CHAPITRE XLVIII
M. VnfCETIT DONNE DES REGLES A SA CO>r.RÉGATIO?ï, fcT DIT PUJSIKUns CHOSES TBÈS CONSIDÉRABI.ES SUR CK SUJET.
Ce fat en l'année 1658 que M. VincCTt ayant mis les règles et eon- ^iitutions de sa Congrégation dans le bon ordre qu'il souU«Â\a\X, ^sv>\\
grand âge et ses inûrmitës presque continueltei) lui faisant prévoir qu*îl ne Idï restait plus guère de temps à vivre; eomme il avait loujouffi aimé les siens peu dan t ^a vie, il voulut kiir donner des preuves eigoaléeade cet amour avant ga mort, en leur laissant son esprit eiprimé dans ses règti"^ ou constitutions* ^H
Comme donc la communauté de la maison de Saint- Lazare était a^* semblée un vendredi an soir^ 17 mai de ladite année, M* Vincent leur fit un discours fort affectif et tout paternel sur le sujet de Tobsti^^ >ance des mêmes règles; lequel ayant été recueilli par queîqu*ii^^ qui était présent, nous eu rapporterons ici quelques extraits, qui feront voir de quel esprit M* Vincent était animé et avec combien de prudence, de retenue, de charité et de zèle il avait dressé ses règles pour le bien de sa Congrégaliou,
Il commença par les motifs que sa Congrégation avait d'aimer tît de bien observer ses règles.
■« Il semble, dit*il, que par la grâce de Dieu toutes les règles de la Congrégation de îa Mission tcndenti nous éloigner du péché et mt^me à éviter les imperfections, à procurer le salut des Ames, servir rtlgtise et donner gloire à Dieu *, de sorte que quiconque les observera comme il faut s^éloignera des pécbés et des viceB, se mettra dans l'état que Dieu demande de lui, sera uiile à TÉgliseet rendra à Notre-Seigneur la gloire qu'il en atleud. Quels motifs, Messieurs et mes Frères, de s'exempter des vices et des pécbés, autant que l'infirmité humaine le peut permettre, glorifier Dieu et faire qu'il soit aimé et servi sur la terre! 0 Sauveur! quel bonhenr! je ne le puis assez considérer. ï\'os règles ne nous prescrivent en apparence qu'une vie assez commune, et néanmoins elle» ont de quoi porter ceu^iL qui les pratiquent à mie haute perfection ; et non- seulement cela, mais encore i\ détruire le pé* cbé et rimperfecllon dans les autres, comme ils l'auront détruit en eux mèraeB. Si donc la petite compagnie a déjà fait quelque progrès dans la vertu, si chaque parliculier est sorti de l'état du pécbé etft'est avancé dans le ebemin de la perfection, n*est-ce pas rohscrvanee d^^ mêmes règles qui a fait cela ? Si, par la miséricorde de Dieu, lacofl^H pagnie a produit quelques biens dans I Église par le moyen des missions et par les exercices des ordinanls, u est-ce pas parce qu*etle a gardé Tordre et Tusage que Dieu y avait introduit et qui. y est prts crit parées mêmes règles ? Ob 1 que nous avons donc grand sujet de les observer inviolablement, et que la Coiîgrégatiou de la Mission se heureuse si elle y est fidèle !
