NAISSANCE DE SAINT FRANÇOIS.—2, SA JEB- Û NESSE.—3. SA CONVERSION
UAND on a quitté Rome, en se dirigeant ‘vers le Nord, après avoir traversé l’admirable désert de
"T ‘Ja campagne romaine et passe le Tibre un peu au-delà de Cività-Castellana, on s'engage dans un pays montueux qui va s'élevant, comme en amphithéâtre, des bords du Tibre jusqu'aux crêtes de l'Apennin. Cette contrée retirée, pittoresque, salubre, se nomme l'Ombrie, Elle a les agrestes beautés des Alpes, les cimes sourcilleuses, les forêts, les ravins où se précipitent les cascades retentissantes, mais avec un climat qui ne souffre point de neiges éternelles, avec toute la richesse d’une végétation méridionale qui mêle a : chêne #t au sapin l'olivier et la vigne. La nature y paraît aussi douce qu’elle est grande; e'le n’inspire qu'une admiration sans terreur ; et si tout y fait senfir la puissance du Créateur, tout y parle de sa bonté. La main de l’homme n’a point ee ces tiblsaux. Au cœur du pays s'ouvre une allée plus large que les autres; l'horizon y a plus
de ‘tendue, les montagnes environnantes dessinent
des courbes plus Renan, des eaux abondantes
sillonnent une terre savamment cultivée. Les deux entrées de ce paradis terrestre sont gardées par les deux villes de Pérouse au Nord, et de Foligno au
Midi. Du côté de l'Occident, est la petite cité de Be-
vagna ; à l'Orient, et sur un coteau qui domine tout le paysage, s'élève Assise (1).... toute petite ville, célèbre aujourd’hui dans tout l'univers, pour avoir vu naître dans l'enceinte de ses murs, cet enfant de bénédiction, que les peuples appellent avec amour: François, le Séraphin d'Assise ! Saint François vint au monde en l’année 1182, (ie 26 Septembre d’après les traditions locales,) sous le Pontificat de Lucius III, et je règne de Frédéric Ier, empereur d'Allemagne. Son père, Pierre Bernardone était un riche marchand qui faisait son prin-
cipal commerce avec la France, Sa mère, nommée
Pica, Française d’origine, était issue d'une noble famille de Provence. Pica n'eut que deux enfants, François et un autre fils qui s’appela Ange.
La naissance de François fut accompagnée de circonstances merveilleuses : il vint au monde, dans une étable, comme son Divin Maître. L'étable a été convertie en Oratoire, portant en Italien le nom de. San Francesco il piccolo : Saint François le petit. Et sur la porte on lit cette inscription latine en caractères très anciens :
Hoc Oratorium fuit Bovis el Asini stabulum, In quo natus est Franciscus mundi speculum.
+” + = ‘ ; ft) Ozanam, les Poëtes Franciscains,
es deux s par les ligno au é de Beline tout ite ville, ur avoir t enfant nt avec | Saint , (ie 26 sous le léric Ier, Bernaron prin-
oinmée
e noble enfants,
e de cirans une Été conpm de :
etit. Et | carac-
Cet Oratoire fut jadis l’étable du Bœuf et de l’Ane, Où naquit François, le miroir du monde.
Sa mère lui fit donner au baptême le nom de Jean (1) : son père était alors en France. À son retour
à Assise, l’heureux père, à cause de son amour pour » L
la France, donna au petit Jean le surnom de F7an-
B cesco, c'est-à-dire, le Français, autreruent dit: Fran-
çois, nom qui fut depuis consacré par l’histoire.
Un inconnu, dit la pieuse tradition, ou plutôt un Ange sous forme humaïne, se présenta pour tenir l'enfant sur les Fonts : il disparut, après la cérémonie, laissant l'empreinte de ses genoux devant l’Autel, su un marbre que l’on montre dans l’Église Cathédrale et que nous avons vu nous-même, (2), avec les Fonts Baptismaux, sur lesquels sont gravées ces paroles italiennes : Qwesto è 1! Fonte, dove fù batteszato Serafico Padre San Francesco : Voici les Fonts où fut baptisé le Séraphique Père Saint
Fran çois.
