EFFETS TRÈS -REMARQUABLES DES ASSISTAIIGES RENDUES A CES DEUX
PHOVIRCES.
Après avoir représenté les misères extrêmes de ces deux pauvres provinces, et lïtat déplorable où les peuples étaient réduits, il est raisonnable que nous voyions maintenant les bénédictions dont Dieo a favorisé les charitables assistances que M. Vincent leur a procurées, et les fruits qu*ont produits les aumônes de ces dames et de toutes les autres personnes vertueuses qui y ont contribué, et les travaux incroyables de ces bons missionnaires qui en ont été les dispensateurk 11 n'est pas possible de les rapporter tous; mais le peu que nous en allons dire sera suffisant pour faire juger de tout le reste.
Un mois après qu on eut commencé ces charitables assistances, Ton écrivit à M. Vincent ce qui suit : « Les potages donnés par les aumônes de Paris aux malades réfugiés à Guise, Riblemont, la Fère et Ham ont sauvé la vie à plus de deux mille pauvres, qui sans ce secours eussent été jetés hors de ces villes, où ils s'étaient réfugiés, et fussent morts au milieu des champs sans aucune assistance, ni spirituelle ni corporelle.
« Les religieuses de la Fère et des autres villes pour la plupart reconnaissent qu*on leur a sauvé la vie par les assistances qu'on leur a données i elles prient Dieu sans cesse pour les personnes qui leur ont envoyé ou procuré ces bienfaits. »
A'oici quelques extraits des lettres écrites de Laon, Soissons, etQ. : « iNous avons distribué les ornements pour les églises et les couvertures et babils pour nos malades. Il ne se peut dire quel effet cela a produit en toutes ces frontières, où Ton ne parle presque d'autre chose que de ces charités. Nos ouvriers ont eu un tel soin des malades, que par la gnioe de Dieu, dans la seule ville de Guise, de cinq cents malades qu*il y avait, il y en a plus de trois cents de guéris ; et dans quarante villages des environs de Laon, il y eu a un si grand nombre remis en parfaite santé, qu*à grand peine y trouverait-on six pauvres qui ne soient en état de gagner leur vie : et nous avons cru ôtre obligés de leur en donner le moyen, en leur distribuant des haches, des serpes et des rouets à hier, pour faire travailler les hommes et les femmes, qui ne seront plus à charge à personne s'il n'arrive quelque autre accident qui les réduise en la même misère.
« Nous avons aussi distribué les grains qu'on a envoyés de Paris en ces quartiers; ils ont été semés, et Dieu y donne grande bénédio-
tioQ ; ce qui fait que le pauvre peuple supporte ses maux avec plus de i>atieuce, dans re8[)érauce que la rt^colte qui en provieudra leur donnera un grand soulagement.
« Nous donnons deux cents livres par mois pour faire subsister plusieurs pauvres curés, et, par ic moyen de cette assistance, toutes les paroisses des doyennés de Guise, Marie et Yervins sont desservies, et au moins en chacune d*icelle la sainte Messe se célèbre une fois la semaine, et les sacrements y sont administrés. »
Voici d'autres extraits de quelques lettres écrites de Reims, Fismes, Basoches et autres lieux cireouvoisius :
« Nous n avons point de paroles pour vous exprimer nos reconnaissances. Nous voyons bien que la main de Dieu a frappé cette province; son abondance est changée en stérilité, et sa joie en larmes : 668 villages autrefois peuplés ne sont plus que des masures dcsei*tcs, et l'on peut dire que sans le secours des personnes charitables que Dieu a suscitées dans Paris, il n'y aurait pas le moindre reste du débris de ce triste naufrage, et que tous ceux qui en ont été sauvés sont redevables de leur vie à leurs libéralités.
« Les trente-cinq villages de cette vallée et des environs rendent un million d actions de grâces à leurs bienfaileurs. Nous avons distribué les ornements pour les églises, et les habits pour les pauvres; plusieurs de nos malades sont rétablis en santé et en état de gagner leur vie.
« Nous avons tenu une assemblée des curés des environs, où nous avons distribué à vingt-trois des plus pauvres les quatre cents livres qu'on nous a envoyées, ce qui les aidera à vivre et à desservir leurs paroisses ; sans quoi il aurait été impossible d'y subsister. »
On écrivit aussi de Saint- Quentin et des lieux circonvoisins diverges lettres sur ce même sujet, dont voici quelques extraits :
« Nous ne pouvons vous exprimer combien de malades sont guéris, combien d'affligés sont consolés, quel nombre de pauvres honteux sont tirés du désespoir par vos assistances, sans lesquelles tout serait péri, et aux champs et à la ville.
