DB LA VIB DB
SAINÏ FRANÇOIS D'ASSISE
[L'AYÉNEMfiMT ITHONORIUS UI
KT L'INDULG£NC£ DE LA POKTIONCULËj (1)
L'année 1216 était jusqu'ici une des plus obscures de
la vie de saint François, mais elle a été tout à coup inondée de lumière par la publication d'un document qui, malgré sa brièveté, doit se placer au tout premier rang
des sources de l'iiistoire religieuse du xui'' sic'rle. 11 s'agit d'une lettre de notre concitoyen Jacques de Vitry, qui arriva à Pérouse le jour même de la morl d'Innocent 111, y vit l'élection d'Honorius 111, et dont l'attention fut vivement sollicitée par l'entreprise des Irères Mineurs (2). 11
(1) Dans les preinièrt's édi lions de la Vie de saint François d'Assise j'avais cru devoir rejeter en bloc tout ce qui concerne la fameuse irjdulgenctî d«' la Purlionrule. De nouvelles éludes à Florence, à Assise et à Houio m'ont fait découvrir un cerlain nombre de documents nouveaux et m'ont surtout permis de conslaler que les documents traditionnels eu faveur de l'iDdiilgenee sont en général antiien tiques. S'ils ont beaucoup soaffert en passant par les mains de oopistes ignorante, on même peu scrupuleux, on peut, presque toujours, retrouver le texte primitif.
Tous ces documents seront pul^liés in êxtenso dans les appendices de la prochaine édition de la Viê de saint François, mais je suis heureux de mettre dés maintenant sous les yeux des amis des choses fhindscaines le résultat de ces nouvelles études.
(2i Publiée d'abord par le marquis de Saint-Genois dans les Nouveaux Mémoires de l'Académie de liruxelles (t. XXIII, pp. 2i)-3:^j, d'après le manuscrit de(ian<l, n" .V)'!. elle a été redonnée avec un précifux appareil critique par H. Kœuiucut dans la iieiUchrift fur KtrchcngeacUictite, t. XIV, p. U7 JW.
est sans doute inutile d'insister sur la valeur d'une leilre,
véritable fragment de journal intime, écrit au moment
même des événements et avant que les inévitables illu>
sions d'optique qui vont sans cesse transformant nos
visions passées eusse ot pu modifier 1 impression première.
Ce qui ressort tout d'abord avec évidence de cette page qu'on trouvera ci-après, c'est que les critiques les mieux intentionnés ont péché par excès de prudence dans leur appréciation du mouvement franciscain à ses débuts. Lorsque des documents tels que les Fioretii, par exemple, parlent du développement prodigieux que prit immédiatement rOrdre, les Bollandistes faisaient doucement ressortir ce que de telles indications présentent d'invraisemblable ; d'autres, et Papini en particulier, faisaient de même, mais avec une sorte de joie féroce et la passion d'un iconoclaste. J'aime à croire qu'ils seraient heureux de reconnaître aujourd'hui, les uns et les autres, combien les considérations raisonnables peuvent fourvoyer l'historien (4).
Au premier abord, il parait incroyable qu'en 1216, six ans à peine après qu*Innocent III avait fait jeter à la porte du palais de Latran douze pauvres pèlerins d'Assise, ceux-ci aient vu leurs paroles assez vite voler de bouche en bouche, leurs idées assez profondément germer dans
(1) Papini. pmi>orlé par son pivju;^é. cnumore les historiens qui n'onl pas cru devoir coi»ier le passage de Bonaventure sur les 5 000 frères présents à un des cliaj)itres, et il ajoute : Qucsti [sforict] impc^juati pcr la glana di Dio )icl scrvo sno Francesco scrtsset'o dopo atcrnc Icttn la Vita compilata dal S. ('ardinalc e tacf/nero. E (acquero, perché 0 cnpirono avcr egli prcso un farfal/one, o no' Codici di detta Leggenda a uso loro non era in quei termîni pin di cnifjue »nla frati, ma sihh€ne uUi*a quingentos fratrts* etc. Papini, Storia di S. Fran' eeseo, U l, pp. 18&-186. Voir t6ttf., p. ISO ss. ; 96 el 99; A. SS. p. 610 et Vie de saint François, pp. 229 et 2S0.
les cœurs pour qu au moment le plus soiemiei el le plus saisissant du pontificat de ce pape ils aient attiré les regards du monde religieux et soient apparus comme destinés à être les sauveurs de FEglise. C'est pourtant un fait.
Le concile de Latran avait, quelques mois auparavant,
donné le spectacle peut-ôlrc le plus imposant de tout le xiu* siècle. Les soixante et dix canons qu'il avait adoptés peuvent être considérés comme la cliarte de la réforme religieuse au moyen âge, et on sent encore après tant de siècles la vie, Tamour, TefTort vers Dieu palpiter dans ces décrets où le pape avait mis le meilleur de lui-même.