Au retour du Baptême, il se présenta un autre inconnu, qui fit les plus pressantes instances pour qu'on lui permit de voir le nouveau-né. Il le prit entre ses bras, le couvrit de respectueuses caresses et lui imprima sur l'épaule droite, le signe d’une croix bien formée, comme marque de sa consécration, recommandant expressément à la nourrice d'entourer cet Enfant d’un soin jaloux, afin de ne l’exposer jamais
(1) Jean-Baptiste, au témoignage de Th. de Celano, vifa secunaa.
(2) A notre premier Pèlerinage à Assise, en l’année 1876.
Géorges.
aux embüches du malin esprit qui pressentait que cet Enfant serait grand, un jour, et lui ferait une rude guerre,
Les premières années de cet Enfant de bénédiction s’écoulèrent calmes et tranquilles, à l’ombre du toit paternel, comme celles de l'Enfant Jésus à Nazareth, La vertueuse Pica entoura le berceau de son fils, de toute la tendresse d’une jeune mère pour son pre-
LS
mier-né : ses actes furent imprégnés de toute la piété
d’une chrétienne qui prépare une âme pour le beau
Paradis ! Elle apprit à sa langue enfantine à bégayerk les doux Noms de Jésus et de Marie: elle habitual insensiblement ses petites lèvres à la prière ; elle!
développa avec un tact délicat, les heureuses incli-#
nations de son jeune cœur. Aussi, dès l’aube de la vie, l’âme de l’angélique enfant s’ouvrit-elle suave-k
ment aux doux enseignements de sa mère, commef
la fleur ouvre son calice aux premiers rayons dus
soleil. Et déjà l’on pouvait prévoir que cette plantel
bénie porterait un jour des fruits délicicux.
Dès que l'heure fut venue de former l'esprit dus jeune François, ses parents ie firent étudier chez les!
pieux Ecclésiastiques de la paroisse de .Saint-
France pour les affaires de son commerce,
François n'avait que quatorze ans, lorsque son père
Son intelligenceivive goûta les charmes des belles-lcettres : il y fit de rapides progrès et apprit] aisément la langue latine et la langue française, dont la connaissance le rendait très utile à son père quil nous l’avons déjà vu, faisait de longs voyages en
entait que ferait une
énédiction bre du toit | Nazareth, son fils, de Ir son preate la piété ur le beau à bégayerh le habitual} rière ; ellel ‘uses incliaube de la!
elle suavere, commeh rayons dus tte planteh esprit dus er chez les!
de . Saints charmes set apprit{ caise, dont père qui, pyages eni
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} mœurs,
Bernardone l’associa à ses opérations commerciales. Tous deux exerçaient leur profession avec activité, mais dans un esprit tout différent. Le père était un homme dur, âpre au gain, toujours en quête de gros bénéfices. Le fils avait des sentiments plus élevés : il était affable, compatissant, généreux jusqu’à la prodigalité, plus avide de gloire que de richesses. En effet, il se plaisait plus à dépenser l’or qu’à l’amasser ; et montrant une grande âme jusque dans les défauts de sa folle jeunesse, il semblait un fils de prince plutôt qu’un fils de marchand. Il aimait l'éclat des fêtes, la beauté des vêtements, la splendeur des repas: il donnait aux plaisirs du monde et à la société de ses joyeux amis tout le temps que lui laissait le n<goce personnel : et, sans mener une vie coupable, il menait une vie dissipée. (1) |
Une grâce spéciale de Dieu et l'élévation naturelle de son âme le préservèrent toujours des mauvaises Jamais on ne le vit sourire à une parole légère, et il manifestait hautement son horreur pour tout propos licencieux. “A l’ombre de l'assistance divine, dit le séraphique Docteur Saint Bonaventure, ni parmi les jeunes libertins de son âge, quoiqu'il eût l'amour inné des plaisirs, il ne se laissa aller aux excès impérieux des sens ; ni dans la société de cupides marchands, quoiqu'il fût secrètement avide de gain, il ne mit sa conan dans l'argent et les
| trésors de la terre.”
