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Cependant elle occupe une trop large place dans ses
biographies modernes, pour qu'il ne faille pas eu dire quelques mots : on raconte que François était une nuit en prière à la PortionculOy à la fin de juillet 1216, lorsque Jésus et la Vierge lui apparurent avec un cortège d'anges. Il s'enhardit jusqu'à solliciter un privilège inouYy celui de Tindulgence plénière de tous les péchés, pour tous les fidèles qui, confessés et contrits^ visiteraient la chapelle. Jésus l'accordai sur la prière de sa mère, à la seule condition que le pape son yicaire la ratifierait.
Le lendemain François accompagné de Masseo partait pour Pérouse et obtenait d'Honorius III l'indulgence demandée, mais seulement pour la journée du 2 août.
Tel est en quelques lignes le résumé de cette légende qui est entourée d'une foule de détails merveilleux.
La question de la nature et de la valeur des indul-
loria eritica 8. Indulgentiœ B. Mariœ Angelorum vulgo dê Por> iiuneula . . . eontra Lib^los aliquaa anonymes ae famoêOi nuper edito». Anvers 1796, 1 vol. in-8* de 510 pages.
Le Bollandiste SuydLen en fût aussi une longue étude (A. SS., p. 870-910), ainsi que le P. Candide GhaHppe Récollet, Vie dê êaint François d^ÂnUs, 3 vol. in-8«. Paris, 1874 (La première édition est de 1730), t. III, p. 190-327.
On trouvera dans ces quelques ouvrages ce qui a été dit dans tous les autres. Les nombreux écrits dirigés contre l'Indulgence sont tantôt des amas de grossièretés, tantôt des traités de dogmatique, je me dispense donc d'en grossir ces pages. Les principaux sont indiqués par Grouwels et Chalippc.
Parmi les contemporains le R. P. Barnabé d'Alsace: Portiuncula ûdvr Geschichte Unscrev lichen Frau von dcn Eugeln (Rixheim, un vol. in-8o. 1884), représente la tradition de l'Ordre, et M. l'abbé Le Monnier {Histoire de eaint François^ 2 vol. in-8<*, Paris, 1889), l'opinion catiiolique moyenne des cercles non franciscains.
Le meilleur résumé est celui du P. Panûlo da Magliano dans sa Storia eompendiosa. Il a été complété et amélioré dans la traduction allemande : Geschichte des K Franciscus und der Framzie* hoMT ùbersetMl und bearàeitet von Fr. QainUanua Mâlier, 1. 1, Munich 1883, p. 233-259.
genees n'a rien à &ire ici. La seule qui se pose est la
sniTante : François a-t-il demandé cette indulgence ? Honoritts III Ta-t-il accordée?
Même en réduisant le récit à ces simples proportions, on est amené à répondre par un non catégorique.
U serait fastidieux de rappeler même brièvement les difficultés y contradictions , impossibilités, signalées maintes fois déjà même par des auteurs orthodoxes dans toute cette histoire; ils ont conclu malgré cela par raffirmatiye : Borna hcuta est.
Les personnes que cela pourrait intéresser trouveront dans la note ci-dessus des indications bibliographiques détaillées sur les monuments principaux de cette discussion aujourd'hui assoupie. Je me bornerai à marquer les impossibilités contre lesquelles vient se heurter la tradition, elles sont à la fois psychologiques et historiques. Les Bollandistes avaient déjà signalé le silence des premiers biographes de François sur cette question. Aujourd'hui que les documents publiés sont en bien plus grand nombrCi il est encore plus écrasant. Ki la Première ni la Seconde Vie par Thomas de Celano, ni Tauteur anonyme de la seconde vie donnée dans les Acta Sanctorum, ni même TAnonyme de Pérouse, les Trois Compagnons ou saint Bonaventure n'en disent ' un seul mot.
