‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 124 sur 242 · Y. Spms. 34 b. Fior · texte numérisé non relu

Y. Spms. 34 b. Fior

S. Tons les détails de ce réeit me portent à croire quMl s'agi t de la Portioncule et de l'hôpital San-Salvatore délie Pardi. Ce récit est donné par les Cvnfonn. 174 b 2 comme tiré de la Legenda Antigua, Cf. K>^ec, 56 b; Fior. 25.

Quand ils le lui dirent, saint François vint trouver ce méchant lépreux : — « Que Dieu te donne la paix mon très cher frère,» lui dit-il, lorsqu'il fut arrÎTé près de lui.

— Et quelle paix, répondit celui-ci, puis-je recevoir de Dieu qui m'a enleyé la paix et tout bien et qui a fait

de tout mon corps une masse puante et corrompue ?»

— Saint François lui dit: «Mon fils sois patient, car les maladies nous sont données par Dieu en ce monde pour le salut de notre âme, et elles sont la source de bien grands mérites quand on les supporte patiemment. »

— «Comment pourrais-jo supporter patiemment les douleurs continuelles qui me martyrisent jour et nuit ? Et ce n'est pas seulement ma maladie qui me fait souffrir, mais les frères que tu m'as donnés pour me servir me sont insupportables, et ne me soignent pas comme ila devraient. »

Alors saint François comprit que ce lépreux était possédé de l'esprit du mal et alla se mettre en oraison afin

de prier pour lui.

Puis il revint et lui dit : «Mon âls, puisque tu n'es pas content des autres, je vais te servir. »

— «J'en suis bien aise, mais (^ue pourras- tu me faire de plus qu'eux? »

— «Je ferai tout ce que tu voudras.»

— « Eh bien ! je veux que tu me laves tout entier, car je sens si mauvais que je m'empeste moi-même.»

Alors saint François fit vite chaufier de l'eau avec beaucoup d'herbes odoriférantes, puis il lui enleva ses bardes et commença à le laver pendant qu'un frère ver. sait l'eau. Et voici que par un miracle divin, partout où saint François touchait avec ses^ saintes mains, la lèpre disparaissait et la chair devenait parfaitement saine. Et à mesure que la chair guérissait, l'âme de ce

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malheureux guérissait aussi; et il commença à ressentir une yive douleur de ses péchés et à pleurer amèrement. Et étant complètement guéri du corps et de l'âme il criait de toutes ses forces : «Malheur à moi, car j'ai mérité Tenfer pour les vilenies et les ii\jures que j'ai dites et faites aux frères, pour "mon impatience et mes blasphèmes. >

Ud jour, frère Jean, dont nous avons vu plus haut

la simplicité» et qui avait été chargé tout spécialement d'uQ lépreux» Tamena eu se promenant à la Portioncule, comme s'il n'eût pas été atteint d*une maladie contagieuse.

Les reproches ne lui furent pas épargnés ; le lépreux les entendit» et ne put cacher son trouble et sa tris^ tesse; il lui semblait qu'il était banni du monde une seconde fois. François n'eut pas de peine à remarquer tout cela et à sentir de cuisants remords : la pensée d'avoir contristé un malade du bon Dieu, lui était Insupportable ; non seulement il lui demanda pardon» mais il lit servir à manger» s assit à cùté de lui et puisant dans la même écuelle partagea son repas K On voit avec quelle persévérance il poursuivait daos toutes les directions la réalisation de son idéal.

Les détails qui viennent d'être indiciués font, à mon sens» du mouvement ombrien une des tentatives les plus humbles pour réaliser le royaume de Dieu sur la terre» en même temps que la plus pratique et la plus sincère. Que Ton est loin des vulgarités superstitieuses

1. Dans le Spéculum, 41 a, ce récit est terminé par la phrase: Qui vidit hœc scripsit et tevtimonium perhibet de hits. Le frère y est appelé frater Jacobus aimplex. Cf. Conform, 174 b.

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de la dévotion mécanique, de la thaumaturgie mensoD* gère de cerlaius caiboliques ; que Toq est ioia aussi de ce christianisme bourgeois, satisfait, ergoteur, doctrinaire de certains prolestants!

François est de la race des mystiques, car entre Dieu et lut ne vient se placer aucun intermédiaire, mais son mysticisme est celui de Jésus entrainant ses disciples avec lui sur leThabor de la contemplation; puis, lorsque inondes de joie ils veulent dresser des tenies pour rester là-haut et savourer à satiété les délices de l'extase : a Insensés, leur dit-il, vous ne savez ce que vous demandez,» et leur montrant les foules errantes comme des brebis sans pasteur, il les ramène dans la plaine au milieu de ceux qui gémissent, souffrent, ou blasphèment.

Plus était haute la stature morale de François, plus il se trouvait exposé à n ôtre compris que d*une in&nie minorité et trahi par son entourage. A chaque instant, en lisant les auteurs franciscains, on sent que la radieuse beauté du modèle est gâtée par les maladresses du disciple. Il ne pouvait en être autrement, et cet écart entre le maître et les compagnons se révèle dès les originos de l'Ordre. La plupart des biographes ont jeté le voile de Toubli sur les difficultés suscitées par certains frères, aussi bien que sur celles qui vinrent de la hiérarchie ecclésiastique, mais il ne faut pas que ce silence presque général fasse illusion.

On trouve çà et là des indications d autant plus précieuses qu'elles sont pour ainsi dire involontaires. Frère liuUn, par exemple, celui-là même qui devait devenir un des intimes des derniers jours, prit peu de temps après son entrée dans l'Ordre une attitude de révolté. Il trouvait insensée la conduite de François qui, au lieu

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de laisser les Frères vaquer sans cesse à Toraison, les dispersait de tous côtés pour le service des lépreux ^. Son idéal k lui était la vie des anachorètes de la Tbébaïde» telle que la racootaieot les légendes si populaires alors de saint Antoine, saint Paul, saint Paodme et vingt autres. 11 passa une fois le caréoie dans une des grottes des Carceri ; le Jeudi saint venu, François qui y était aussi^ Ql appeler tous les frères dispersés aux environs soit dans les grottes, soit dans des huttes pour célébrer avec eux les souvenirs de cette journée. Rufin refusa de s y rendre: cAu reste, ajouta-il, je suis décidé à ne plus le suivre; je veux rester ici et vivre solitaire, car de cette façon je serai sauvé plus sûrement qu'en me soumettant à cet homme et à ses simplicités. »

Jeunes et enthousiastes pour la plupart, les frères ne s'habituaient pas toujours sans diOiculté k travailler modestement. D*accord avec leur maître pour le fond, ils auraient voulu faire plus de bruit, s'imposer à rattention du peuple par une dévotion plus visible; il en était quelques-uns auxquels il ne sullisait pas d*être des saints mais qui voulaient aussi le paraître.

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