"1 Un antre motif qu elle a pour cela est que ses règles sont presque toutes tirées de T Evangile, comme chacun le voit, et qu elles tendent toutes à cvnlormer votre vie à celle que KotreSoigneur a menée sur
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la terre ; car il est dit que ce divin Sauveur est venu et a été envoyé de son Père pour évangéliser les pauvres : Pauperibus evangelizare misit me. Pauperibus: pour annoncer T Évangile aux pauvres, comme par la grâce de Dieu la petite compagnie Xàvhe de faire, laquelle a grand sujet de s'humilier et de se confondre de ce qu'il n'y en a point encore eu d'autre que je sache qui se soit proposé pour fin particulière et principale d'annoncer l'Évangile aux pauvres et aux pauvres les plus abandonnés : Pauperibus evangelizare misit me. Car c'est là notre fin : oui, Messieurs et mes Frères, notre partage sont les pauvres. Quel bonheur de faire la même chose pour laquelle Notre Seigneur a dit qoMI était venu du ciel en terre, et moyennant quoi nous espérons avec sa grâce d'aller de la terre au ciel ! Faire cela, c'est continuer l'ouvrage du Fils de Dieu, qui allait volontiers dans les lieux de la campagne cbercber les pauvres. Voilà à quoi nous oblige notre institut, à servir et à aider les pauvres que nous devons reconnaître pour DOS seigneurs et pour nos maîtres. 0 pauvres, mais bienheureuses règles qui nous engagent à aller dans les villages à Texclusion des grande villes pour faire ce que Jésus-Christ a fait ! Voyez, je vous prie, le bonheur de ceux qui les observent, de conformer ainsi leur vie et toutes leurs actions à celles du Fils de Dieu. 0 Seigneur, quel motif avons-nous en cela de bien observer ces règles qui nous conduisent à une fin si sainte et si désirable !
• Vous les avez longtemps attendues. Messieurs et mes Frères, et nous avons beaucoup différé à vous les donner, en partie pour imiter h conduite de Notre-Seigneur, lequel commença à faire avant que d'enseigner : Cœpit Jésus facere et docere. Il pratiqua les vertus pendant les trente premières années de sa vie, et employa seulement les trois dernières à prêcher et à enseigner. Aussi la compagnie a tâché de l'imiter, non-seulement en ce qu'il est venu faire, mais aussi à le faire de la même manière qu'il l'a fait. Car la compagnie peut dire cela, qu*elle a premièrement fait et puis qu'elle a enî^eigné : Cœpit famé et docere. II y a bien trente trois ans ou environ que Dieu lui a donné commencement, et depuis ce temps là l'on y a, par la grâce de Dieu, pratiqué les règles que nous allons vous donner maintenant. Aussi n'y trouverez vous rien de nouveau que vous n'ayez mis en pratique depuis plusieurs années avec beaucoup d'édification. Si on donnait des règles qu'on n'eût point encore pratiquées, on pourrait y trouver de la difficulté ; mais vous donnant ce que vous avez fait et exercé depuis tant d'années avec fruit et consolation, il n'y a rien que vous ne trouviez également utile et aisé pour l'avenir. L'on a fait comme les Réchabitcs, dont il est parlé en la sainte Écriture, qui gardaient psr tradition les règles que leurs pères leur ava\eulVa\fi^&ei&^\i\ftw
qu'elles; ne fusï^ent point écriten ; et maiiiteitaat que uoiis avons les nôtres écrites et imprimées, la eo:iipagnie n aura qu'à coïitiauer et à se maintenir dansTusagedecequ^elle a pratiqué durant plusieurs années tl à faire toujour;^ ce qn'elle a fait et pratiqué si (idt!tcment par le pasf^d. « Si nous eussions dmmé des ri^gk s dè^ le commi ncenicut, et avant que la compagnie se fût niiseFn la pratique, on aurait pense qu'il y aurait eu de l'humain, plus que du divin, et quecVùl été un dessein pris et concerté humainemeul et non pas un ouvrage tic la Providence divine ; mais, Mesneurs et mes Frères, toutes ces^règliR et tout le reste que vous vovezdans la Cou{4regationt^ esl fait je ne sais comment, ca^i