« Une aumône que vous nous avez envoyée de Paris la semaine sainte a tiré plusieurs lilles du danger imminent de perdre leur honneur. Notre carême s*est passé à la campagne pour assister et faire assister spirituellement el corporellement les pauvres habitants de cent trente villages. Quarante curés ont eu un secours de dix livres par mois chacun^ et par ce moyen ont été mis en état de résider eu leurs paroisses, et y faire toutes leurs fonctions pastorales.
« Nous avons acheté de vos aumônes pour sept cents livres de fau-
cilles, de fléaux y de laiis, et antres outils pour aider lea pauvres i gagner leur vie par le travail de la moisson. Nos orges Tiennent fort bien, gri\ce à Dieu, cl, par le moyen des semences que yous nom avez envoyées, nous espérons grand soulagement pour Thiver prochain. »
Les lettres d'où on a tire ce que dessus furent écrites en Taunée IG5 i ; les suivantes furent écrites Tannée 1654 de Saint-Quentin, Laon, Eeinis et autres lieux :
« >'ous nous sommes exposés à la merci des coureurs, et avons visité plus de cent villages; nous y avons trouvé des vieillards et des enfants piesque tout nus et tout gelés, et des femmes dans le désespoir, toutes transies de froid ; nous en avons revêtu plus de quatre cents, et distribué aux femmes des rouets et du chanvre pour les occuper. L'assistance qu'on a commence à rendre aux curés a toojonn continué ; et les ayant assemblés par doyennés, nous en avons trouvé ((ui étaient presque tout dépouillés, auxquels nous avons donné des habits et des soutanes. Nous avons aussi fourni leurs églises d'ornements et de missels, et fait faire les réparations nécessaires pour la couverture et les fenêtres, afin d'empêcher que la pluie ne tombât sur la sainte Hostie, et que le vent ne Temportàt pendant la célébration de la 31esse : cela est cause qu'il y a un grand nombre d'alises et de paroisses où Ton célèbre le saint sacrifice de la Messe, et où les peuples reçoivent les sacrements, lesquelles sans ce secours seraient entièrement désertes et abandonnées.
« Outre les quatre cents pauvres que Ton a revêtus, nous avons encore trouvé aux environs de la ville de Laon près de six cents orphelins au-dessous de Tage de douze ans, dans une pitoyable nudité et nécessité ; les aumônes de Paris nous ont donné moyen de les revêtir et assister.
« Le désespoir ayant porté plusieurs filles de condition, qui se sont trouvées en divers lieux sur les frontières de la Champagne, en d'é* tranges extrémités, Ton a cru que le plus assuré remède était de les éloigner du péril; et Ton a commencé à les retirer dans la commn-» nauté des Tilles de Sainte-Marthe de la ville de Reims, où elles sont instruites à la crainte de Dieu, et dressées à s'occuper à quelque petit travail. Il y a déjà dans cette charitable retraite trente filles de gentilshommes de ces quartiers, dont quelques-unes ont passé plusieurs jours en des cavernes, pour éviter Tinsolence des soldats. La dépense qu'il faudra faire pour cette œuvre de charité, et pour retirer et mettre en sûreté toutes les autres que nous trouverons en semblable péril, est très-grande, parce qu'outre la pension qu'il faut payer poor
la oourriturey il faat encore les revêtir ; mais nous espérons que la cliarité des personnes qui ont si bien commencé continuera, et augmentera plutôt que de diminuer. »
Les missionnaires étant obligés de sortir d'une ville ou d'un canton, pour aller dans un autre, ou pour se retirer tout à fait, après avoir pourvu aux plus pressants besoins des prêtres et des églises, donné le soulagement nécessaire aux pauvres, retiré les filles en lieux d'assurance, procuré la nourriture des orphelins, et donné aux personnes valides le moyen de gagner leur vie, pour ne pas abandoaner ceux qui restaient malades, ou qui le pouvaient devenir, ils établissaient en chaque lieu quelque secours pour les faire nourrir et panser, commettant à cet effet des personnes vertueuses et fidèles, auxquelles ils laissaient de l'argent et des remèdes, et leur en envoyaient d'autres de temps en temps. £t dans toutes les villes où il y avait des hôpitaux abandonnés ou mal réglés, ils procuraient qu'ils tussent remis en bon état, et convenaient avec les administrateurs d y recevoir une certaine quantité de malades, moyennant six ou sept sols par jour pour chacun, qui leur étaient exactement payés par les ordres de M.Vincent et par les libéralités de l'assemblée des Dames de la Chanté de Paris.