Eloignés de leurs diocèses ou de leurs abbayes, arrachés depuis de longs mois à leurs habitudes et à toutes les influences qui enlisent dWdinaire la volonté, les Pères du concile étaient entrés en complète communion d'idées avec le pontife. Subjugués, entraînés ou enthousiasmés, il put leur sembler un moment qu'ils recevaient une nouvelle onction et qu'unis au chef visible de TËglise ils allaient être rendus capables de toutes les réformes.
Il faut lire les sermons ordinaires d'Innocent lllf et puis celui qu'il prononça pour inaugurer la première session du concile, pour sentir combien alors il se surpassa lui-même. S'appropriant les paroles du Christ à ses apôti*es : Desiderio desideravi mmducare vobiscum hoc pasca (j*aî vivement désiré manger avec vous cette pâque), il n'eut qu'à exprimer ce qu'il sentait pour atteindre à une émotion sublime. Pour bien comprendre ce discours, il faut en négliger le détail, faire abstraction de tout 1 appareil allégorique, qui aujourd'hui étonne et arrête, pour pénétrer jusc^u'à son inspiration même. Si Ton fait cela, on arrive bien vite à voir le travail profond qui depuis
1198 s élail opéré dans la pensée du pape. Il y a là ua dramalique intérêt, parce qu'on Vy voit faisant avec douleur et humilité le compte de ses voies et se marquant à lui-même et à ses successeurs le but idéal.
La puissance terrestre de la papauté disparait ici, le pontife n'est plus établi pour régir et gouverner, il esl établi au-dessus des rois et des peuples pour souffrir avec eux et surtout pour eux. La prééminence du pontife romain devient comme une prééminence de douleur.
Mais, bêlas 1 ce n'est pas impunément qu'on s'élève à une pareille hauteur morale. La vie qulnnocent III aurait désirée pour achever son œuvre lui fut brusquement refusée (1).
Comme Moïse, il ne put que voir de loin la terre de promission, mais ce fut du moins les yeux tournés vers elle qu'il succomba.
Fort de Tappui qu'il avait rencontré chez les représen* tanls des Eglises, il quitta Rome en avril 1246 et arriva vers la fin de mai à Pérouse. Son intention était de parcourir la Toscane et la haute Italie pour réconcilier Gènes et Pise et d'activer par tous les moyens les préparatifs de la croisade décidée par le concile.
li n'est sans doute pas présomptueux de penser que François, qui avait un ardent désir d*évangéliser les infi* dèies, alla aussitôt à Pérouse se mettre aux ordres du souverain pontife (2).
Quelques semaines s étaient à peine écoulées que celui-ci
(1) Quanquam desiderem in carne pemianere, donec consummetur opus ineœpium, ventmiamM non mea. sed volunias flaL Sermon au concile. Innoe, Opéra, éd. Miomk, 1. 1. col. 078.
{fil Morts erat beati Francisco cwn aliquam eivitatem^ tel terram inffrederetur, àd episeopos, vel saeerdotes aecedere.., I Gel. 75. A plus forte raison, même en temps ordinaire, serait-il aUé se présenter au pape.
tomba gravement malade cl fut emporté probablement par une- fièvre maligne.
11 se passa alors une scène qui jette un bien triste jour sur les personnages qui formaient à ce moment ce qu'on est convenu d'appeler la famille ponlificale. Lorsque tous ces prélats qu'Innocent avait comblés d'honneurs et de présents (i) furent bien sûrs que c*en était fait de lui, ils coururent à leurs intrigues et abandonnèrent le cadavre à toutes les entreprises d*une valetaille éhontée (2).
Il faut lire ces faits chez celui qui en fut le témoin
oculaire pour ne pas être tente de les prendre pour le récit complaisant de quelque sinistre cauchemar.
« ûc Milan, dit Jacques de Vitry, je suis venu dans une ville du nom de Pérouse, où le pape Innocent veuait de
mourir, mais il n'était pas encore enseveli (3). Pendant la
(1) Circa familiareê 9U0s iiberaliMsimus €xHtiU eonferendo illis bénéficia et honores. Pois yient la loDgue liste de tous ses obligés. l9tnoeentn III papœ gesta, apud Miomb, 1. 1, col. cgxxu-ccxxvui (cap.
