‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 186 sur 242 · LA RÈGLE DB · texte numérisé non relu

LA RÈGLE DB

de vive voix, François, pour ne laisser subsister aucune espèce de douie ou d'hésitation dans l'esprit de celui qu'il avait surnommé sa petite brebis du bon Dieu^ pecorella di Dio^ lui écrivit encore :

Frère LéoD| ton frère François te* sonbaite paix et salut.

Je te réponds otfî; mon fils, comme une mère à son enfant. Ce mot résume tout ce que nous avons dit en

chexuinauti ainsi que tous mes conseils. Si tu as besoin de venir me trouver pour me demander conseil, je suis d'avis que tu le fasses. Quelle que soit la manière dont tu penses pouvoir plaire au Seigneur Dicu^ suivre ses traces, et vivre dans la pauvreté, faites-le Dieu vous bénira, et je vous y autorise. Et s'il était nécessaire, pour ton âme ou pour ta consolation, que tu vinsses me voir oa ai tu le désirais, mon Léon, viens* A toi dans le Christ.

Nous voilà, certes, bien loin du cadavre de tout à rheure.

Il serait superflu de nous arrêter aux autres admonitions. Ce sont pour la plupart des réflexions inspirées par les circonstances. Les conseils sur Thumililé y reviennent, avec une fréquence qu'expliquent à la fois les préoccupations personnelles de l'auteur et la nécessité de rappeler à ses frères lessence même de leur profession.

Le séjour de saint François à Rome, lorsqu'il alla, dans les premiers mois de 1221, présenter son projet à

i. Gs iiluriel qui a étonné V^addinc^ montre bien que frère Lion avait parlé au nom d'un groupe.

Hugolin, Tui marqué par un nouvel effort de ce dernier

pour le rapprocher de saiat Dominique^.

Le cardinal était alors à i*apogée de ses succès. Tout lui avait réussi. Sa voix n était pas toute-puissante seulement dans les affaires de TÉglise, mais aussi dans celles de rEmpire. Frédéric II qui avait Tair de chercher sa voie, et dans les pensées duquel germaient des rêves de réformalion religieuse et le désir de mettre son pouvoir au service de la vérité, le traitait en ami, et parlait de lui avec une admiration sans bornes

Dans ses réUexionssur les remèdes à apporter aux maux de la chrétienté, le cardinal en vint à penser que Tun des plus eilicaces serait la substitution d evèques pris dans les deux ordres nouveaux à l'épiscopat féodal» recruté presque toujours sur place, daus des familles où le^ dignités ecclésiastiques étaient, pour ainsi dire, héréditaires. De pareils évoques manquaient d*ordiûaire des deux qualités essentielles d'un bon prélat, aux yeux d'Hugolin : le zèle religieux et le zèle ecclésiastique.

1. Cette date, pour de noaveanz rapports entre eux, ne partit pat pouvoir être contestée, qaoiqn'eDe n*ait jamais été proposée ; U s'agity en eflét, de trouver une époque où ils aient pu se rencontrer tous les trois i Rome (2 Gel. 3, 86 ; Spte, 37 a), entre le 93 déc 1216 (approbation des Dominicains), et le 6 août 1331 (mort de Dominique). Il ne reste que deux périodes possibles : les premiora mois de 1318 (Potthast 573» et 5747) et rhiver de 1390-1831. A tout autre moment, l'un des trois interlocuteurs se trouve loin de Rome.

On sait au contraire qu^Hugolin était à Rome dans Thiver de 1390-1231 (HuiUai^-Brébollea, Hist. dipl. II, p. 48, 123, 143. Ct. Potttiast 6589). ^ Pour Dominique V. A. SS. Aug. t. 1, p. 503. — La date la plus tardive s'impose, car HugoUn ne pouvait oflHr des prélatures aux Frères Mineurs avant leur approbation explicite (11 juin 1219) ; et cette offre n*avait de sens vis-à-vis des Dominicains ({u après l'essor définitif de leur Ordre.

2. Voir les lettres impériales du 10 février 1221 : Uuillard- Bréholles, t. II, p. 122-127.

LA fiiGLB DB 1221

Il pensait donc que les Frères Prêcheurs et les Frères

Mioeurs n'auraleoL pas seulement les verlus qui manquaient aux autres» mais qu'ils seraient entre les mains de la papauté, une hiérarchie fortement centralisée, vraiment catholique, toute dévouée aux intérêts généraux de rÉglise. Les diflBcuItés que Ton aurait du côté des chapitres qui élisaleut les évêques, ainsi que du côté du haut clergé séculier, seraient balancées par l'enthousiasme du peuple pour des pasteurs dont la pauvreté rappellerait la primitive Église»

A la fin des entretiens qu'il eut avec François et Dominique» il leur communiqua quelques-unes de ces idées, et leur demanda leur avis sur l'élévation de leurs frères aux prélatures.

11 y eut une pieuse contestation entre les deux saints pour savoir lequel répondrait le premier. Ëoiia Dominique dit simplement qu'il préférait voir ses compagnons rester tels qu'ils étaient. Son tour venu, François montra que le nom même de son institut rendait la chose impossible: «Si mes frères ont été appelés MinoreSf dit-il» ce n'est pas pour devenir Afajares. Si vous voulez qu'ils fructifient dans l'Église de Dieu, laissez-les, et maintenez-les dans 1 état dans lequel Dieu les a appelés. Je vous prie, mon Père, ne faites pas que leur pauvreté leur devienne un motif d'orgueil, et ne les élevez pas à des prélatures qui les porteraient à i'iusolence vis-à-vis des autres*.»

La politique, ecclésiastique suivie par les papes devait rendre cet avis des deux fondateurs tout à fait inutile-.

i. 2 Cel. 3, 86; Bon. 78; Spec. 27 b.

S. V. K. £ubei : Die Bischôfe^ Cardinale und PàpêU^ aiM dem Minoriteiwrden biê 1305. 1889.

VIB DE S. FRANÇOIS

François et Dominique se séparèrent pour ne plus se revoir. Le 3Jaùre des Frères Prêcheurs se mit peu de temps après en route pour Bologne où il succomba le G aoùl suivant, et François regagna la Portion eu le où Pierre de Catane venait de mourir (10 mars i22i). il

le remplaça à la tôle de l'Ordre par frère Elie. Uugoiin n'était sans doute pas étranger à ce choix.

Empêché par ses fonctions de légat, il ne put se rendre au chapitre de la Pentecôte (50 mai 1221) ^. Il y fut remplacé par le cardinal Reynerio', qui yînt accompagné par plusieurs évèques et par des moines de divers ordres \ Il s'y trouva environ trois mille frères, mais Tempressement des gens des environs à apporter des provisions fut si grand» qu'après sept jours de session, il fallut en restor encore deux, pour consommer tout ce qui avait été donné. Les séances furent prési* 1 dées par frère Élie, aux pieds duquel était assis François qui le tirait par la tunique quand il avait quelque chose à faire dire aux frères. '

Frère Jourdain de Giano, qui était au nombre des assistants» nous a gardé le souvenir de tous ces détails | et du départ d'un groupe de frères pour TAllemagne. Ils furent phicés sous la direction de Césaire de Spire» dont la mission réussit au delà de toute alteote. Dixhuit mois après, lorsqu'il revint en Italie» dévoré du désir de revoir saint François, les villes de Wurzbourg,

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