tX la ville de fiéthel se trouvant remplie d'un si grand nombre de soldats et paysans malades, que l'hôpital du lieu ne les pouvait plus contenir, ou en fit passer en divers temps jusqu'à sept cents à l'hôpital de Beims : et comme le nombre de ces malades allait toujours croissant, et que la dépense devenait excessive, on s'avisa de l'aire porter de Paris, par des Frères de la Mission qu'on envoyait avec les prêtres missionnaires, divers remèdes pour plusieurs sortes de maux, et particulièrement de certaines poudres très-spécifiques pour les dyssenteries, fièvres et autres maux invétérés, que Tinfirmier de la maison de Saint-Lazare composait, auxquelles Dieu donna une telle bénédiction, qu'ils produisirent des effets que ces bonnes gens estimaient comme miraculeux, ayant guéri une infinité de malades qui étaient réduits à l'extrémité par des maladies presque désespérées, dont plusieurs se trouvaient délivrés en vingt-quatre heures ou envûrou.
M. Vincent, non content de faire assister les vivants, voulut encore exercer la charité envers les morts. Kous nous contenterons d'en rapporter l'exemple suivant : Après le combat qui fut donné eu Champagne, en l'an 1651, auprès de Saint-£tienne et de Saint-Soupiet, plus de quinze cents des ennemis y demeurèrent sur la place, qui servaient de pâture aux chiens et aux loups; ce que M. Viucent ayant su, il manda à l'un des prêtres de la Mission qui assistait les pauvres de oe quartier-là de prendre des hommes à la journée et de T. u. ^
faire enterrer ces oorps à demi pourris; ce qa'il eiécataaiFec telle diligence et UD si bon ménage, que, moyennant trois cents livres de dépense qu'il fit, il donna la sépulture à tous ces morts, et délivra les vivants d'un spectacle d'horreur qui remplissût l'air d'infection; de qu(H ce bon pasteur lui écrivant : « Nous avons, dit-il, aujourd'hui accompli à la lettre ce que Jésus-Christ a dit dans rÉvangile, d aimer et de bien faire à ses ennemis, ayant fait enterrer ceux qui avaient ravi les biens et causé la ruine de nos pauvres habitants, et qui les avaient battus et outragés. Je me tiens trop heureux d'avw eu le bien de vous obéir en une chose qui est partieulièremenl recommandée dans l'Écriture sainte. Je dirai pourtant que ces corps qui étaient épars çà et là dans une grande campagne nous ont donné beaucoup de peine à ramasser, à cause que le dégel qui est vena sur la fin nous a un peu incommodés; en quoi nous voyons qoe Dien a favorisé cette pieuse entreprise, par le grand froid qui Fa aceompagnée : car si c'était à recommencer à présent que le dégel est venu, il n'y a personne qui voulût s'y engager peur mille écus, et cependant il ne nous a coûté que trois cents livres ; et, par ce moyen, ces pauvres corps, qui doivent tous un jour ressusciter, sont mûntenant ensevelis dans le sein de leur mère; et tonte la province en a nne oMgation particulière aux personnes charitables qui ont contriboé à cette bonne œuvre, outre la couronne que Dien leur prépare dans le ciel, pour récompense de lenr vertu. •