'je n'y avais jamais pensé, et tout cela s'est introduit peu à peu, S3^(^| qu'on puisse dire qui en est la cause. Or^ e>sî une règle de saint Au^^ ^u^tin, que rjuand on ne peut trouver la cause d une chose hou ne, il la faut rapporter a Dieu cl reconnaître quil en est le principe et Tauleur. Si'ton cela, Dieu n'esl-il pas Fauteur de toutes nos règles qui se sontinlmduiles je ncî^aif^ de quelle manière, et de telle sorte qu'on ne saurait dire ni comment, ni pourquoi. O Sauveur! quelles règles ! et d'où vietinent elles? Y anrais-je pensé? point du tout ; et je vous puis assurer, î^îessieurset mes Frères,que je n'aurais jamais pensé ui aces règles, ni à la rompaguie, ni même au mot fie mission ; c'est Dieu qui a fait tout cela ; les hommes n*y ont point de part. Pour moi, quand je considère la condïiite dont il a plu à Dieu se servir pour faire naître la Cou£ïré^ation en soti É^^lise, j'avoue que je ne sais où j'en suis, et qu'il me semble que c'est un songe tout ce que je vois. Non, cela u est point de nous; cela n'est point humain, mais de Dieu- AppcHeriex- Tous humain ce que l'entendement de riiomme n'a fioint prévu, et ce
ique la volonté n*a point déliré ni recherché en manière quelconque? Mos premiers missionnaires n'y avaient pas pensé non plus que moi : de iorte que cela s'est fait coiilre toutes nos prévojances et espérances. Oui, quand je considère tous les emplois de la Congrégatifm de
-Mission, il me semhle que c'est un songe. Quand le prophète Habaeu^ fut enlevé par un ange et porté hien loin pour cous^oter Daniel dao^y la fosse aux lions, et puis rapporté au lieu oit il avait été pris, ^H voyant de retour au même endroit d où il était 60rti, n'avaît-il pa^" iujet de penser que tout cela n'était qu'un songe ? Et si vous me de* mandez comment les pratiques de la compagnie se sont introduites ? comment la pensée de tous ses exercices et emplois niïus est venue?
^jc vous dirai qneje n'en sais rien, et que je ne le puis connaître, Yoîlà M* Portail qui a vu aussi bien que moi lorigine de la petite compa- . nie, qui vous peut dire que nous ne pensions à rien moins qu'à toi^^d
reela ; tout sVst fait comme de soi-même, peu à peu, l'un après l'autre^ r nomhrù de c^ujl qui se joigiiaîeiit à aous s'augmtîiiL&ilt Ql cliucua
triTainait à la Terta ; et en même temps que le nombre croissait, aussi les bonnes pratiques s'introduisaient pour pouvoir vivre ensemble, et nous comporter avec uniformité dans nos emplois. Ces pratiques-Ià se sont toujours observées^ et s'observent encore aujourd'hui par la grâce de Dieu. Enfin, on a trouvé à propos de les réduire par écrit et d'en faire des règles. J'espère qne la compagnie les r<^ccvra comme émanées de l'esprit de Dieu : à quo bona cuncta procedimt : duquel toutes les bonnes choses procèdent et sans lequel * non sumus suffi- €iente$ cogitare à nobis^ quasi ex nobis : nous n'avons pas la suffisance de penser quelque chose de nous-mêmes, comme de nous-mêmes.
« O Messieurs ej mes Frères ! je suis dans un tel étonnement de penser que c'est moi qui donne des règles, que je ne saurais coneevoir comment j'ai fait pour en venir là ; et il me semble que je suis toujours an commencement ; et plus j'y pense, plus aussi il me paraît éloigné de l'invention des hommes, et plus évidemment je conçois que c'est Dieu seul qui a inspiré ces règles à la compagnie ; que si j'y ai contribué quelque peu de chose, je crains que ce ne soit ce peu-là qui eui péchera peut -être qu'elles ne soient pas si bien observées à l'avenir, et qu'elles ne produisent pas tout le fruit et tout le bien qu'elles devraient.