(1) Le marquis de Ségur : Histoire populaire...
” Son cœur demeura pur, et quand, plus tard, Dieu marqua son corps des stigmates de sa Passion, il les imprima sur une chair virginale. Le doux adolescent avait d’ailleurs une autre sauvegarde puissar te contre les tentations des sens et les embüûches du démon, c'était l'amour des pauvres qui précéda en lui l'amour | de la Pauvreté et qui, de degré en degré, le porta jusqu'aux sommets sublimes de la charité frater- = nelle, Il chérissait les pauvres comme ses frères, se plaisait à les secourir et se sentait particulièrement À touché quand ils lui demandaient l’aumône pour l'amour du bon Dieu. Ces mots d'amour de Dieu, | ainsi qu'il le confessa plus tard lui-même, rem- # plissaient dès lors son âmé, encore mondaine, d’une profonde et mystérieuse émotion. Une seule fois,
F : m préoccupé d’une affaire de son négoce, il rebuta un Le mendiant qui lui demandait l’aumône pour l'amour
‘ 7 k RSS Ÿ et du bon Dieu. Mais aussitôt rentrant en lui-même, il pe se repentit amèrement, courut tout en pleurs après bi ce pauvre qu'il avait repoussé, lui fit une large au- je mône, et prit, dès ce jour, la résolution à laquelle il pi
resta fidèle jusqu’à la mort, de ne jamais refuser Il laumône à quiconque la lui demanderaient pour
a l'amour du bon Dieu ! F - - Pa
Ce mélange de vertus naïssantes et de qualités naturelles, le charme de sa jeunesse, sa vivacité, son “. ardeur, sa générosité d'âme gagnèrent à François, àt dès son adolescence, les symnathies de tous. Ses ue
compagnons le choisissaient volontiers pour chef et à maître de leurs jeux : on le saluait comme : “ /4 feur
ard, Dieu sion, il les dolescent te contre
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de la jeunesse” Son père, tout en regrettant ses prodigalités, était secrètement flatté de ses succès et du prestige qui déjà l’entourait, et Pica, sa pieuse mère, | entrevoyait avec joie; sous ses qualités et ses défauts mêmes, le germe de célestes vertus et l'espérance d'un grand amour de Dieu.
Pour développer ce germe préci=ux, le Seigneur envoya d’abord à François la grâce des épreuves. A cette époque de trouble et de division, les villes de l'Ombrie formaient comme gutant de républiques indépendantes : de là, des guerres fréquentes entre les cités voisines, Assise entra en lutte avec Pérouse ;
à toute la jeunesse dut prendre les armes, et, dans un
combat, François fut fait prisonnier avec plusieurs autres, La captivité dura un an. La plupart se lamentaient et pleuraient sur leur sort. François demeura gai, confiant, résolu. Il relevait par ses paroles et ses soins charitables l'air abattu de ses compagnons et leur disait en plaisantant: “ Je vous plains, mes amis ; pour moi, j'ai l’esprit fort libre et je me réjouis. Vous me voyez maintenant prisonnier ; plus tard, vous me verrez honoré par toute la terre.” Il disait cela, non par un sentiment d’orgueil, mais par un instinct prophétique dont il ne comprenait pas lui-même la divine portée.
