CHAPITRE XI
A RIVOTORTO
(l2IO)
François partit de Rome avec les siens pour retourner dans la vallée de Spolète. Le long du chemin, ils s'entretinrent des grâces et des bienfaits dont Dieu les avait comblés, et de la reconnaissance quils devaient au Souverain Pontife, qui les avait si bien reçus (i) ; ils cherchèrent de quelle manière ils pourraient mieux correspondre à la grâce divine et aux bienveillantes exhortations du Pape, et comment ils pourraient observer avec plus d'exactitude leur sainte Règle. En un mot, ils s'excitèrent à se rendre dignes de leur vocation. Ces pieux entretiens leur firent oublier les peines du voyage.
Les Frères subvenaient à leurs besoins en demandant Faumône. Le premier jour, épuisés de fatigue, ils arrivèrent à un endroit n'offrant aucune ressource ; ils s'assirent sans murmurer au bord du chemin pour prendre au moins quelque repos. Tout à coup apparut un homme qui leur remit assez de pains pour Jes rassasier tous; puis il disparut sans que l'on pût savoir
i. CÉr.ANO, Vita l, I. 1, c. v, n. 34.
d'où il était venu et où il était allé (i). Fut-ce un miracle? Oui, certes, c'en fut un et ce miracle excita leur confiance envers Celui qui n'oublie pas les oiseaux du ciel, et qui dispense le nécessaire à toute créature ; il les remplit surtout d'amour et d'enthousiasme pour leur vocation. Ils en prirent occasion de s'encou^ rager mutuellement; pour ne jamais se laisser abattre par quelque peine que ce fût, et pour ne point s'écarter de la sainte pauvreté (2).
Réconfortés par cette nourriture céleste, ils continuèrent leur chemin et arrivèrent à la ville d'Orte, située sur la route de Rome à Spolète, où ils s'arrêtèrent pendant une quinzaifie de jours. Leur heu de refuge était une grotte, comme il s'en trouve beaucoup dans la contrée, fort isolée mais agréablement placée. Ils n'avaient pas à y craindre de nombreux visiteurs, ce qui plaisait particulièrement à François. Chaque jour quelques-uns d'entre eux se rendaient à la ville pour y mendier de porte en porte ce qui était nécessaire à leur subsistance. Lorsqu'il leur restait quelque superflu, ils le conservaient pour le repas suivant dans un ancien tombeau voisin (3), car il n'y avait pas de pauvres à cause de l'aridité de la contrée. Wad-
1. S. Bo]XAV., c. IV, n. 39. — Célano {Vit. I, 1. I, c. v, n. 34) dit : -< Statimque, diviiia gratia procurante, occurrit eis homo offerens in manu panem deditque eis, et abiit. »