‹ Vie de s. Vincent de PaulChapitre 26 sur 28 · AU PAPE. CLÉMENT XL · texte numérisé non relu

AU PAPE. CLÉMENT XL

^ / . TaiiS-SAIÎIT PkBE ,

. C’est od usage depuis longtemps établi , et même uu devoir, de faire au sainl-Siégê le rap-

f iort des .vertus des illustres morts qui pendant cur viv>‘ ont éclaté par lëur foi et leur piété, afin que si cjles méritent l’approbation du souverain Pontife , ces'hommes rares , mis par son autorité au catalc^ue dèssaints, puissent servir et d’ornement à l’Eglise et de'modèles auxFidèles. C’est dans cet esprit , très-saint Père , que nous portons à votre tribunal la cause de ^Vincent de Paul, hominê vraiment apostolique, vous sup-

Digitizad by Coc

pliaul d’ajouter à la CQuronne que le juste rémunérateur lui a déjà donnée dans le ciel , l’éclat d’un culte public sur la terre.

Il ne lui manqua rien de ce qui peut le mériter. Le père des lumières l’avoit comblé de ses plus précieuses faveurs ; une vie pure , une piété' éclatante , une foi inébranlable, éloignée de toute nouveauté , au-dessus même des soupçons; un esprit de sagesse qui portoit partout l’ordre et la paix; une constance dans ce qu’il entreprenoîl pour le salut des âmes, qu’aucune difficulté ne pouvoit ni rebuter, ni ébranler; une humilité ennemie de toute ambition , une mcrveülcuso facilité à pardonner les injures, une patience à l’épreuve des maladies les plus aiguës et les plus opiniâtres , un courage infatigable dans les saintes rigueurs de la pénitence; ce ne sont encore que quelques traits de Vincent; il y faut ajouter cette aimable franchise , cette naïve simplicité toujours éclairée par la prudence, celle conduite toujours pure et innocente, cotte modestie assaisonnée d’une sainte gaieté, céltc tendre compassion pour les pauvres, celte forte et continuelle application à rendre à la religion sa première ferveur , et au clergé son premier lustre.

Tel firt Vincent. Né pour do grandes choses ou plutôt pour remédier à de grands maux , la France le vit dans un temps où l’hérésie et les guerres intestines avoient répandu dans ce florifisant royaume l’horreur et la désolation. Le* uns avoient secoué le joug de la religion; les autres no respectolent plus l’autorité royale. Les prince* mêmes , qui dévoient contenir la multitude , lui donnoient le funeste exempte de la

rérolle. Les provinces divisées en düTérenlM factions, étoient en. .fripes les oaès contré^Ëps. autres. Oü le calvinUcàe'^uyqii prendre le dessus, on voyoit* les' église^raînéè|» , lés autels renversés ,. les prêtres ou chassés neinent égorgés , nos plûs.sainis mystères gnement toülés aux pieds« le sâcriflc& perpétuel aboli, presque nulle part aucun vesti^deran*' cienne religion. * *

Viocent',’après de bonnes études est prôom au. sacerdoce. Quelle fut sa douleur de ne tyrouver presque plus de saints , pHus de vérités 'dans, les boâchesjrqmpeuses des enfans desliommes; de trouver les pasteurs croupissant dans une cHminellê inaction, et les peuples* danaf uibe profonde ignorance! 11 ne fut pas spectateur, oisif de si grands maux : il s’app|iqua''avéc ardeur à réveiller le zèle des pasteurs", à éclairer les peuples , à reievf); la discipline tombée. Le premier moyen qu’H employa fut les missions. Animé .

de ^esprit des apôtres , il porta l’Ëvangile pas^tout oü la Providence le conduisoît p|r.f autorité dés premiers pâstcprs. Le'succèS'répondit'lt travaux : il reliraMu vice les uns , il'jrameda les autres à la foi ; il instruisit dans les voies du salut les ignoHins ; il porta les pécheurs, à la p^ nitence , ayec-,d’autant plus dé force î qu’aux paroles il joignoit l’exemple. II ralluma le zèle du clergé ; oü il ne le put rallumer , il y suppléa ou par lui-métne , ou par les . .dignes ouvriers qn’il s’associa. Pour, donner- à son ministère dé la fécondité , il y.,joignit tous les ol&ces de ta charité qu’il pot. Mais , quoiqu’il fit , jamais il ne crut assez faire. I^se croyoit comptable de tout le mal quf se faïsoit , de touV le bien que

l’on D<'*gligeoil de faire; si quelqu’un ignorolt ou transgre'soil la loi de Dieu , Vincenl éloit à . se& veux le coupable.

