‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 39 sur 115 · CHAPITRE XLl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLl

M. VINCENT PROCURE L* ASSISTANCE DES PACVRES HABITANTS DES FRON- TIÈRES DE CHAMPAGNE ET DE PICARDIE RUINÉES PAR LES GUERRES.

Il est vrai| comme dit TÉcriture sainte, que les maladies qui sont de longue durée, et qui dégénèrent eu langueur, donnent beaucoup d'ennui aa médecin, lequel souvent abandonne le malade^ quand il nv. fait plus qael remède employer pour sa guérison : Ton peut dire do même qu'il avait quelque sujet de s'attiédir et refroidir dans Texercice des œuvres de charité qu'on entreprenait pour remédier à rindigeuce des pauvres, dont le nombre aussi bien que la nécessité et la misèrt^ au^'meotait tous les jours par le malheur des guerres, particulièremeot des intestines et civiles qui causaient d'étranges désolations dans la France. Mais quand on rapporta à M. Vincent, depuis son retour à Paris, fétat déplorable où se trouvaient réduites les provinces de Champagne et de Picardie du côté de la frontière, et qu'il se vit ainsi après tant de pertes comme accablé d'un nombre presque innombrable de pauvres de tout sexe, âge et condition, auxquels il était uéces- Faire de donner assistance ; il faut avouer qu'un cœur moins rempli de charité que le sien, eût perdu courage et eût succombé sous le |M)ids de cette nouvelle charge, ne croyant pas le pouvoir porter, ni trouver moyen de subvenir à tant de nécessités.

Ce fut toutefois en cette occasion que ce saint homme fit paraître excellemment la grandeur de sa vertu ; car se relevant, comme la palme, avec d'autant plus de vigueur qu'il se voyait plus chargé, et seconiiaiit plus que jamais en la toute-puissante bonté de Dieu, il rcfolat d'entreprendre cette œuvre de charité, ainsi qu*il avait fait toutes les autres. Pour cet effet, après avoir imploré le secours de la divine miséricorde, dont les trésors sont inépuisables, il en fit la proposition aux dames de la charité de Paris, qui s'assemblaient pour ces sortes d œuTres de miséricorde ; et quoique alors les misères communes qu'on irait souffertes, eussent réduit les personnes les plus accommodées dans un état où elles ne pouvaient plus faire ce qu'elles avaient fait |iir le passé, néanmoins ces charitables dames fermant les yeux ù toute autre considération humaine, et croyant que la volonté de Dieu leur était manifestée par l'organe de son lidèle serviteur, firent un effort entre elles pour secourir ces pauvres dans la désolation de leurs provinces; et 7 ayant ajouté ce qu'elles purent recueillir des quêtes quelles firent, M. Vincent envoya plusieurs des siens pour faire la distribution de ces aumônes : a quoi Dieu donna nue telle bénédirtion.

que depuis qu*on eut commcucé cette assistance, elle fut toujours continuée l'espace de dix ans, jusqu'à la conclusion de la paix : de sorte que contre toute espérance et apparence humaine, il s'est trouvé (|uc pendant ce temps-là on a distribué la valeur de plus de six cent mille livres d'aumônes, tant en argent qu'en pain, vivres, vêtements, remèdes pour les malades, outils pour cultiver la terre, grains [>our Tensemencer, et autres semblables choses nécessaires à la vie : ce qui s'est fait par la conduite et par les ordres de M. Yiuceut, qui envoya les missionnaires de sa compagnie dans ces provinces, où ils ont séjourne et parcouru tous les lieux dans lesquels ils savaient qu'il y avait des pauvres réduits à l'extrémité, et particulièrement les villes et les environs de Reims, Fismes, Rethel, llocroy, Mézières, Charleville, Donchery, Sedan, Sainte-Menehould, Vervins, Laon, Guise, Chauny, La Fère, Péronne, Noyou, Saint-Quentin, Ham, Marte, Biblemont, Amiens, Arras ; eu un mot toutes les villes, bourgs et villages où les pauvres gens, soit habitants ou réfugiés, étaient plus minés et plus dignes de compassion. Par ce secours charitable l'on a empêché qu'un très-grand nombre de pauvres n'y soient morts de faim et de froid ; surtout les plus nécessiteux et les plus abandonnés, comme les malades, les vieillards et les orphelins qui étaient pour la plupart réduits en des langueurs eiïroyables, couchés sur de la paille pourrie, ou sur la terre, exposés pendant les plus grandes rigueurs de l'hiver à tout4*s les injures de l'air, leurs maisons ayant été pillées et brûlées, et eux dépouillés jusqu'à la chemise, n'ayant pour retraite que des masures, dans lesquelles ils attendaient tous les jours la mort.

Dans les premières années que cette désolation fut extrême, le secours fut aussi plus grand, et outre huit ou dix missiouuaires que M. Vincent y employa, il y envoya aussi des Filles de la Charité. Pendant que celles-ci s'appliquaient à secourir et à assister les pauvres malades, une partie des missionnaires distribuait le pain et les autres choses nt'cessaires pour pourvoir à l'extrême indigence di.-^ autres ; et les prêtres se répandaient dans les campagnes, visitant le.paroisses destituées de pasteurs, pour distribuer la pâture spirituelii à ces pauvres brebis délaissées, les instruire, leur administrer le.*^ Sacrements, les consoler, et réparer le mieux qu'ils pouvaient K mauvais état de leurs églises qui avaient été la plupart pillées et pro fanées par les soldais.

Nous verrons en la seconde partie plus en particulier de quelle faço.i ces charitables et fervents missionnaires se sont comportés par les ordres de leur très-digue père dans lu pratique de ces œuvres de charité, el comme les églises^ les prêtres, les communautés religieuses d'hom-

mes et de filles, la pauvre noblesse, les filles qui étaient en dauger, les aofiuts et les malades abandonués, en un moti toute sorte de personnes indigentes et affligées eu ont reçu soulagement et consolation. Certes, si les siècles passés ont vu de semblables désolations et misèreSy on ne Ut point dans l'bistoire qu'ils aient jamais vu une pareille ardeur pour y apporter le remède, et un remède si grand, si prompty si étendu et si universel que celui-ci. Cependant tout cela s'est fait avec la bénédiction de Dieu, par un pauvre prêtre et par un petit nombre de dames animées par sa charité et assistées de ses conseils.

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