‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 61 sur 108 · chapitre vm · texte numérisé non relu

chapitre vm

religion, il fait saisir par ses satellites le pape , qui offrait le sacrifice de la messe , et le fait jeter du pied de l'autel dans le fond d 1 un cachot. Là , il arrache à la faiblesse de Pascal un décret sur les investitures , qui replace la nomination et le pouvoir spirituel du chef de l'église sous la dépendance temporelle de l'empereur. Le malheureuxpontife se voit contraint de faire plus encore pour obtenir la cessation des tortures de sa captivité. Il faut qu'il jure et fasse jurer aux cardinaux et évêques prisonniers avec lui , de ne plus inquiéter à l'avenir l'empereur Henri V , et de ne plus prononcer d'anathème contre lui.

En recevant communication de la bulle pontificale sur les investitures , fruit de la pusillanimité d'un vieillard etde la violence d'un tyran, l'église tout entière se souleva d'une sainte indignation : de tous côtés , les évêques firent entendreleursplaintesetleursmurmures.PascalII, effrayé de l'unanimité de ces témoignages, craignit qu'on ne procédât à sa déposition , et s'empressa de réunir un concile à Saint-Jean-de- Latran. Là , il déclara qu'il n'avait signé le fatal décret que pour racheter sa vie , mais il avoua et condamna lui-même sa faiblesse , et , quittant sa chape et sa tiare , il demanda qu'on lui donnât un successeur plus digne , par sa fermeté , des périlleux honneurs du souverain pontificat. Cet acte de soumission et d'humilité

178 VIE DE SAINT HUGUES

toucha tous les assistants ; on n'accepta pas cette généreuse abdication. L'intérêt se reporta sur l'infortuné Pascal, et Henri V devint l'objet de l'exécration publique.

Le concile de Latran déclara nulle la cession faite par le pape à l'empereur , comme ayant été extorquée par la perfidie, ou imposée par la violence.

Gui , archevêque de Vienne , se trouvait à ce concile. Avant même qu'il s'y rendît , l'empereur Henri V , dont il était le parent , lui avait fait les avances les plus flatteuses pour l'attirer à son parti. D'un autre côté , le pape , instruit de ces démarches , écrivait à Gui en ces termes : « Conservez cet esprit de fermeté inflexible que )> vous avez montré jusqu'ici; résistez jusqu'à » la fin. Voici dans l'exacte vérité comment les » choses se sont passées : nous étions retenus » prisonniers dans le camp de l'empereur , on » nous tenait le poignard sur la gorge ; que » pouvions nous faire dans cette extrémité , où » il s'agissait de la ruine de Rome , de l'Italie et )> de l'Eglise même (1 ) ? »

Gui répondit à l'attente du souverain pontife; le sentiment de son devoir et l'esprit épiscopal l'emportèrent dans son cœur sur l'influence de la parenté impériale. Pascal, reconnaissant de

(tj Pascalùepisl. , 14,

Page 1