoir été dés joûrïiééé et des années pleines, selon la façon de parler de la saîrite Écriture; èri sorte que sa vie a été non-seulement remplie , mais àiiiJsi cotribléè dé vertus et de mérites.

Et certes, celui qui voudra jeter les yeux sui* les grandes œmfH que Dieu a faites par M. Vincent, et que Ton voit encore subsister ; qui considérera toutes lesmaisons de la Congrégation établies en tant délieux ; toutes les missions où ils travaillent avec tant de bénédiction ; leé éémîîiairèè où ses prêtres sont si utilement employés ; les exercices dès ordlnâhts ; les conférences et les retraites spirituelles qui contribuent avec tani d'avantage au bien de l'état ecclésiastique et des personnes laïques dé toute sorte de condition ; l'institution des Filles dé là Charité et l'établissement des confréries de la même Charité en un si grand nombre de paroisses, tant dés champs que des villes ; les assemblées et cornpagnies des dames de la Charité pour tant dé sortes dé bonnes œuvres ; rétablissement de tant d'hôpitaux, et l'assistance temporelle et spirituelle de plusieurs provinces minées et de tant de pauvres abanddriiiés j quiconque, dis-je, fera une réflexion attentive sûr toutes ces choses, Sèfâ oBKgé de reconnaître que ce ne sont pas les ouvragés d'un homme §eui, maïs que la main de Dieii était avec son fidèle serviteur , j[)otir apé^ef tous ces grands effets de sa miséricorde. Et quoique toiitiî la gloire èA appartienne à Dieu , qui en est le premier et principal àutéu^ , A vétrt bien néanmoins qu'on honore et qu'on estime ses grâces et ses doh^ eà ses serviteurs, quand ils y ont fidèlement et sairïtemeht coopéré j ëfc quoi ï'on peut dire que M. Vincent est d'autant plus digfïe d'estirië et de louange, qu'il s'en estimait moins digne, chërchaiit ëti tout ÉOii k^ilissement et son abjection ; et que , par ùù trait tfdttïfrable d'httnlhté', lorsqu'on voulait le congratuler des grandes œlfvres qu'il ivàlt fafleé, ft répondait : t qu'il n'était qu'un bourbier ètqtfuri lîmofi tij et atq'éèt, et « que si Dîeù Favafit employé à toutes ses œuvres, ff S'était servi de sh < boue pou^ lier les pierres de ces édifices. »

Page 1