À peine sorti de prison et de retour à Assise, Dieu envoya à François la nouvelle épreuve d’une longue et cruelle maladie. Sur son lit de douleur, il eut le ” temps de méditer et il en profita Dès que sa faiblesse lui permit de marcher, il sortit de la ville,
appuyé sur un bâton, pour respirer le grand air et admirer l'aspect enchanteur de la campagne environnante, Mais ces charmes de la nature tant de fois goûtés, ces beautés du-soleil couchant sur les sommets des Apennins, cette pureté de l’air si douce aux convalescents, toutes ces choses qui le ravissaient naguère, lui apparurent vaines et décolorées et le laissèrent sans joie et sans enthousiasme. Il eut ce jour-là une impression passagère, mais très vive, du néant de tout ce qui passe et de l’unique beauté des choses éternelles. Âveé la santé, ce sentiment s’affaiblit sans disparaître. Il reprit le goût des beaux vêtements et de l'éclat de la vie; mais il resta plus près de l'amour de Dieu et plus tendre que jamais pour les pauvres, ses frères. Ayant rencontré vers ce temps-là un homme de guerre, noble, mais indigent et misérablement vêtu, il fut ému de compassion, vit et aima en lui la pauvreté de Jésus-Christ, et se dépouillant des riches habits qu'il portait, l'en revêtit à l'heure même. Le Seigneur qui répond toujours à une grâce bien reçue par une grâce nouvelle, lui envoya la nuit suivante un songe prophétique. Il se trouva trarsporté dans un magnifique palais rempli
d'armes marquées du signe de la croix, et comme il
æe
demandait pour qui tout cela, une voix lui répondit : * Pour toi et tes soldats.”
Il se réveilla, plein d'idées de grandeurs et de victoires, mais de grandeurs mondaines et de vic-
toires matérielles. Espérant parvenir aux honneurs militaires, suivant d’ailleurs le penchant de sa nature
d air et le envitant de sur les si douce issaient es et le l eut ce vive, du luté des ent s’afs beaux sta plus jamais vers ce ndigent sion, vit st, et se revêtit jours à elle, lui e. I se rempli mme il pondit :
s et de
de vicpnneurs nature
atdente et chevaleresque, il partit en brillant équipage pour aller offrir ses services au comte de Brienne qui guerroyait alors en Italie contre l’empereur d'Allemagne.
A Spolète, où il s'arrêta, Dieu, par un nouveau songe, éclaircit l'obscurité du premier. “ François, lui dit-il pendant son sommeil, lequel des deux peut te faire plus de bien, le maître ou le serviteur, le riche
ou le pauvre ?
— C'est le maître et le riche.
— Pourquoi donc délaisses-tu Dieu qui est le
à maître et le riche pour chercher l’homme qui est le
serviteur et le pauvre ?
— Ah! Seigneur, parlez : que voulez-vous que je fasse ?
— Retourne dans ta ville natale ; ce que tu as vu ne signifie rien que de spirituel : c'est de Dieu et non des hommes que tu en recevras l’accomplissement.
Dès ie matin, François reprit avec joie le chemin d'Assise pour y attendre tranquillement-les ordres du Seigneur, et sans se mettre en peine de ce que le monde pourrait dire d’un retour si précipité. Sés amis vinrent, comme à l'ordinaire, lui proposer une partie de plaisir. Il les reçut avec beaucoup de politesse, les traita avec sa magnificence accoutumée ; mais son âme était déjà toute en Dieu. En les reconduisant, il se trouva tout-à-coup frappé de la vanité des choses de la terre et de la grandeur des biens du ciel, par une communication de l'esprit de Dieu
pleine de douceur, mais en même temps si intime et <i forte que tous ses sens en demeurèrent suspendus et qu’il resta comme immobile, Il avoua depuis à san Confesseur, que dans ce ravissement, si on l'avait mis en pièces, il n’en aurait rien senti, tant son âme était ravie en Dieu. Ses compagnons, le voyant immobile, accoururent saisis d’une certaine frayeur ; mais bientôt, quand il fut revenu à lui, ils réprirent leur frivole gaieté et lui dirent en riant: “Où avais-tu l'esprit, François? Songerais-tu par häsard à prendre femme ?