(2) Honorios III, Qrtgoire IX et Innocent IV furent eax aussi abandonnés au dernier moment par tout leur entourage : Tn obiiu suo [il s'agit d'Innocent IV], omnes familiareê eui deeeruerunt eum prœter fratree
Minores. Et simili ter Pa-pam (h-egorium et Honorium et Innocentium in cujus obitu fuit prœsentialiter S. Franciscus. Eccleston 15 (Annlecta fr.l, p. 2">;î). Et voilà qui aitlo :'i coniiiremin' la rélloxion nioluucoli(iue de ce même document. Dixit ctinni dictus [rater Mansueius, q\tod nullus mendicus, }\c dicayyi nuUus hovio, iniscrabiltus et rilius moritur quam papa quicumque. « Ce même fr. Munsudus (nonce d'Âlexaodre IV) dit encore qu'il n'est pas de mendiant, ou plutôt qu'il n'est pas d'bomme qui ait une mort plus misérable ou plus triste qu'an pape. »
(3) luDucent mourut le samedi IG juillet, m hora nona ; or comme il s'agit ici de l'ancien comput ombrien qui AUsait commencer les journées au coucher du soleU, vers huit heures du soir par conséquent à cette époque de rannée, cela nous amène à 5 heures du matin environ pour la mort du pontife. C'est ce jour-là que Jacques de Vitry arriva à Pérouse. Les obsèques furent faites le lendemain dimanche, et rékction dHonorins eut lieu le lundi la V. Potthast, p. 460 s. et 488.
nuit des voleurs l'ont dépouillé de ses vêtements précieuji et ont laissé son corps presque nu et sentant mauvais au milieu de l'église. Et moi j'y suis allé et j'ai vu de mes yeux combien courte, vaine et trompeuse est la gloire de ce monde. »
Les cardinaux qui convoitaient le plus la succession
d'iunocent lll avaient été compl^'lement déconcertés par sa mort soudaine et ne purent rien organiser, car dès le moment des funérailles les gens de Pérouse prirent leurs précautions pour que rélection ne traînât pas en longueur (1).
11 arriva alors ce qui arrive souvent en pareil cas ; celui des cardinaux qui la veille semblait avoir le moins de chances fut précisément choisi. Il avait aux yeux de ses confrères une qualité précieuse et qui leur permettait les grands espoirs ; c'était un des membres les plus âgés du Sacré-Collège. Faible et maladif, il apparut comme désigné pour dénouer provisoirement la situation (2), d'autant plus qu*on pouvait espérer que sous son pontificat la
(1) Vacavii sedt» per unam iantummodo âiem, Perusinis causa eUciUmis Papœ strictissitne arctnnîibus, lient. Chron. Rom. Pontif.. np. Raynald ad. a. 1:Î16. 17. Cum in noto Pontificê diligendo nonnikil dissentire cœpissent, ne sedis tacatio in longum protraheretur iftico
Cardinales in camitio se recïuserunt. ciaconius. Vitœ Poutifîcutn ro)na)iori(m, t. I. col. 050. Ifin^^ rœptus mos laudabilis fuit tnclusionis Ctn-dinafium, ut citius Papam crearent^ neque moras necterent, et cihus in dics parrior. Id., ibid.
(2) Cum ttsset C(n'}iorc infirmas ex senin et ultra rrtoduyn debilis... Bm'chardi et Cuonradi Crsperyensium chronicon. pEUiz, SS. 23, pp. 878-879.
Les cardinaux de deuxième rang ae trouyèrent fort embarrassée, car \U étaient en présence de deux candidats également papablea et qui pouvaient compter à peu prés sur le même nombre de voix. On trouva on moyen bien ingénimx de ne se èompromettre ni avec l*kine ni atec l'antre des deux Eminences; on les cliargea de désigner elles-mêmes le ftitur pape. C'étaient Hugolin, cardinal évéque d'Osiie, et Gnido» caidinal
dirccliou réelle des ailaires appartiendrait à celui qui saurait s'en emparer et qui pourrait ainsi s'assurer sa
succession.
Ce fut bien à peu près ce qui arriva. Honorius III régna
un peu plus longtemps qu'on ne Tavait espéré, mais il trouva à côté de lui un coadjuteur bien décidé à ne pas se laisser frustrer de la future succession : le cardinal Hugolin dei Conti, le futur Grégoire IX.
Les historiens ecclésiastiques, entraînés par leur prédiiection pour les papes belliqueux , oublient trop que tout ce qu'il y a eu de plus durable et bienfaisant dans le pontificat d Innocent 111 a été consolidé et parachevé sous celui de son successeur. Au point de vue religieux, la chaire de saint Pierre n'a jamais été occupée par un plus digne,
« Les cardinaux, dit Jacques de Vitry, élirent Honorius, bon et religieux vieillard, très simple et bienveillant, qui avait donné aux pauvres presque tout ce qu'il avait. »
Un pareil éloge est à noter, surtout à une époque où il était déjà glorieux pour un prélat de n'être pas simoniaque, Uonorius 111 eut un mérite spécial à s'en rendre digne, puisqu'au moment de son élection il était caméra»
riiiSy c'est-à-dire trésorier du saint-siège (1).