Nous ne devons pas ici omettre l'assistance que M. Vincent a (vocurée aux pauvres Irlandais catholiques, lesquels, ayant été diassét de lenr pays par CromweU, ont été ^ligés par la nécessité de s'enrôler dans les armées; deux régiments composés de lenrs panwes finmilles ayant beaucoup souffert en la guerre de Bordeaux, et Tannée suivante ayant été envoyés aux environs d'Arras, eurmt ponr retaraîle au retour de ces deux campagnes la ville de Troyee, oii ils «crivèrast dans un triste équipage, menant avec eux plus de cent cinquante erphelius et un grand nombre de pauvres veuves qui avaient les pieds nus et n'étaient couverts que des haillons de ceux qui étaient mort» à la guerre : l'on voyait cette pauvre troupe désolée mardier par ks rues de ïroyes, et ramassant pour leur nourriture ce que leeddens ne voulaient pas manger. De quoi M. Vincent ayant été informé par les prêtres de sa Congrégation établis en cette ville-lk, il en donna avis aux Dames de la Charité de Paris, et fit partir en même taoqps un prêtre de sa maison qui était Hibemois, pour aUer an seœnn di ses pauvres compatriotes; et, par les ordrea de ce père des paaviei|. l'on fit retirer les flUes et les veuves dans l'h6pitd
où elles appreuaient à filer et à coodre; Ton prit un soin particalier des enfants orptielins; et enfin tous furent logés, revêtus et assistés. Pour eet eflTet on entoya de Paris la première fois six cents livres d'argent, et quantité d'habits et autres choses nécessaires pour remédier à leurs plus pressants besoins; ce que l'on continua de faire de temps en temps, selon qu'on le voyait nécessaire. Une assistance donnée si à propos à ces pauvres exilés releva leurs esprits tout abattus de tristesse, et les disposa pour écouter plus volontiers les exhortations et instructions que ce prêtre missionnaire leur faisait en leur langue deux fois la semaine pendant le carême, afin de les disposer à la communion de Pâques. Et comme il n'y a rien de plus fort que le bon exemple, la vue de ces assistances charitables réveilla la charité des bourgeois de cette ville, non-seulement à Tégard de ces pauvres étrangers, mais aussi de tous les autres qui se trouvèrent parmi eux.
Après les trois ou quatre premières années d'assistances rendues dans les deux provinces de Picardie et de Champagne, dont la dépense revenait à près de trois mille livres, les habitants se trouvant en meilleur état, tant par Téloignement des armées que par les charités qu'ils avaient reçues, H. Vincent rappela ses missionnaires, à la réserve de quelques-uns, qui continuèrent par son ordre, jusqu'à la publication de la paix générale, à assister les pauvres, et pourvoir les églises des ornements et réparations nécessaires, et les prêtres et curés de la subsistance dont ils avaient besoin. Et de plus, un des missionnaires qui étaient restés, suivant les avis qu'il reçut de lui, associa en forme de Confrérie de la Charité un certain nombre de bourgeoises des plus charitables et des mieux accommodées, pouravoir soin des malades, des orphelins et des pauvres abandonnés, sous la conduite de quelques vertueux ecclésiastiques; ce qu il exécuta avec bénédiction en plusieurs villes, particulièrement à Reims, à Réthel, à Chàteau-Porcien, à la Fère, à Uam, à Saint-Quentin, à jiocroy, à Mézières,à Uharleville, à Donehery et ailleurs, les ayant mises partout en exercice et, par le moyen des avis et règlements qu*il leur laissa, elles continuent encore cette bonne œuvre au grand soulagement des pauvres.
Nous ajouterons seulement à tout ce que nous avons dit quelques témoignages de reconnaissance que des personnes considérables des lieux où se firent ces charitables assistances rendirent par lettres à M. Vincent. Nous nous contenterons d'en produire seulement quelques-unes pour confirmer de plus en plus la vérité des choses qui OBtété d-dessoB rapportées.