— Oui, répondit-il d'une voix grave, je songe à prendre femme ; mais je la choisiraïi si noble, si riche et si belle, qu'il n’y en aura point de semblable au monde.”
C'était la Pauvreté qu'il voulait dire, la sainte | pauvreté évangélique qu'il se choisira désormais pôur sa Dame, sa Maîtresse, l’inséparable Compagne de toute sa vie !
François venait de dire au monde un éternel adieu: dès ce jour, il ne respira plus que pour les È choses divines. Il sé débarrassa.autant qu'il le put des soins du négoce, pour donner la plus grande part de son temps à la prière et aux œuvres de charité, Il se retirait fréquemment dans une grotte voisine d'Assise, et là, seul avec Dieu, il lui denandait avec larmes de le guider dans sa voie et de li faire connaître sa vocation. Son amour pour les pruvres s'accrut encore avec son amour pour Jésus- Christ qu'il voyait en eux. En l'absence de son
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père, il faisait apporter à l'heure des repas une grande quantité de pains, et comme sa pieuse mère lui demandait, étonnée, pour qui toutes ces provisions : “C'est, répondait-il avec une expression angélique, pour les pauvres du bon Dieu que je porte tous dans mon cœur.” Il quittait alors la salle et courait distribuer à ses chers amis, les pauvres, toute cette quantité de pains qu’il avait fait préparer pour eux. Il leur donnait ses propres vêtements et quand il ne pouvait pas tous les satisfaire, il décousait.ses habits et les divisait pour les leur partager. Il secourait, avec un particulier et tendre respect, les prêtres indigents, contribuait, de son argent et de ses mains, à décorer les autels, à orner les églises des campagnes et à honorer Notre- Seigneur Jésus-Christ dans la très sainte Eucharistie,
Mais toutes ces bonnes œuvres ne répondaient point à l’idée qu’il s'était formée de la perfection. Il aurait voulu se retirer dans un pays éloigné, pour y pratiquer la pauvreté volontaire qu'il avait déjà embrassée dans son cœur. Et d’abord, il résolut d'aller à Rome visiter le Tombeau des Saints Apôtres, et y demander à Dieu par l’intercession de Saint Pierre, la grâce d'exécuter le dessein qu'il avait conçu de mener une vie apostolique. Après avoir fait sa prière dans ce saint lieu, il remarqua avec peine, que dans le concours des pèlerins, les uns offraient peu de chose et que les autres ne donnaient rien du tout. “ Quoi donc, s’écria-t-il, la
dévotion est-elle ainsi refroidie ? Comment les hommes n'offrent-ils pas tout ce qu'ils ont,et ne s'offrent-ils pas eux-mêmes dans un lieu où reposent les précieux restes du Prince des Apôtres ? Comment ne décorent-ils pas avec toute la magnificence possible cette pierre sur laquelle Jésus-Christ a fondé son Eglise ?” Et en disant ces mots, il prit tout l'argent qu'il avait sur lui, et le jeta à pleines mains, par l'ouverture de l'autel d’où il alla tomber à grand bruit sur le saint Tombeau, à la grande surprise de tous les assistants ! Au sortir de cétte église, seconstruite plus tard, et ornée par un de ses Enfants, avec une splendeur inouïe, François vit une multitude de pauvres qui imploraïent la charité des fidèles. Dans un élan d'amour pour la sainte pauvreté, il courut à eux, donna ses vêtements aux plus nécessiteux dont il emprunta les misérables haïllons, et demeura ainsi le reste de la journée priant et mendiant en leur propre compagnie. C'est ainsi qu'il foulait aux pieds l’orgueil du monde, et qu'il s'élevait par degrés à la perfection évangélique. Le lendemain il reprit la route d'Assise et revint au foyer maternel, respirant la sainte allégresse de la pénitence, et priant Dieu avec une nouvelle ardeur de conduire ses pas dans la voie de la sainte pauvreté,
Un matin que François méditait dans la campagne aux environs d'Assise, il entra dans une pauvre église consacrée à Saint Damien, si vieille et si délabrée qu’elle menaçait ruine. Là, prosterné sur la pierre, devant un crucifix, il prononça trois
nt les , et ne posent mment € pos- | fondé it tout mains, grand rise de econsnfants, multifidèles.