évôque de Palesli ina : ( nvi aiiUm vcuerabilil us fratrihus nostris Ostiensi cl Palei>trino epiicopin elegcndi fuisse t potenias ab utucersitaie concessa, nostris humerts paUtum apoêtol cvm in*posuerunt, Honarius III, epistola vi. Opéra ed. Hobot, t. !!• col. 8. Cf. Pbessotj» Rêgesia Honorii papœ III, p. 3, n* 8; WniKKLifAXN, Ztcœff Pajstbnefe (Forschunçtn 2ur deuischtn Oes^h., t. XV, p. 876). Le nombre des cardinaux présents à Pèrouse fnt de dix-neuf» sur vingt-sept que comptait alors le Sacré-Collége. Clausbn, Popsi Honorius ill» p. 8. Cf. CtAcomus» col. 650-^)01 .
(1) On Iraduif d'ordinaire ce mot par mmrrlingve, ce qui est jusie, mais à conditiou de ne pas oublier que la charge de cardinal camcrlin-
Ilic (lies suas in pace disposuil, a dit un autre de ses contemporains et ces quelques mots résumeot admirablement la pensée intime de son règne (1). Ce ne fut pas par faiblesse, comme on pourrait être tenté de le supposer, qu'il rechercha la paix, il la voulut énergiquement et agît en conséquence (2). A peine assis au gouvernail de l'Eglise, il gagna la haute mer, les régions sereines où les filets apostoliques se remplissent sans bruit. Cependant bien des historiens restés sur la plage, les yeux fixés sur cette barque qu'ils ne voient pas boiig<^r, se prennent à regretter les pontificats où elle bataillait tout près des côtes au risque d'être brisée sur les rochers ou de se perdre dans les algues.
On peut s'imaginer l'impression produite sur un homme tel qu'Uonorius par la vue des bassesses inimaginables qui étaient alors raccompagnement ordinaire de toute élection pontificale. L'élu se voyait à Tinstant même cerné par la nuée des courtisans, des quémandeurs, des valets et des mendiants qui, comme autant de vampires, venaient réclamer leur part à la curée.
« Dans mon si\jour à la cour pontificale, dit un peu
plus loin Jacques de \ itry, j'ai vu beaucoup de choses
guc ost aujounl'liui Ircs didVrt nlo de ce qu'elle était au xiii* siècle. A celte époqiK! le chof de la chainhro apostolique présidait la gestion des biens du sainl-siège. avait l'intendanco di- la maison apostolique et une partie des pouvoirs dévolus aujourd'iiui au secrétaire d'Iitat.
(1) Continuatio chronici ex Panlhco excerpti. Perlz, SS. t. XXII, p, a70.
(3) Voici le début de la première leUre à Tarchevôque d'Auch : lUius régis paci/ici, lieet immeriti, ticarii constitutif qui, ut reconeiliaret servum Domino, univit tutminem sibi Den, tibsnter iis qui prope et his gui longe sunt pacis consilia rogitamus, ipsam pro posse, modis omnibus procurantes. Lettre du 30 sept. 1:216, chez IIorot. Honorii III opéra, t. II, col. 80. Pottkast, 6887.
qui m'ont vivement attristé. On y est tellement préoccupé des affaires séculières et temporelles, de tout ce qui concerne les rois et les royaumes, de litiges et de procès qu'il est presque impossible d'y parler des affaires religaleuses.
» J'ai cependant trouvé dans ces contrées un sujet de consolation : c'est que beaucoup de personnes de l'un et Fautre sexe^ riches et vivant dans le siècle, quittent tout pour l'amour du Christ et renoncent au monde. On les appelle frères Mineurs. Le pape et les cardinaux les ont en grand respect. Quant à eux, ils se désintéressent complètement des choses temporelles et font chaque jour les elTorls les plus énergiques pour arracher aux vanités de ce monde les âmes qui périssent et les entraîner dans leurs rangs. Grâce à Dieu, leur labeur a déjà produit beaucoup de fruits et ils ont conquis beaucoup d'âmes, si bien que celui qui les écoute en appelle d au très et un auditoire appelle un autre auditoire.
> Ils vivent suivant la forme de la primitive Eglise dont il est écrit : « La multitude des croyants n'était qu'un » cœur et qu'une àme. » Pendant la journée, ils vont dans les villes et les villages pour gagner des âmes et travailler ; la nuit, ils se rendent dans d(îs ermitages ou des lieux écartés pour y vaquer à la contemplation.
» Les femmes demeurent ensemble près des cités, dans divers hospices, ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Elles sont très troublées et chagrinées de se voir honorées plus qu'elles ne le voudraient, soit par les clercs, soit par les laïques (1).
> Les hommes de cet ordre se réunissent, non sans
(1) Mulieres vero iuxta civitates in dicersis hospiciû simul commO' rantur^ nihil tucipiunt, sed de labore munuum vivunt.
grand profil, une fois par an, en un Ken fixé d'avance,
pour se réjouir dans Je Seigneur et manger ensemble ; puis, avec le conseil d'hommes de bien, ils adoptent et promulguent des institutions saintes et approuvées par le pape. Après cela ils se dispersent pour tout le reste de Tannée en Lombardie, en Toscane et jusque dans les Fouilles et la Sicile. Frère Nicolas, qui est du même pays que le pape, homme saint et religieux, a récemment quitté la curie pour aller se joindre à eux, mais comme il est indispensable au pape il a été rappelé par lui.
