LA CRISE DB L'OADRB
II y eut UD long cri d^allégresse à travers toute Tltalie
quand on connut ce retour; beaucoup de frères zélés désespéraient déjà, car dans bien des provinces on avait commencé à les persécuter; aussi, lorsqu'ils apprirent que leur père spirituel était vivant et qu'ils allaient le revoir eurent-ils une immense joie. De Venise, François se dirigea vers Bologne. Ce voyage fut marqué par un incident où se dénote encore une fois sa malicieuse et fine bonté. Brisé par les émotions autant peut-être que par les fatigues, il dut un jour renoncer à faire le trajet à pied. Il cheminait monté sur un âne, suivi de frère Léonard d'Assise, lorsqu'un regard lui fit deviner ce qui se passait dans le cœur de son compagnon : a Mes parents, pensait le frère, se seraient bien gardés de frayer avec Bemardone, et voilà que maintenant je suis obligé de suivre à pied son fils. 9
On juge de son étonnement, lorsqu'il entendit François lui dire, en descendant vivement de sa monture : » Prends vite ma place, il est fort inconvenant que tu me suives à pied, toi qui es issu d'un noble et puissant lignage. » Le pauvre Léonard, bien confus, se jeta à ses pieds implorant son pardon^.
A peine arrivé à Bologne, François fut obligé de sévir contre les relAchés. On se rappelle que TOrdre ne devait rien posséder, ni directement, ni indirectement. Les monastères donnés aux Frères ne devenaient pas lenr propriété; dès que le propriétaire les désirait ou que toute autre personne cherchait à s'en emparer, on devait les céder sans la moindre résistance: or en ap-
1. 2 Cel. 2, 3 i Bon. 162 j Cf. : Confovm. 184 b 2 et 62 b 1.
VIE D£ S. FAAI^ÇOIS
prochaot de Bologne, il apprit la constructioa d*uiie maison qu'on appelait déjà la maisan deg frères. Il en ordonna 1 évacuation immédiate, sans même faire exception pour les malades qui s'y trouvaient. Les frères eurent alors recours à Uugolin qui était précisément dans cette ville où il venait de consacrer Notre-Dame de Rheno ^ : il expliqua longuement à François que cette maison n'appartenait pas à TOrdre, lui-même s'eo étant déclaré le propriétaire par des actes publics, et finit par le convaincre^.
La piété des Bolonais réservait à François un accueil enthousiaste dont Técho est parvenu jusqu'à nous :
«J'étudiais à Bologne, moi Thomas de Spalato, arclii«
diacre de l'église cathédrale de cette villoi lorsqu'en Tan 1220, le jour de rAssomptioni je vis saint François qui prêchait sur la place du Petit-Palais devant presque toua les gens de la cité. Le thème de son discours fut le suivant : les anges, les hommeS| les démons. Il en parla avec tant de justesse et d'éloquence que beaucoup de gens instruits qui étaient là, furent remplis d'admiration pour les paroles de cet homme si simple. U n'avait cependant pas les manières d'un prédicateur, ses allures étaient plutôt celles de la conversation : le fond de son allocution tendait essentiellement à l'abolition des ini* mitîés et à la nécessité de conclure de pacifiques alliances. Ses vêtements étaient pauvres ; sa personne n'avait rien qui imposât ; son visage rien de beau ; mais Dieu donna une si grande efficacité à ses paroles qu'il amena à la paix et à la concorde beaucoup de nobles dont la sauvage fureur ne s'arrêtait pas même devant
1. Siaonios : Opéra, t. lU» ool. 320 ; Cf. PotOiast 5516 et 0066.