reté, il nécesons, et t mens i qu'il élevait lemain ternel, priant es pas
À cain- 1S une Bille -et sterné trois
fois, par un mouvement du Saint-Esprit, cette belle et fervente prière qu'il répéta souvent depuis: “Grand Dieu, plein de gloire ; et vous, mon Seigneur Jésus- Christ, je vous prie de m'éclairer et de dissiper les ténèbres de mon esprit, de me donner une foi pure, une ferme espérance et une parfaite charité. Faites, ô mon Dieu, que je vous connaisse si bien qu'en toutes choses, je n’agisse jamais que selon vos lumières et conformément à votre sainte volonté.” Il regardait fixement le crucifix, les yeux baignés de larmes, lorsqu'une voix, sortant de ce même crucifix lui fit entendre trois fois ces mystérieuses paroles : ‘* Va, François, et répare ma maison que tu vois tomber en ruines.”
A cette voix du ciel, le saint jeune homme demeura immobile : un saisissement mêlé de crainte et d'amour s'était emparé de tout son être ; et il fut ravi eh esprit. Ces paroles sorties du crucifix avaient un sens tout spirituel. Revenu de son ravissement, François ne les comprit pas d’abord et il les interprêta dans un sens matériel, En sortant de l’église, il trouva le prêtre, nommé Pierre, qui la desservait, et lui présentant une offrande, dit : “ Je vous en prie, Maître, avec cet argent achetez de l'huile et faites brûler jour et nuit une lampe devant ce crucifix.” Puis dans son empressement à exécuter les ordres du Très-Haut, l’ardent jeune homme rentre chez son père, prend un paquet de riches étoffes, monte à cheval et court jusqu’à Foligno, où il vend et marchandise et cheval, et revient en apporter le produit
au vertueux prêtre de Saint-Damien, à qui il l'offre avec respect pour la réparation de l’église et pour le soulagement des pauvres. Il le prie aussi humblement de souffrir qu'il reste quelque temps chez lui. Le prêtre consent à recevoir François, mais il refuse son argent, parce qu'il craint l’indignation de son père. Et François, qui méprisait cet argent, comme de la vile poussière, du moment qu'il ne servait plus aux bonnes œuvres, le jette avec dédain, sur une fenêtre de l’église.
Bernardone, apprenant au retour d’un voyage ce que son fils avait fait, vint à Saint-Damien, fort en colère, avec quelques-uns de ses amis. François, nouveau chevalier, encore peu aguerri au combat, eut peur : il se cacha dans la chambre du prêtre. Blotti derrière la porte, il se serra tout tremblant contre la muraille, dans laquelle il enfonça, par un vrai imiracle, et échappa ainsi à la fureur de son père. De même que l’on visite encore à Assise le crucifix miraculeux, ainsi l’on montre et nous l'avons vu nous-même, à Saint-Damien, cet endroit sous forme d’une niche profonde et au fond de laquelle on a peint une touchante image de Saint François.
Quand son père fut parti, il se retira secrètement dans une caverne qui n'était connue que d’un domestique, dont il recevait les choses nécessaires à la vie, et où il priait continuellement avec une grande abondance de larmes, pour obtenir la grâce d’être délivré de ceux qui le poursuivaient, et d'accomplir ce que Dieu lui avait inspiré. Après y avoir passé
il l'offre t pour le humblechez lui.
il refuse | de son , comme vait plus sur une
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étement l’un doires à la grande
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complir r passé
un mois, il fit réflexion que c'était en Dieu seul qu'il devait mettre son espérance, sans compter sur ses propres forces ; et cette pensée le remplit d’une joie intérieure qui releva son courage abattu. Se reprochant alors sa lâcheté, il sort de sa caverne, bannit toute crainte et se dirige vers la ville, plein d’ardeur, joyeux, allègre, content, intrépide. Les habitants d'Assise le voyant tout changé et son visage maigre et défait, se dirent entr'eux : “il est devenu fou!” On le couvrit de boue, on lui jeta des pierres, on le poursuivit partout avec de grandes huées. Mais
François était sourd et insensible à tdutes ces in-.
jures, et, dans son cœur, il rendait à Dieu des actions de grâces de porter ainsi devant les hommes les marques de la sainte folie de la croix.