Il remarqua que souvent les peuples do -la campagne n’éloient ni cultivés ni instruits; que leurs propres pasteurs les laissoient croupir , ou dans l’ignorance , ou dans le désordre. Son zèle s’enflamma^ il se crut spécialement envoyé pour leur annoncer l’Evangile : il le fit avec d’autant plus de joie qu’il trouva chez eux une foi plus simple et un cœur plus docile , plus de fruit b recueillir, et la vanité moins à craindre. Il parcourut donc avec une ardeur infatigable et d’iucroyables fatigues , les bourgs, les villages , les hàmcaux les plus écartés , les lieux les moins accessibles. Il y alla chercher des âmes viles à de profanes yeux , mais pr«'îcieuses à ceux de Jésus- Christ. Il leur apprit les mystères dé notre sainte religion , les règles de la morale chrétienne ; -il les prépara h recevoir avec fruit les sacrcmens ; enfin il ramena dans la maison paternelle ces enfaps prodigues , il leur apprit qu’ils étoient destinés b r^ner dans le ciel.

Fixédans la capilaiedu royaume, occupé b des fonctions plus importantes, il ne perdit jamais de vue ses amis les pauvres. Sa tendresse pour eux , née ce semble avec lui , devenoit chaque jour plus agissanteet plus ingénieuse b découvrir leurs besoins et b les soulager. 11 n’est sorte d’œuvres de charité pour laquelle il n’ait trouvé des ressources intarissables. Les vieillards courbés sous le poids des bnnées, les orphelins,Jes enfans trouvés, les galériens, les pauvres malades, des familles, des provinces même entières, où les, guerres et intestines et étrangères avoient porté

la plus affreuse rnisèpc; tous trouvèrent en Vincent un père et un libérateur. Il procura aux uns la santé , aux autres la liberté , h ceu.x-ci une éducation chrétienne, à ceux-là une honnête retraite. On a vu , par ses soins, s’élever dans Paris do superbes hôpitaux, pour servir de palais aux pauvres qui inondoient cette ville. 11 procura pour l'entretien de ces hôpitau;^ des fonds abondans. Aucun besoin n’échappoit à i’immense charité de ce saint homme ; et afin que rien ne manquât à la perfection et à l’héroïsme de si grandes œuvres, il aliioit le soin des âmes avec celui du corps. Jamais il ne sépara l’instruction de l’aumône , ni les pathétiques exhortations à la vertu du soulagement des besoins corporels.

Ainsi , Vincent fut un de ces hommes de miséricorde dont la piété subsistera à jamais, dont l’Eglise a intérêt que le nom soit inscrit dans ses fastes, et que ses louanges, soient dans toutes les bouches. C’estdui qui , dans un temps où la multitude des pécheurs sembloit menacer la piété d’une ruine totale*, la soutint contre leurs efforts. 11 lui ouvrit les maisons de sa congrégation comme des asiles où non seulemelit elle se conserva , mais où elle prit de nouvelles forces, et fit même des conquêtes sans nombre. Les chrétiens à qui l’embarras des affaires , et encore plus leurs passions , avoient, fermé les yeux à la gloire de leur céleste origine , trouvèrent dans Vincent et dans ses enfans-, des guides’ éclainîs , des médecins charitables, qui leur apprirent à changer de vie , à purifier, par une confession humble et exacte , leur conscience , à mépriser les biens

fragiles de la terre , ‘à connoîlre et à désirer 'ceux du ciel, à renoncer, pour s’on rendre dignes, aux voluptés; à embrasser une austère pénitence. Ceux mêmes qui , portant l’innocence dans CCS saintes retraites, y ailoient tracer le plan d’une haute perléction , trouvorent chez \ incent, bons offices, sages conseils, avis éclairés, ^exemples plus lumineux encore que les avis. 'Tels furent les fruits- des exercices spirituels do dix toufôl que.Yincfint établit ^dans ces maisons. A la. faveur de la solitude , du silence, des réflexions, des pieux éntretiens, de la prière', des saintes lectures, de l’éloignement de tout commerce avec le monde , ch.ncun ne s’occupoit que de Dieu et de son salut ; la piété se ranima, et continua encore tous les jours à rêprendre une nouvelle vigueur.