Des travaux beaucoup plus tardifii et qui ne pèchent
pas par excès de scrupules critiques ne la mentionnent pas non plus : Bernard de BessOi Jourdain de Giano, Thomas d'Ëcdeston, la Chronique des Tribulations, les Pioretti et même la Légende dorée.
Cette conspiration du silence de tous les auteurs du treizième siècle serait le plus grand miracle de Thistoire, si elle n'était absurde.
On a dit, pour Texpliquer, qu'on avait évité de parler
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de cette indulgence pour ne pas faire tort à celle de la croisade, mais alors pourquoi le pape ordonnait-il à sept évêques de se rendre à la Portioncule pour la proclamer en son nom?
L*a l^ende elle-même se charge de nous expliquer comment François refusa tonte bulle on tonte attestation écrite de ce privilège, mais cela admis, encore faudrait-il expliquer comment aucune indication à ce sujet n'a été conservée dans les papiers d'Honorins III. Et les bnlles adressées aux sept évêques, comment n'ont-elles pas laissé la moindre trace dans le registre de ce pontife?
D'autre part, comment se fait-il, si sept évêques ont promulgué officiellement l'Indulgence dès 1217, que saint François, après avoir raconté à frère Léon son entretien avec le pape, lui ait dit : « Teneas secrehm hoe usque drea nwrtem tuam; quia non hdbet locum adhuc. Quia hœc indidgeniia occuUabitur ad tempm: sed Domirm tràkU eam taetra et fnanifesùàbitwrik* Ckmform. 153 b 2. Voilà un aveu qui n'est pas sans naïveté. Il prouve surabondamment qu'avant la mort de frère Léon (1271), personne n'avait encore parlé de ce fameux pardon*
Après cela il est inutile d'insister sur des difficultés de second ordre : comment les chapitres généraux n'auraient-ils pas été fixés au 2 août pour permettre aux frères de gagner l'indulgence ?
Gomment s'expliquer que François, après avoir reçu en 1216 ce privilège unique dans les annales de l'Eglise, se trouve en 1219 un inconnu pour le pape 1
Il 7 a cependant encore une preuve dont la valeur l'emporte sur toutes les autres, c'est le Testament de François*
f J'interdis absolument par obéissance à tous les frères, en quelque endroit qu'ils se trouvent, de demander aucune bulle en cour de Rome^ soit directement soit indi-
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Fectement, ni sous prétexte d'église, de conrent, ni sons !
prétexte de prédications, ni même pour leur protection ! personnelle. » j
Avant déterminer, il nous reste à jeter un coup d'csii sur Téclosion de cette légende.
C'est vers 1330 — 1340 qu'elle se constitue définitivement, mais elle était dans Tair depuis fort longtemps. Avec la patience de quatre Bénédictins (de la bonne époque), on arriverait sans doute à voir clair dans le fatras de documents, plus ou moins frelatés, où elle nous est arrivée, et on en viendrait de proche en proche, à en trouver le point de départ dans ce songe d'un frère qui vit l'humanité entière ayeuglée, venant s'agenouiller autour de la Portioncule pour recouvrer la vue ^.
Il n'est pas difficile de voir en gros ce qui a provoi^ué la matérialisation de cette gracieuse image : on se rappelle rattachement de François pour la chapelle où il avait entendu les paroles décisives de r£vangile et où . sainte Claire était venue à son tour inaugurer sa vie nouvelle. j
Lorsque s'éleva la grande basilique d'Assise, attirant à elle privilèges et pèlerins, à la rivalité souvent mesquine qui s'établit entre elle et la Portioncule, s'ajouta une antithèse de principes et d'inspiration.
Les zélateurs de la pauvreté disaient bien haut que si | le corps du Saint reposait dans la basilique, son cœur était à la Portioncule
 force de répéter, en le grossissant, tout ce que François avait dit du petit sanctuaire, on arrivait à I donner un sens précis et comme doctrinal à des effusions purement mystiques.
1, 2 Cel. i, 13; 3 Soc. afcii Bon. 24.