Cependant son père averti que ce fils dont les premiers et brillants succès l'avaient enivré d’orgueil et d'espérance, était maintenant l’objet de la risée publique, accourt furieux, se jette sur François comme un loup sur un innocent agneau, l’accable de reproches et de coups, lui ordonne de quitter ces extravagances, et de reprendre sa vie et ses accu-
pations accoutumées. Mais le voyant insensible à
ses menaces comme à ses prières, il l’enferme sous un escalier, dans un recoin obscur de sa maison, et jure qu’il l'y retiendra prisonnier tant qu'il n’aura point promis de changer de vie. François, soutenu par la voix de Jésus-Christ qui luï avait révélé sa vocation, souffrait cruellement d’affiger son père et de lui résister ; maïs, en même temps, son âme était
Pat TES :
remplie d’une joie toute céleste, en pensant qu’il expiait les. frivolités de sa jeunesse, qu'il souffrait persécution pour la justice, et il répétait avec ravissement cette parole de saint Pierre: “ Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ! ”
On ignore combien de temps dura l'épreuve de cette dure captivité ; mais on sait comment elle prit fin. Pica, la pieuse mère de François, pleurait comme mère et comme chrétienne sur les mauvais traitements infligés à son fils ; elle cherchait à adoucir ses peines par ses caresses et ses larmes, et ne tarda pas à comprendre que c'était Dieu lui-même qui le guidait dans sa mystérieuse conduite, Aussi, profitant de la première ahsence de son mari, elle ouvrit à François la porte de sa prison, et l'ayant tendrement embrassé, elle le laissa libre de suivre la voie où le Seigneur l’appelait. François remercia sa pieuse mère, et retourna, à l'heure même, à l’église de Saint- Damien, bénissant Dieu de tout ce qu'il avait à souffrir pour son amour,
Pierre Bernardone, à son retour, fit à sa femme de sanglants reproches et alla ‘rechercher son fils : celui-ci, fortifié intérieurement et tout rempli de l'esprit de Dieu se présenta bravement à son père et lui dit d’une voix assurée : “ Mon Père, je compte pour rien désormais vos coups et votre prison : et c'est avec bonheur que je souffre pour l'amour de Jésus-Christ, mon divin Maître.” Son père, le voyant résolu, inébranlable, ne pensa plus qu'à se faire rendre l’argent de l’étoffe et du cheval. L’ayant
sant qu'il souffrait vec ravisut mieux
reuve de it elle prit it comme is traite- Joucir ses tarda pas e qui le USSi, proelle ouvrit t tendrela voie où sa picuse de Saint- | avait à
a femme son fils :
empli de n père et e compte rison : et imour de
le voyant se faire L’ayant
VIE DE SAINT-FRANÇOIS 17 trouvé sur la petite fenêtre où François l'avait jeté, . lors du refus du prêtre, sa colère s’apaisa un peu. Mais son avarice ne fut pas satisfaite : il soupçonna François d’avoir d'autre argent en réserve ct porta ses plaintes aux magistrats de la ville. Il voulait d’ailleurs arracher à son fils une renonciation à tout ce qu’il pouvait espérer de son patrimoine.