Ma is le princip'absoin ,.,et qui, je m’assure , touchera le plus le’ cœur *dc, votre Sainteté , très-saifft Père;* le princip'âl soin de Vincent fut de travailler li la réformatioà du clergé, persuadé que le clergé est la source d’où la religion et la piété coulent.sur les peuples. Pour contribuer à ce grand ouvrage,^ Vincent se chaigea de préparer, selon les vues et les ordres des évêques, les erdinands au saint ministère. Il n’épargna 'ni lui , iiHes siens, ni dépense , ni peine, ni travail , pour les éprouver. Prières, instructions^ exhortations pathétiques, tout fut employé par notre saint prêtre , pour éclairer, purifier, animer tes.aspirans aux saints ordres, et pour les préparer à monter à l’autel et à exercer les autres fonctions sacrées avec l’innocenco de mœurs, la lumière et le profond rospect qu’elles méritent.

i' Dieu mit noire digne prêtre en élit de faire quelque chose de plus, de former à l’Iiglise de dignes évêques. Appelé au conseil de conscience par la reine-raère Anne d’Autriche , régente du- ! royaume , il contribua beaucoup à faire élever aux premières dignités de l’lîglise des hommes d’une vertu apoétpliqüe ;• et l’on peut dire que le clergé de France lui.’dûitiéa grande partie l’éclat dont if briller à^ourd’hui.

' .Que dirai-jb, tres-saint'Pëpe , de ces conféi’ehcés ecciésiasti(jiiessur l’Ecrilure sainte , sur la ^discipline ecclésiastique, sur les fonctions paslorajes et sur'les œteurs des pasteurs , dont Vincent fut le promoteur , Je chef et l’ûme?

Que dirai-je de cette multitude de séminaires , dont il a sollicité et favorisé l'établissement , 5

Ï ui’il a donné des règieiHetis et fourni de sages ireetcurs ? . î- . ' ’ i. ^ iV.

T(^ étoit p très-saint Père , Vincent. Telles soht.ses œuvres ; toujours attentif à étudier les voies du Seigneur , toujours appliqué à y marcher , toujours aspirant à ce qu’elles ont de plus parfait , il est mort plein de jours et^de mérites. Mais il olais$é<]aiislacon{;régalion delà mission <|u’il a instituée une pépinière d’enfans héritiers de sa charité , dépositaires de son esprit , et ses successeurs dans les fonctions du saint ministère qu’il a rempli avec tant de zèle. Parmi ces i digne's enfans,d’un si saint père, les uns, avec la vitesse des anges , vont dans les missions instruire les ignora ns , annoncer aux pécheurs le jugement de Dieu , prescrire aux pénitens - les règles de la' pénitence , promettre dé la part de Dieu des récompenses éternelles h ceux qui cherchent le royaume de Dieu et* sa iuslice. Ils s’ac-

Digi1i/:6Cl by Goügic

(luiilent de ccl Imporlanl emploi avec lumi^e. , et avec palience. Les autres , chargés dans séminaires de'la garde du sanctuaiw , attenliU à n’y laisser entrer aucun profaile , conduiscnl par les dégrés des différens ordres au f^Uc-du sacerdoce , les clercs qu’ils élèvent et qu’ils forment sur les plus pures> règVs de l’ancienne

discipline. , ' , j

Pardonnez , très-saint Père , la longueur de ; cette lettre à la respedtuause affection que nous avons pour ûn hommc^donlnoiis venons de voir

de nos yeux et d’admirer le mérite les vcrlus'v les exemples. Nous ne rendons témoignage que de ce, que nous avons vu , et par lè notre témoignage est au-dessus du soupçon. La mémoire du vénérable Viqcertt vit encore au milieu'de nous pl’odeur'd^ sps Vertus se fait encore sentir par toute la France. Nous jouissoiis du fruit subsistant de sa sainte vie et de ses travaux pour le ‘salut des ânjes.- S’il plaît h votre i.Sainlelé , d'écouter favorablement les %œux que nous portons aupiod.de voire trôné en décernant à Vincent un culte public , vous férca, très-s'aint - Père , une oeuvre , et Irès-agréablc au clergé de France , et glorieuse è votre pontificat. C’est la grâce qu’ose vqus demander avec' les autres évêtiueâgde Fraqce , ,

. Très Saint Père,

De Voire Sainteté ,

. Le très humble ét très-obéissant fils ,

Page 1