■ Après quoi, que me rcste-t-il. Messieurs? sinon d'imiter Moïse, lequel ayant donné la loi de Dieu au peuple, promit à tous ceux qui l'observeraient toutes sortes de bénédictions, en leurs corps, en leurs àines, en leurs biens et en toutes choses. Aussi, !\r»8siours ^'t mes Frères, nous devons espérer de la bonté de Dieu toutes sortes de grâces et de bénédictions, pour tous ceux qui observeront lidèlement les règles qu'il nous a données; bénédiction en leurs personnes, bénédiction en leurs pensées, bénédiction en leurs desseins, bénédiction en leurs emplois et en toutes leurs conduites, bénédiction en leurs entrées et en toutes leurs sorties, bénédiction enfin en tout ce qui les couceriiera. J'espère que cette fidélité passée avec laquelle vous avez observé ces règles, et votre patience à les attendre si longtemps, obtiendra pour vous de la bonté de Dieu la grâce de les observer encore plus facilement et plus parfaitement à l'avenir. 0 Seigneur î donnez votre bénédiction à ce petit livre, et accompagnez-le de l'onction de votre Saint-Espril, afin qu'il opère dans les âmes de ceux qui le liront l'éloignement du péché, le détachement du monde, la pratique des vertus et l'union avec vous. »
M. Vincent ayant ainsi parlé, fit approcher les prêtres, à chacun desquels il donna un petit livre contenant les règles imprimées, qu'ils voulurent par dévotion recevoir à genoux, réservant au lendemain de distribuer les autres au reste de la communauté, parce qa'il était trop Urd.
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Après celle dis^tribation, rassîstaal de la maiâoû se mît derechef à jeu ou x^ et lui demanda sa bénédicliou au nom de toule la compagnie, Iqui se! ail mise en une semblable posture; sur quoi MVVinceîit. s'etant l^lui-mx^uie prosterné, dît ces belles paroles d*ua ton fort affectif et d'une ^manière qui faisait bien connaître Fardcar de son amour paternel : 0 Seigneur î qui èles la loi éternelle et la loi immuable, qui gou- [ lernez par votre sagesse infinie tout Tunivers ; vous de qui les conduites des eréatures, loutet^ les lois et toutes les règles de bien vivre sont émanées comme de leur vive source; ô Seigneur ! bénissez, s'il voua plaît, ceu\ à qui vous avez donné ces régies ici, et qui les ont reçues comme procédantes de vous. Donner leur/Scigneur^ la grâce nécessaire pour les (îbserver toujours et iuYiolableraent jusqu'à la mort. C'est en celte confiance et eu votre nom que, tout piisérabl pécbeur que je sois, je prononcerai les paroles de la bénédiction qà je vais donner à la compagnie* «
Voila une partie du diacourgque M. Viaeent fit en cette oecasiofl lequel il prononça duo ton de voix médiocre, humble, doux et dévot, et de telle sorte qu'il faisait sentir aux cœurs de tous ceux qui Técoulaient Taffeelion parliculitTe du sien ; il leur semblait qu'ils étaient avec les Ajjôtrcs écoulant parler Noire-Seigneur, parliculièremcut eu ce dernier sermon quHt leur fit avaut sa passion, où il leur donna aussi ses rt^gles, en leur imposant le grand commandement de la pd]^^ faite dileetion. ^^
On peut recueillir de ce qui vient d'être dil, et plus encore de la lecture des règles de la Cougré:îalion de ta Mission, qu*elle a été instituée pour trois fins principales* La première, pour travailler à sa propre perfection, en s' étudiant de pratiquer les vertus que Notrc-Scigneura daigné nous enseigner par ses paroles et par son exemple, ta seconde, pour prêcher T Évangile aux pauvres et particulièrement à ceux de la ipdgne qui sont les plus délaissés. Et la troisième, pour aider les ecdésiaslîques à acquérir les connaissances et les vertus nécessaires à leur état* Voilà le profit de cet institut, et à quoi tendent les règles données par M . Vincent, lequel avait raison de dire qu'elles étaient venues de Dieu, \mvte qu*en effet elles avaient été puisées dans rÉvangile. Il disait aussi qu il ne savait pa>^ comment elles avaient été mises en usage dans sa compagnie, d'autaiil qu'il ne se regardait pas comme Fauteur de ce bien ; mais les prêtres de sa Congrégation le reconnaissaient luimême pour leur règle vivante^ et comme ils voyaient en lui une vraie expression de la vie de Jésus-Christ et de ses saintes maximes, ils lâchaient de se conformer à ses ijraliques et de mareber sur ses pas- Kt voilà comme les règles de sa Congrégation ont été pratiqnéts \
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qae d*éire écrites, parce qu*il a fait avant que d'enseigner^ et que sa grAce et son exemple ont animé les autres à faire comme lui.