I. CÉLANO, Vita I, 1. I, c, VI, n
A RIVOTORTO
sont pas daccord sur les motifs de ce prompt déplacement. D'après les plus anciens (i), François abandonna la cabane de Rivotorto, parce que molesté par des visiteurs importuns, entre autres par un muletier, qui voulait s"y installer, il était dérangé dans ses prières et ses dévotions, et parce qu'il voulait montrer au monde quil ne possédait rien, pas même cette masure. Selon Wadding (2), le déplacement eut lieu parce qu'il était impossible, faute de place, de satisfaire aux demandes d'admission. En outre, François souhaitait d'avoir une église où il pût entendre la sainte messe avec ses compagnons, réciter les heures canoniales, et ensevelir les Frères défunts.
Il établit donc sa demeure à la Portioncule,. et s'y construisit une cabane; on ignore si les Bénédictins du mont Soubase lui avaient déjà fait don de la chapelle, ou s'ils n'en firent la concession que plus tard, probablement vers la fin de 1210. Wadding (3) opine pour la concession la plus ancienne, et ajoute que François la reçut à la condition que la Portioncule serait toujours considérée comme le berceau de FOrdre. Ce fut avec joie que le saint Fondateur accepta cette condition ; il ordonna que chaque année ses disciples off'riraient, en signe de reconnaissance, et comme un tribut volontaire, aux moines de
1. CÉi.ANo, Vita I, I. I, c. \i, n. 44. — Trcs socii, c. i\\. n. 55.
2. V\'Ai)i)i.\r,, Annal. Minor., ad aiiii. iJio, n. 2(), 3o. :•}. Il) ici., n. 21).
l34 "^'lE DE SAINT FRANÇOIS D' ASSISE
Soubase, un panier de muges, espèce de poissons, qui abondaient dans un cours d'eau voisin appelé le Chiascio (i).
Le grand Ordre de Saint-Benoît prit ainsi sous ses ailes les Frères-Mineurs et leur procura leur première demeure et leur première chapelle, bienfait pour lequel F Ordre Franciscain tout entier lui a voué jusqu'à ce jour une profonde reconnaissance.
Le Ciel lui-même témoigna d'une façon miraculeuse que ce don lui était agréable. En effet, avant que les Frères ne fussent arrivés, et durant la première nuit que François passa dans la chapelle, poui' se recommander avec les siens à Dieu et à la sainte Vierge, il vit sur l'autel Notre- Seigneur Jésus-Christ, sa sainte Mère et une troupe innombrable d'anges inondés d'une lumière céleste. Il dit sans craintes mais avec humilité : « Seigneur, très saint Roi du ciel, Sauveur du monde, très doux Amour, et vous, Reine du ciel toute-puissante, pourquoi daignezvous venir du haut du ciel sur ce modeste autel. y> Il reçut cette réponse: « Le motif de ma venue et de celle de ma Mère est de remettre à toi et à tes Frères, ce lieu et cette chapelle qui me sont si chers. » Extrêmement surpris d'une semblable faveur, François s'écria : « Vraiment, ce lieu est saint ; il devrait être habité par des anges plutôt que par des hommes. Je ne le quitterai pas, aussi longtemps qull me