Cité devant les magistrats, par un héraut, François répondit : “ Je suis entré, par la grâce de Dieu, dans la pleine liberté de ses serviteurs : je n’ai plus rien à traiter avec les magistrats civils.” Ceux-ci, en hommes judicieux, reconnurent et respectèrent chez ce loyal adolescent, sa conversion sincère et son inébranlable persévérance : d’ailleurs pleins d'un religieux respect pour l'autorité ecclésiastique, ils ne voulurent rien entreprendre sur les droits de l’évêque et de l'Eglise, Ils dirent donc à Pierre Bernardone : “ Puisque votre fils est entré au service de Dieu, il n'est plus sous notre juridiction.” Bernardone s'adressa alors à l’évêque.
À cette époque, un Prélat, homme de bien, nommé Vido ou Guido Secondi, natif de Rome, occupait le siège épiscopal d'Assise. Plein d’une bonté affectueuse et prévenante pour François, il fut son ami, son protecteur et son directeur spirituel. Bernardone fit appeler François qui lui répondit : “ J'irai trouver le Seigneur évêque, qui est le père et le maître des âmes.” L'’évêque l’accueillit très affectueusement et lui dit: “ Mon fils, votre père est grandement irrité contre vous, Si vous vouiez servir Dieu et accomplir
toute justice, rendez-lui l'argent qui lui appartient. Ayez confiance en Dieu : agissez franchement , et ne craignez rien, Dieu sera votre aide ; et pour le bien de son Eglise, il vous donnera tout ce qui est nécessaire” À ces mots, François se lève; dans un transport de ferveur et comme enivré de l'Esprit Saint, il s'écrie: “ Seigneur, je rendrai à mon père tout ce qui est à lui, et même les vêtements que je porte.” Et sur le champ, avec uneirrésistible ardeur, il se dépouille de ses habits, les remet à son père et lui dit avec un accent qui fit tressaillir tous les assistants : ‘“ Jusqu'à présent, je vous ai appelé mon père sur la terre : désormais, je puis dire hautement : Notre Père qui êtes aux Cieux, en qui j'ai mis tous
mes trésors et toute mon espérance !” Les témoins
attendris de cette scène ineffable pleuraient d’admi- Jé ration. L’évêque, lui aussi, visiblement ému, saisit ex François dans ses bras, le serre contre son cœur et in l'enveloppe de son manteau.... On apporta ensuite vie
le vieux manteau d’un pauvre paysan qui était au service de l’évêque. François l'accepta avec reconnaïssance, y traça une-croix avec du mortier, et s'éloigna, dépouillé de tout, mais dégagé de tous les liens de la terre, et s’estimant le plus heureux des hommes. C'était en l’année 1206: François allait avoir vingt-cinq ans !
art'ent.
t,etne CHAPITRE II
le bien
t néces-
ans un I. PORTRAIT DE SAINT FRANÇOIS.—3. LES LÉl'Esprit PREUX.—3. RESTAURATION DE TROIS ÉGLISES. on père s que je fie ardeur, |’EST chose fort intéressante, dit un pieux Auopère et Æ U] teur (1), que de connaître avec quelques détails, es assis- le visage et les qualités naturelles des Saints que 1on père nous aimons et que nous admirons. Certes, ce n’est tement : pas cela que nous admirons principalement et que mis tous ÆS nous aimons en eux : c’est leur sainteté, ce sont leurs témoins M divines vertus, c’est l'épanouissement de la vie de d’admi- Jésus-Christ en eux. Néanmoins connaître leur u, saisit extérieur et leur fidèle ressemblance, donne un cœur et intérêt singulier à la contemplation de leur sainte | ensuite vie et à la méditation de leurs vertus.
était au Notre bienheureux et bien-aimé Père Saint c recon- François était, disent les chroniques contemporaines, rtier, et plutôt petit que grand, mais bien pris dans sa taille. tous les [Il avait le beau type, si fin et si distingué, des popueux des lations de l’'Ombrie et des Apennins. Dans son is allait
adolescence, il passait pour “la fleur de la jeunesse d'Assise ;”” et ses gracieuses qualités physiques.
(1) Mgr de Ségur, de vénérée mémoire !