» Je crois que c'est pour faire honte aux prélats qui sont comme des chiens incapables d*aboyer que le Seigneur veut avant la lin du monde sauver beaucoup d'àmes par ces simples et ces pauvres. »
Celte esquisse de Tactivité des premiers Franciscains ne manque pas de pittoresque. Quoi de plus gracieux que cette ligne sur les chapitres annuels, réunions où Ton se rend pour se réjouir dans le Seigneur et prendre part à de fraternelles agapes? Certainement Jacques de Vilry avait entendu parler du chapitre des nattes d'une façon très analogue à celle dont il nous est raconté dans les Fioretti (1).
La caractéristique qu'il donne des sœurs est aussi bien intéressante et suffirait, à elle seule, à nous prouver combien les premiers établissements fondés à [ instar de Saint-Damien différaient de ce qu'est aujourd'hui un couvent de Clarisses.
(1) Fior. 18. En 1216, la PeniocAlo tomba lo 30 mai ; il est donc fort probable qno fn'ro Nirolns fui un des nombreux spocfatours qui all*"^ rent assister à c»' <linpi(n' ri quo, vivcnionl touché do co qu'il y vit, il quitta la cour pouiilicale où llonorius le lit revenir après sou élection.
Mais le point sur lequel je dois surtout insister en ce moment, c^est celui des rapports de saint François avec la papauté. Ils onl élé beaucoup plus réguliers et eflectifs qu'on ne se l'imaginait jusqu'ici. Saint François mit une sorte de ténacité à faire sans cesse preuve d orlliodoxie ; il ne lui suffisait pas que sa r^le eût été approuvée par le pape, il voulut que les iuslilulions capituiaires le fussent aussi.
Etait-ce dans le but de demander cette approbation, ou était-ce pour recevoir les ordres du pontife au sujet de la croisade qu*il se trouvait à Pérouse au moment où Innocent 111 mourut? On ne sait, mais ce qui est sûr c'est qu'il y était, et que le glorieux pontife, s'il rouvrit les yeux au moment du ràle suprême, put voir à ses côtés le petit pauvre du Christ (1).
Si le cœur de Jacques de \ itry fut si douloureusement ému des scènes qui suivirent, on peut deviner combien saigna celui de François en voyant de quels opprobres ou abreuvait sa Dame, la sainte Pauvreté.
Puis il fit tout à coup une affreuse expérience : c'est qu'on peut labourer et semer, prier et pleurer sur son labeur, sans que la semence lève. Il y a des portes auxquelles on a . beau heurter, jamais elles ne s'ouvrent ; celui chez lequel on veut entrer fait mille protestations d'amitié^ de respect, d'admiraliou, mais il u est jamais chez lui, comment y ferait-il entrer les autres?
Qu'importaient à François ies moqueries, les injures, les persécutions dont on Tassaillait si souvent? Les insutleurs d'un moment devenaient le lendemain des colla-
(1) .,JnnocentiuM, in cx^jus ohitu fuit prœsentialitêr S. Franeiseus, Thomas d*Eeeieston, 15w {Analeeta f»\ t. I, p. 2Si3.) Voir ci-dossus p. 9, note 2.
boraleurs et des disciples, et de leur âme subjuguée 8*exhalait bientôt le cri du repentir, de i'amoar et de la foi. Mais que u auraiuil pas donné pour que les prélais qui lui prodiguaient les plus embarrassants témoignages d'admiration fissent moins bon accueil à sa personne et meilleur accueil à ses idées.
L'élection d'ilonorius dut lui paraître la réponse du Saini-Ësprit lui-même à son découragement. K 'était-elle pas rindice qu'il s^élaît exagéré les maux de TEglise? Dieu prenait en mains la cause de la Pauvreté. Le vieillard qui allait succéder à saint Pierre n'était-il pas comme un frère Mineur, lui qui avait su conserver son cœur pur de toute avarice ?
Tels sont sans doute les sentiments dans lesquels François reprit le chemin de Pérouse peu de jours après l'avènement du nouveau pontite. 11 cheminait allogrement avec cette joie claire et lumineuse qui suit les heures d'orage lorsque le ciel se rassérène brusquement.
Accompagné de frère Masseo, il allait lui aussi demander au nouveau pape un cadeau de joyeux avèiionient.
Ce qu'il désirait obtenir était une faveur sans précédent, je crois, dans les annales de TEglise ; mais il avait cette force éternellement victorieuse ; la foi.