k^ Bévérctad Père Raissaiit, ohanoîne régulier de l'ordre de
Saint- Augustin et curé de la ville de Ham, lui en écrivit en ctt termes :
« Le missionnaire que vous avez envojé en cea quartiers m*a laissé le soin de faire subsister l'assemblée de nos pieuses bourgeoises, et m*a laissé aussi du blé et de l'argent pour nourrir et entretenir les filles orphelines, à qui on apprend un métier capable dans peu de mois de leur faire gagner leur vie. Je leur fais le catéchisme, et une bonne religieuse de Thôpital les fait prier Dieu et assister à la Messe tous les jours; elles demeurent toutes ensemble dans une même maison : tous les malades de la villesont bien assistés; il y a an bonmé- <Iecin qui les visite et qui ordonne de tout ce qui leur est nécessaire; nous avons soin que rien ne leur manque ; nos bonnes dames s'y appliquent avec affection. Je n'aurais jamais osé espéré de voir dans eette pauvre ville de Ham ce que j'y vois présentement avec consolation et admiration tout ensemble, par un effet delà divine et tonte céleste providence de Notre-Seigneur. Nous avons depuis peu retiré des mains de nos hérétiques une pauvre fille, laquelle fait fort bien; ee qui a excité une servante huguenote de me venir trouver poor se convertir, voyant lesoinqu'onadespauvresetla charitéqa'on exerce envers les malades. Nous l'avons déjà suffisamment instruite, et dans peu de jours elle fera son abjuration. Le même missionnaire m'a iaissé de quoi pour assister les pauvres orphelins et orphelines, et les pauvres malades du gouvernement de Ham, et a disposé deux bons et vertueux curés pour ui'assister en cet emploi jusqu'à son retour. C'est \ ous, Monsieur, qui êtes la cause de tous ces biens, et le premier moteur après Dieu, etc. »
M. de La Font, lieutenant- général de Saint-Quentin, loi écrivit la lettre suivante sur ce même sujet :
x IJ^s charités qui sont, par la grâce de Dieu et par vos soins, en- Novées en cette province, et si justement distribuées par ceax qa'il vous a plu commettre, ont donné la vie à des millions de personnes réduites par le malheur des guerres à la dernière extrémité, et je suis obligé de vous témoigner les très-humbles reconnaissances que Ions ces peuples en ont. Nous avons vu la semaine passée jusqu'à qnatone eonts pauvres réfugiés en cette ville, durant le passage des troupes, qui ont été nourris chaque jour de vos aumônes; et il y en a encore dans la ville plus de mille, outre ceux de la campagne qui ne peavtait avoir d'autre nourriture que celle qui leur est donnée par votre charité. La misère est si grande quil ne reste plus d'habitants dans les villages qui aient seulement de la paille pour se coucher, et les plus qualifiésdu pays n'ont pas dequoi subsister; il y en a même qui pas-
sèdent pour plus de vingt mille écus de bien, et qui à présent n*ont pas un morceau de pain, et ont été deux jours sans manger. C'est ce qui m oblige, dans le rang que je tiens et la connaissance que j'en ai, de Youssupplier très-humblement d'être encore le pèrede cette patrie, pour conserrer la vie à tant et tant de pauvres moribonds et languis fiants que vos prêtres assistent, et qui s'en acquittent très dignement. »
M. Simonnet, président et lieutenant*général de Réthel, lui témoigna sa reconnaissance en ces termes :
« Nous pouvons, sans contredit, trouver dans les charités que vous exercez la première forme de la dévotion chrétienne, puisque dans la primitive Église les chrétiens n'avaient qu'un cœur, et ne souffraient pas qu'il y eût aucun pauvre parmi eux sans être seeouni et assisté : vous ne le souffrez pas non plus. Monsieur; mais vous pourvoyez à leurs besoins avec tant d'ordre et tant de zèle, par les prêtres de votre Congrégation que vous y employez dans tons les lieux circonvoisins oii les pauvres sont réduits à la pâture des bétes, jusqu'à manger les chiens, ainsi que j'en ai vu les preuves : ils ont sauvé la vie à un nombre innombrable de personnes, et ont consolé et assisté les autres jusqu'à la mort. Ce sont là les effets de votre charité, etc. »
M. de Y, chanoine et depuis archidiacre de Reims, lui écrivit la lettre suivante : « C'est avec joie que je me suis chargé de vous rendre des actions de'gràces au nom des pauvres do notre campagne pour toutes vos libéralités envers eux, sans lesquelles ils seraient morts de faim. Je voudrais pouvoir vous exprimer la gratitude qu'ils en ont, je vous ferais connaître que ces pauvres gens emploient le peu de forces qui leur restent à lever les mains au ciel pour attirer sur leur bienfaiteur les grâces du Dieu des miséricordes. On ne saurait vous exprimer comme il faudrait la pauvreté de cette province ; car tout ce qu*on en dit est au-dessous de la vérité ; aussi aurez-vous plus de créance aux avis que vous en donnent MH. les prêtres de votre Congrégation, desquels le zèle et l'équité paraissent si manifestement en la distribution des aumônes, qu'un chacun en est grandement édiûé ; et, pour moi, je vous rends grâces en mon particulier de nous les avoir envoyés pour le bon exemple qu'ils nous ont donné. »
