‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 216 sur 239 · Ibid., n. i · texte numérisé non relu

Ibid., n. i

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d'une rançon. Son chef était connu sous le nom de Lupus, loup, et avait établi son refuge dans une caverne, à laquelle on accédait par un pont volant. Naturellement Tinstallation des Frères ne pouvait plaire à ces mécréants. Lupus intima à plusieurs reprises à François Tordre d'y renoncer, et lui fit même des menaces au cas où il ne voudrait pas s'éloigner. A la vérité, les Pauvres d'Assise n'avaient pas de pillage à redouter, mais ils pouvaient être égorgés. Ils restèrent cependant au lieu que la Providence leur avait donné et mirent leur confiance dans la protection divine. Un jour, le chef des bandits arriva furieux, les couvrit d'insultes et de malédictions, et les somma, avec les plus violentes menaces, de quitter la montagne. François, que le Seigneur avait choisi pour sauver l'âme de ce malheureux, le laissa vociférer sans répondre un mot; mais lorsqu'il le vit un peu plus calme, il lui parla avec douceur et fit si bien que le brigand, non seulement accorda aux Frères la permission de rester, mais encore sollicita la faveur de demeurer avec eux. Pendant plusieurs jours, il observa leur vie angélique; puis le bon exemple, la prière et les pénitences des Frères, mais surtout la grâce d'en haut, agirent sur lui avec tant de force qu'il prit la résolution de faire pénitence lui-même, et, dans ce but, il pria François de l'admettre au nombre de ses disciples. Le Saint savait très bien que le bon Pasteur prend sur ses épaules la brebis retrouvée et la rapporte joyeusement au bercail; il accueillit donc le nou-

veau repenti et changea son nom de Lupus, loup, en celui d'Agnello, agneau. De ce moment, les grottes de FAlverne, qui avaient protégé les bandits et les voleurs contre le bras de la justice et qui avaient été témoins de sanglantes violences, virent les plus rudes, nous voudrions presque dire, les plus cruelles pénitences.

Le repaire, qui avait d'abord servi d'habitation à Lupus, puis de lieu de pénitence à Agnello, subsista pendant des siècles sous le nom de € Prison de Fr. Loup (i) ».

Qui pourrait douter de Fénorme sensation causée par cette conversion? Elle est très instructive pour nous. Elle nous montre qu'on ne doit jamais douter, ni de son propre retour, ni de celui du prochain. La miséricorde divine est infinie, et ne se manifeste jamais avec plus d'éclat que dans la conversion de grands pécheurs. Cet événement nous apprend encore que le pécheur ne doit pas être traité avec dureté, mais avec douceur. La dureté le révolte, le décourage et achève de le précipiter dans le mal ; l'amour, au contraire, l'attire, le relève et le sauve. Hélas, que d'égarés reviendraient, s'ils rencontraient un saint François, qui leur tendît la main et les pressât sur son cœur ! Faisons au moins ce que nous pouvons par la prière, le bon exemple, les œuvres de pénitence, l'instruction et l'exhortation pour la conversion des pécheurs ! Le salut d'un seul vaut autant qu'une éternité

I, ^Wadding, Annal. Minor., ad ann. I2i5, n. i6.

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de joies célestes. Jésus-Christ n'est-il pas descendu du ciel pour sauver les âmes!

Le mont Alverne resta un lieu saint pour François, il j revint à plusieurs reprises et là il reçut de Dieu la faveur la plus signalée qui puisse être accordée à un homme. Mais n'anticipons pas.

De TAlverne, François se rendit à Monte Casale, près de Borgo-San-Sepolcro. Pendant qu'il priait dans une église isolée, Dieu lui révéla qu'il s'y trouvait caché des reliques de saints depuis longtemps privées de la vénération des jBldèles. François prescrivit aux Frères de faire des recherches. On ne les fit pas, je ne sais pour quel motif. Un jour que les Frères préparaient l'autel pour la sainte messe, il s'en échappa un parfum extrêmement agréable. On se ressouvint alors de la recommandation du Père; on leva la pierre d'autel et on trouva le trésor caché. Lors d'une autre visite à Monte Casale, François ayant appris ce qui s'était passé, dit d'un ton de blâme aux Frères : t Loué soit le Seigneur, mon Dieu, qui a fait par bonté ce que vous auriez dû faire par obéissance (i). »

De Monte Casale, il se dirigea sur Rome, où Innocent III avait convoqué le douzième concile œcuménique ou le quatrième concile de Latran. Le long du chemin il s'arrêta dans diverses localités, y prêcha et y laissa un souvenir impérissable.

I. Waddinc, Annal. Minor., ad ann. 1215, n. 17. — S. BoNAV., c. VI, n. 81.

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A Fabriano, où il parla sur la place publique, il pria des ouvriers, qui travaillaient à une maison voisine, de cesser le bruit qu'ils faisaient. Comme ils n'obéissaient pas, il leur dit que la maison qu'ils construisaient ne tarderait pas à s'écrouler, parce que le Seigneur ne bénissait pas leur travail. Peu de jours après, elle s'écroula, en effet, mais sans dommage pour les hommes et les animaux, ainsi qu'il l'avait également annoncé. Dans la même ville, il prédit que ses Frères obtiendraient un jour un couvent au lieu appelé par le peuple « Vallée des Pauvres * . Cette prédiction se réalisa aussi, mais seulement en 1292 (i). Elle n'en est que plus remarquable !

A quatre milles de Fabriano était situé, au milieu de hautes montagnes, un petit monastère dédié à la sainte Vierge; il avait été abandonné par les Bénédictines, à cause des dangers de ces temps de guerre. Le lieu se nommait « Vallée pierreuse ». Aussitôt que François en eut connaissance, il alla trouver le propriétaire delà maison, et le pria de la lui donner pour lui et ses Frères. Sa demande reçut une satisfaction immédiate. En allant à la Vallée, où se trouvait rinuneuble, il s'égara, et rencontrant un homme, il le sollicita humblement de le remettre en bon chemin. « Faut-il donc qu'à cause de vous, répondit celui-ci avec aigreur, je quitte ma charrue et que j'emploie à votre service le temps qui m'a été donné pour le labourage de ce champ? » Il

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