Durant la nuit précédente, pendant qu'il priait dans sa chère chapelle de rsolre-Dame des Anges, sa démarche lui avait été en quelque sorte dictée par Dieu lui-même. Il avait bien des fois expérimenté que des conversions sincères sont suivies de brusques retours, simplement parce qu'à beaucoup de pc^cheurs le témoignage intérieur, la certitude personnelle du pardon de Dieu ne suffit pas.
Le criminel gracié n'a pas seulement besoin d'élre jeté hors de la prison pour èti*e sûr de sa liberté et avoii* le
courage de recommencer uue vie nouvelle, il lui iauL uq signe palpable de sa grâce, une attestation qu^il serrera fiévreusement sur son sein, si tout à coup apercevant le geôlier on le bourreau, il se sent défaillir (4).
11 vaudrait assurément mieux qu'il en fût autrement et que les convertis ressemblassent tous à saint Paul et à ces héros de la foi chez lesquels l'assurance du salut est infinie, sans ombre et sans degré. Mais sïl y a quelques âmes élues qui se savent si bien unies à Dieu qu*elles éprouvent une sorte de joie à laimer sans le voir et à espérer contre espérance, ce sont là des vertus peu faites pour notre terre. Or les saints et les convertisseurs n'ont pas à se demander ce que seraient de purs esprits, mais ce que sont les hommes, et à les pousser vers Dieu qui les a créés finis et imparfaits en tenant compte de leurs faiblesses et de leurs imperfections (2).
C'est pour cela que François était depuis longtemps préoccupé du désir de donner à ceux qu'il gagnait au bien comme une attestation extérieure du drame qui s^était déroulé au plus profond de leur cœur et dont ils étaient sortis vainqueurs.
Il voulait que ceux qu'il jetait sur-la voie du bien eussent la bienfaisante sensation qu'une page de leur histoire avait été arrachée, que la grâce de Dieu leuir permettait de recommencer la vie, sans que le fantôme du passé et de ses souillures risquât de se dresser devant eux.
Honorius éprouva-t-il quelque surprise en voyant deux
(1) Ut non habêant brigmn alitun. Parole» de saint François dans le témoignage de frère Léon.
(2) Jésus n'a lias procédé autrement, et quand il guérit le lépreux il veut que celui-ci aille se montrer au prêtre pour que sa guérison lui soit officiellement attestée. Matth. vui.
frères Mineurs se mêler au UoL pressé des solliciteurs ? Si une pensée de tristesse ou de désillusion se présenta à son esprit, elle ne fit que le traverser. La faveur dt maudée par François était énorme, mais elle était tonte spirituelle, et, en écoutant le Poterollo, le pontife put sentir dans sa voix Tamour de ces violents qui ravissent le royaume des cieux.
et Très Saini-Père, disait-il, il y a quelque temps je vous ai réparé (1) une église en 1 honneur de la Vierge mère du Christ. Je supplie Votre Sainteté d*y mettre, à Toccasion
de sa dédicace, une indulgence sans oblation (2). »
(1) liepaj'avi tobis. On pensp d'ordinaire que ceci est une allusion au fait que la Porlioncule fais;ut partie du palrininino de saint Pierre. C/ost possible, niais jo crois plul<»t que pour saint François toutes les r^'list's do la terre formaient ctinnne un domaine idéal et sacK- a lministré pur le paj)!' (>t ayant son centre à Sainl-Jcan-de*Latran , omnium urbis el orhts cccicstarian mater et caput.
(2) Les paroles cilôcs dans les pages qui suivent S'>nl empruntées lextuellument aux trois docunients les plus anciens concernant Tindulgeuce.
1* Le témoignage de frère Léon qui nous est {>arTenii dans ime alteatation do&nAe entre 1274 et 12S0 par Jacques Goppoli» de Pérouse.
2*L'àttestation notariée des BB. Benoit etBanieri d'Arezzo, datée de 1277.
S*.La notification de Théobald, évôque d'Assise, des premières années du XIV* siècle.
On trouvera une appréciation critique de ces documentK et de la foule de ceux qui viennent au second rang dans Tappendice de la prochaine
édition de la ^'^e de saint François,
Qu'il suffise de dire ici qne dans aucun des trois que nous venons d'indiquer il n'est question de deux démarches de saint François, l'une h Pérouse, l'autn» à Pioine, pour obtenir cette indul;,'ence. Frère Léon et les autres sont parfaitement chiiis : c'est à l'occasion de la dédicac. dont la date était déjà lixée ou le fut au nioment même (voir l'attestation de IJenoil d'Arezzo), que saiid Fram uiN la demanda. Ouel ju* - au!, urs ont admis l'idée d'un voya^'e de François à Itome deux ans plus tard pour la fixation du jour — sans s'apercevoir de l'invraisemblance qu'd y a à voir saint François supplier pour l'obtention â\inû grftce quil aurait laissée doux ans sans objet » surtout pour pouvoir accepter toutes les fioritures plus ou moins heureuses qui étaient venues 8*eorouter autour de Thistoire authentique, au point de la défigurer et de la masquer complètement.
