Y. A. SS., p. 855 et 856. d. 2 Gel
CilAPirUE GÉMittAL DE 1217
fréijuents qu'on ne se Tiniagine d'ordinaire. Il ne faut pas que les récits des biographes nous fassent illusion à cet égard: c'est une lenJance naturelle que celle de rapporter à trois ou quatre dates particulièrement frappantes tout ce que nous savons d'un homme. Nous oublions des aonées entières de la vie de ceux que nous avons le mieux connus et le plus aimés, pour grouper nos souvenirs autour de quelques faits saillants, qui brillent avec d'autant plus d*éclat que robscurité se fait plus complète autour d'eux. Les paroles de Jésus prononcées dans cent occasions différeotes ont fiai par se rejoindre pour former un seul discours, le sermon sur la montagne. C'est alors que la critique a besoin d'être délicate, de mêler à la grosse artillerie des arguments scientifiques, un peu de divination.
Les textes sont sacrés, mais il ne faut pas en faire des fétiches ; personne aujourd'hui , malgré saint Matthieu, ne songe à représenter Jésus prononçant tout d'une haleine le sermou sur la montagne. De même, dans les narrations qui nous sont faites des relations de saint François et d'Uugolin, on se trouve à chaque instatit enfermé dans des impasses, buté à des indications contradictoires, si on veut les faire tenir en deux ou trois rencontres, comme on en est tenté au premier abord.
Avec une simple mise au point, ces difficultés disparaissent, et l'on voitchacune des narrations diverses nous apporter des lambeaux qui, en se rejoignant, fournissent
un récit organique, vivant, psychologiquement vrai.
A partir du moment où nous sommes arrivés, il faut faire à Hugolin une place encore plus grande que par le passé: la lutte s'ouvre déiinitivement entre l'idéal
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franciscain, chimérique peut-être, mais sublime, et la politique ecclésiastique, jusqu'au jour oii moitié par humilité, moitié par découragement, François, la niort daos l'âme, abdiquera la direction de sa famille spirituelle.
Hugolin revint à Rome à la iin de 1217. Duraot rhiver qui suit, on trouve son contre-seing au l>as des
bulles les plus importantes ^ ; il consacra ce temps à étudier surtout la question des ordres nouveaux, et manda Fran(.ois auprès de lui. On a vu avec quelle franchise il lui avait déclaré, à Florence que beaucoup de prolals feraient tout pour lui nuire auprès du pape-; il est évident que le succès de TOrdre, ses allures qui malgré toutes les protestations conlraires faisaient songer à Thérésie, Tindépendance de François qui, sans s'occuper de faire confirmer Tautorisation verbale et toute provisoire accordée par Innocent III, dispersait ses frères aux quatre coins du monde, tout cela devait effrayer le clergé.
Hugolin, qui connaissait mieux que personne TOmbrie, la Toscane, rEmilie, la Marche d'Ancône, toutes ces contrées où la prédication franciscaine avait eu ses plus beaux succès, avait pu se rendre compte par luimême de la puissance du mouvement nouveau et de Timpérieuse nécessité de le diriger : il sentait que le meilleur moyen de faire tomber les préventions que le
1. Entre autres eelles da 3 dée. 1217. Potthast 5029; 8 février,
30 mars, 7 avrfl 1218. Potthast 5695, 5739, 5747.
2. 1 Gel. 74: 0 quanti mciximc in principio cu>n hœc agcrcrt' tur novcUœ plantalioni onlinis in^idiabatituv ut perderent. Cf. 2 Gel. 1, 16: Videbat FrancùciM luporum more sevire quampluret.
CUAlUiaE GÉxNÉAAL DE 1217
pape et le sacré collège pouvaient avoir coatre François, était de le présenter à la curie.
Celui-ci fut d'abord bieu intimidé a la pensée de prononcer un discours devant le vicaire de Jésus-Christ, mais sur les instances de sou protecteur, il se décida, et pour plus de sûreté apprit par cœur ce qu'il devait dire.
Hugolin n'était cependant pas tout à fait rassuré sur l'issue de celte démarche : Thomas de Celano nous le montre dévoré d'inquiétude; il souffrait pour François dont la naïve éloquence pouvait courir bien des risques dans les salles du palais de Latran; il n'était pas non plus sans quelques préoccupations plus personnelles, car Téchec de son prot^é aurait pu lui nuire beaucoup. Il fut d'autant plus en peine qu*arrivé aux pieds du pontife, François oublia tout ce qu'il devait dire, mais il l'avoua ingénument, et demandant h son inspiration un nouveau discours, parla avec tant de chaleur et de simplicité que rassemblée fut subjuguée ^
Les biographes sont muets sur le résultat pratique de cette audience; on ne saurait s'en étonner: ils n'ont d'autre but que Téditication. Ils écrivaient après l'apothéose de leur maître, et auraient eu mauvaise grâce à
i. 1 Gel 73 (Cf. 2 Gel. 1, 17 ; Spec. 102 a'; 3 Soc. 0-4; Bon. 78. La fixition de cette scène à l'hiver de 1217 — 1218 ne paraît guère pouvoir (itre contestée: le récit de Jourdain (14) détermine en eiTet la date à laqu<'lle Hugolin devint officiellement protecteur de l'Ordre (ûn de 1220), et il suppose des reLitioos antérieures entre Uooorius, François et Hugolin. On est donc amené à recber^ èher une date à laqueUe ces trois personn iges aient pu se rencontrer à Rome, et on arrive ainsi à U période qui va de déc. 1217 A avril 1218.
ÎQsister sur les dilli^uUés reacoDtrées par lui durant les premières années ^.
Le Saint-Siège devait se trouver fort perplexe devant cet homme étrange» dont la foi el Thumilité s'imposaient, mais auquel on ne pouvait inculquer Tobéissance ecclésiastique.
Saint Dominique se trouvait k Rome à la même
époque^, et y était comblé de faveurs par le pape. On sait qulnnocent III Tayant invité à choisir Tune des r^les déjà approuvées j)ar i'Egliso, il était allé retrouver ses frères à Notre-Dame de Prouille, et après en avoir conféré avec eux, avait adopté celle de saint Augustin; aussi Honorius ne lui marchanda-t-il pas les privilèges. Il ne paraît guère possible qu'Hugolin n'ait pas cherché à influer par lui sur saint François.
La curie sentait bien qu*il n'y avait pas en Dominique, dont l'ordre comptait à peine quelques douzaines de membres, une des puissances morales de I époque, mats elle n avait pas devant lui les sentiments si mélangés qu'elle éprouvait devant François.
Réunir les deux ordres, jeter sur les épaules des Dominicains la robe brune des pauvres d'Assise, et faire
1. Un mot de frère Jourdain permet cependant de hasarder quelques conjectures: • Seigneur, dit François en 13S0 & Honorine III,
vous m'avez donné beaucoup de p ipes, donnes m*en un sent anquel je puissf^ m'adresser pour les affaires de mon Ordre, • ^Jord.