Feu M. Soiiyn, bailli de la ville de Reims, homme de grande probité, écrivante M. Vincent sur le même sujet : • Je crois, lui dit-il, que l'on vous aura fait voir le mémoire que j'ai envoyé à Paris de l'état auquel j'ai trouvé ici l'ouvrage de votre charité, et les assistances corporelles et spirituelles que vous procurez aux pauvres de la campagne, à l'imitation de notre divin Maître et Sauveur, dont vous
vous rendez de plus en plus le parfait imitateur. Deux de vos prêtres sont venus en cette ville, l'un pour prendre l'argent de raumAMy pour n'eu pouvoir trouver dans les lieux de sa résidence, qui sont dénués de tout, et l'autre pour enlever partie d'une quantité de grains qu*il a achetés ici, et les faire conduire à Saint-Souplei pour la nourriture de ses pauvres. Ainsi, chacun travaille heureusement sous vos auspices au soulagement des misérables, tandis que vous vous employé/, de delà à enflammer ce feu divin qui produit cet or qu'on répand dans la Picardie et dans la Champagne pour le secours des pauvres affligés. J'attends ici M. N., à qui vous avez donné ta direetion générale d'un si grand oeuvre, pour rétablissement de nos quartiers d'hiver, j'entends des hôpitaux et de la subsistance des pauvres curés. JVotre magasin de l'orge, qui provient de vos aumônes, s'emplit toujours pour faire quelques distributions pendant le mauvais temps. Continuez, Monsieur, ces soins charitables qui conservent la vie mortelle à tant de pauvres gens, et qui leur procurent le bonheur de l'éternelle, par toutes les assistances spirituelles qu'on leur rend, et particulièrement par Tadministration des sacrements, qui cesserait sans doute en beaucoup de lieux de notre diocèse sans votre secours. »
Nous omettons quantité d'autres lettres qui contiennent plusieurs semblables témoignages do reconnaissance; il suffira de dire, pour conclusion de ce chapitre, que depuis qu'on a commencé à visiter ces deux provinces jusqu'après la publication de la paix générale, on y a envoyé de Paris pour plus de cinq cent mille livres d'aumônes, tant en argent qu'en habits, ornements, etc. Et ces aumônes ont été, par la direction de M. Vincent, distribuées avec tant d'ordre et de prudence, qu'elles ont suffi non-seulement pour sauver la vie du corps à un nombre infini de pauvres peuples^ mais aussi pour entretenir un grandnombredecurés dans leurs paroisses, lesquelles ils auraient été contraints d'abandonner, n'y pouvant pas vivre sans cette assistance; pour remettre plusieurs églises, qui avaient été pillées et ruinées, en état d'y pouvoir célébrer la sainte Messe ; pour retirer un grand nombre de filles, mOme de naissance, du péril imminent où ollcs étaient de perdre ce qu'elles devaient tenir plus cher que la vie; pour procurer retraite a un nombre innombrable de pauvres peiits enfants orphelins qui étaient dans le dernier abandon; enfin pour |irocurer le salut étemel à un trè^-grand nombre d'àmes, |>ar les sacrements et autres secours spirituels qui leur ont été conférés dans leur plus grande nécessité par les prêtres de la Mission.
t Certes, disait uu jour M. Vincent, faisant réflexion sur toutes
ces choses, on ne pent penser qu'ayec admiration à ces grandes aumAnesqne Diea a inspiré défaire, et an grand nombre de vêtements, draps, oouyertnres, chemises, chaussures, etc., qu'on a fournis pour toutes sortes de personnes, hommes, femmes, enfants, et même pour des prêtres ; non plus qu'à la quantité d*aubes, chasubles, missels, ciboires, calices et autres ornements qu'on a envoyés pour les églises, qui étaient dépouillées à tel point, que sans ces secours la célébration des saints Mystères et les exercices de la religion chrétienne en étaient bannis, et ces lieux sacrés n'auraient servi qu'à des usages profanes. C'était véritablement un spectacle qui donnait de Tédification de voir les maisons des Dames de la Charité de Paris remplies de toutes ces bardes, et qui étaient devenues comme des magasins et boutiques de marchands en gros. Ces dames-là sans doute auront dans le ciel la couronne des prêtres, pour le zèle et la charité qu'elles ont eus de revêtir Jésus-Christ en ses autels, en ses prêtres, et en ses pauvres membres. »