Le paptî se récria. A celte époque, loule iiuliilgence, si minime fùt-elie, supposait une oblation, c'esUà-dire
roffraiide d'une somme proportionnée à la fortune de celui qui Tobtenait.
Maïs celte considération de jurisprudence ecclésiastique semblait ne point du tout toucher François et le vieux pontife sentait une étrange émotion le gagner à la vue de celui qui le regardait, comme le fils regaide son père» sachant qu'il sera exaucé.
« Et de combien d*années veux- tu cette indulgence?
dit llonorius sans s'cipercevoir que tacitement il accordait déjà le premier point.
— Très Saint-Père, répondit François, ce ne sont pas des années que je demande à Votre bainteté, mais ce sont
- dosâmes.
— Que veux-tu dire par là? demanda le pape, pressé comme par une force irrésistible de s*avouer vaincu dans
cetU' lutte.
— Très Saint-Père, je voudrais, si Votre Sainteté le
permet, que tous ceux qui se rendront à cette église contrits de leurs péchés et après s'être confessés et avoir reçu Tabsolution sacerdotale, obtinssent la rémission de tous leurs péchés, soit comme peine, soit comme coulpe, dans les cieux et sur la terrc^ depuislejourde leur baptême jusqu'au jour et à l'heure de leur entrée dans celle église. »
A 1 ouïe de ces paroles, le pape se sentit onvahi par un trouble nouveau. Quelques jours auparavant il avait re<;u les dois mystérieuses qui symbolisent le pouvoir de lier et de délier, d'ouvrir et de fermer, et voici que le plus
humble de ses enfants venait le conjurer d^ouvrîr toute grande la porle du salut, de publier un pardon inouï. Qui sait si pendant que sa bouche murmurait une d«F>
ni^ro objocLion el qu'au fond de son cœur éclalail un chant d'allégresse infiniment doux, il ne songea pas à un autre vieillmd, à ce Siméon qui, debout au seuil du temple de Jérusalem, avait pu serrer entre ses bras le Désiré des nations, le Uédempleur du monde !
c Ce n'est pas la coutume de. la curie romaine, dit-il, d'accorder une pareille indulgence (1).
Seigneur, répliqua François, ce que je demande ce n'est pas moi qui vous le demande, mais celui de la part de qui je viens, le Seigneur Jésus-Gbrisl. »
Et celte fois le pape répondit aussitôt : « Oui, je t'accorde cette indulgence. »
Cet entretien avait pour témoins plusieurs cardinaux qui jusqu'alors avaient gardé le silence. Leur émoi fut grand à Touie des dernières paroles du pape. Ils se jetèrent à sou secours, comme s ils avaient cru que le pouvoir suprême lui donnait une sorte de verlige : « Mais, Seigneur, si vous accordez à cet homme une pareille iiululgence, vous détruisez celle de la croisade, et celle des sanctuaires apostoliques perdra toute valeur.
— Nous la lui avons donnée et octroyée, dit Uonorius, nous ne pouvons revenir sur ce qui est fait, mais nous la modilierons de façon à ce qu'elle ne s'étende qu'à un jour naturel (2). »
(I) Voir le canon 68 du iv* concile de Latran (1315) inséré dans le Corpus jur,^ can. 14. x de pœniteniiis (v. 88). Cf. HaFftLt, Hittoin
des Conciles, t. VIII, p. 15 (éd. fr.)*
(2i Ces (hïmiérus paroles prouvent quo cV îait pour les fêles do la ilédicactMle la l'orfionculo (ju»» François deinandail l iiidulRmco. (.'.os f<5les duraicni d'ordinaire huit jours, mais l'iiidulgunco fut rt;6lrcinte au prcoiier jour Uc*i'uclavt'.
El le faisant approcher : t Dès maintenant^ lui dit-il, nous accordons que quiconque viendra et entrera dans celte église, bleu repentant et apr^s s^êlre confessé, soit absous de toute peine et de toute coulpe, et nous voulons que colle indulgence soit valable chaque annéev à perpétuité, seulement pendant une journée à partir des premières vêpres jusqu^aux vêpres du lendemain. »
A peine le pontife avait-il cessé de parier que François, rayonnant de joie, s'inclinait et se préparait à quitter la salle.
« O simplieiofie quo vadis? 0 enfant trop naïf et sans fraude, où vas-lu ? Où cours-tu sans lettres testimoniales d'une si grande faveur? »
Ces paroles si nalurelles dans lu liouche du pontife qui avait senti la mauvaise volonté de ses cardinaux étonnèrent peul-èlre un peu François.
Ce qu*il était venu chercher auprès du successeur de Pierre, c'était Tindulgence proprement dite et non un diplôme ou un privilège.
<c Si cette indulgence est Tœuvre de Dieu, dit-il, c'est à lui de manifester son œuvre ; je n ai pas besoin d en avoir d'instrument, que cette charte soit la B. Vierge Marie, que le notaire soit le Christ et les anges les témoins. »
François et frère Masseo quittèrent aussitôt Pérouse pour regagner Notre-Dame-dcs-Anges. Ils marchaient h peine depuis une heure et arrivaient à Colle, ce joli petit village qui existe encore (i) à la cime d'un mamelon tout
(1) Pat la grande roule aeiueUe on passe encore à 2Q0 ou aoo mètres de GoUe on GoUestrada, quand on va do Pérouse à Assise, quelques minutes après avoir franchi le Tibre & Ponte S. Giovanni.
planté de pins parasols, lorsque François voulut se reposer à la léproserie. 11 s'y endormit d'un sommeil plein de songes et il lui fut révélé que Dieu, dans le ciel, a\'ait confirmé Tinduigence donnée sur la terre par son ministre.
Peu de jours après le 2 août, eut lieu la dédicace solennelle de Féglise de Notre-Dame-des-Anges ou de la Porlioncule. Sept évôques avaient répondu à Fappel de François qui annonça à la foule le pardon accordé à perpétuité pour ce jour-là à sa chère chapelle.
11 serait hors de propos de décrire le cérémonial de ces lèleb qui, depuis le xiu'' siècle, n'a pour ainsi dire pas variéf mais tandis qu'aujourd'hui la foule assiste passive et indifférente à des rites dont la signification profonde lui échappe complètement, elle y assistait alors ardente et passionnée, comme à une sorte de duel entre Dieu et les puissances ténébreuses. £n voyant se dérouler toute la gamme des bénédictions, des aspersions et des onctions^ elle sentait la môme émotion que le marin lorsqu'à travers mille périls, il parvient & arborer le drapeau de la pairie sur quelque rocher perdu de l'Océan.
François avait été chargé de la prédication de circonstance ; il est fort probable qu'en sa qualité de diacre, il tint à honneur de faire une partie des lectures. Dans les recouiniandations (ju'il devait adressera ses disciples, au moment de sa mort, au sujet de sa chère église, on retrouve Técho de la liturgie de la dédicace dont la majeure partie avait pu paraiti*e comme dictée tout spécialement pour la Portioncule.
a 0 Eternel, Dieu d'Israël, il n'y a personne de semblable à vous, ni dans les cieuz ni sur la terre : vous gardez l'alliance et la miséricorde envers vos serviteurs
qui marchent en votre présénce de tout leur cœur... Mais quoi! Dieu habiierail-iL vraiment sur la terre? Voici, les cieux des cieux ne peuvent vous contenir, combien moins cette maisouquej'ai bâtie ! Toutefois, Seigueur, monDieu, soyez attentif à la prière de votre serviteur et à sa supplicatiou : écoulez le cri et la prière que vous adresse aujourd'hui votre serviteur. Que vos yeux soient nuit et jour ouverts sur cette maison, sur le lieu dont vous avez dit : Là sera mon nom. Daignez exaucer Ja prière que votre serviteur fait en ce lieu. Daignez exaucer la supplication de votre serviteur et de votre peuple dlsraël lorsqu'ils prieront en ce lieu. Exaucez du lieu de votre demeure des cieux, exaucez et pardonnez !
»... Quand rélrans^er, qui n'est pas de voire peuple dlsraël, viendra d'un pays lointain, à cause de votre nom, car on saura que votre nom est grand, votre main forte et votre bras étendu, quand il viendra prier dans cette mai- Ron, exaucez-le des cieux, du lieu de votre demeure, et accordez à cet étranger tout ce qu'il vous demandera, aiin que tous les peuples de la terre connaissent votre nom pour le craindre, comme votre peuple d'israi'l, et sachent que votre nom est invoqué sur cette maison que j'ai bâtie (l). »
Ainsi avait prié Salomon pour la dédicace du temple de
•Ic'^rusalem, ainsi pouvait pri«4* François pour la dédicace de la Porlioncule avec une force que ces paroles n'avaient
(1) m Reg. 8. (1 Rois ym, 2844). Cette admirable prière se lit encore à
Notrr^-Dame-des-An^es au premier noctarne des maUnesdu 2 août. Poar la liturgie de la dédicace et son symboUsme on tronyera les renseignements les plus complets dans Jacqufs dk Voraoine : Legenda aitrea,
pp. SiVST)? do Triiition «Jraesso (Breslan. in-8". ISOO) et dans Guillaumr DuiuND. nationale dii inorum of/iciorum, liber primus, cap,\U 13 a, éd. de Venise,
pas dans la bouche du roi d'Israël, avec cette sarabon-
dance de foi et do confiance que Jésus a infusée au cœur des siens vis-à-vis du Père céleste.
DOLE. — TYPOaRAPIilE L. BERNIN.