CHAPITRE XI
jusqu'au Guiers mort (1); ce sont encore deux autres nobles du nom de Boson, qui donnent à Guigues , prieur de Chartreuse , deux vastes forêts avec les pâturages , rochers , cours oV eau et tout ce qui dépend de leurs terres , situées près de F ermitage des disciples de saint Bruno. L'esprit du siècle qui commençait ne favorisait pas moins la propagation et l'accroissement des ordres monastiques et des fondations religieuses , que celui du siècle qui venait de finir. Il semble même que les premières croisades avaient donné une nouvelle impulsion à la piété publique , ainsi que nous Pavons vu en parlant de ces saintes confréries , qui se multiplièrent partout à celte époque.
Cependant il y avait , même dans ce temps , des localités où l'esprit de foi semblait momentanément languir et où s'introduisait un funeste relâchement. Mais le remède suivait le mal de bien près, et dès qu'un abus était connu à l'autorité séculière, il était bientôt signalé par elle à l'attention de l'autorité ecclésiastique.
Ainsi le comte Amé de Savoie ayant appris que les chanoines de Saint-Maurice en Chablais étaient tombés dans une grande misère, soit par suite d'une conduite peu réglée , soit
(l) Arch. de la Grande-Chartreuse. Le Coulteux, Annal, ord. carthus. . pag. 296 du manuscrit de la Chartreuse.
250 VIE DR SAINT HUGUES
par l'effet d'une mauvaise administration de leurs biens temporels , il songea à prier le vénérable évêque de Grenoble de venir réformer ce chapitre (1). Saint Hugues entrait dans sa soixante seizième année ; il était courbé sous le poids de l'âge et des infirmités les plus douloureuses. Mais quand il s'agissait de faire une bonne oeuvre , rien ne pouvait le retenir. Il s'empressa donc de se rendre à l'invitation du comte de Savoie , et il alla le trouver à Aix à la la fin du mois de mars 1128. De là, il fut accompagné par ce prince et par plusieurs seigneurs du pays à Saint-Maurice en Chablais.
Saint Hugues, avec l'autorité de son éloquence et de sa haute vertu, exhorta les chanoines de ce chapitre à se réunir pour vivre en commun sous la direction de leur supérieur Raynaldus. Ses discours produisirent les fruits les plus heureux. Les chanoines de Saint-Maurice adoptèrent le plan de réforme qui leur était proposé et alors le comte de Savoie leur fit rendre les biens de leur église qui avaient été mal à propos aliénés.
Il était beau pour saint Hugues de se voir ainsi appelé par un prince étranger, à exercer
(1) Voir aux pièces justificatives la charte de cette réforme datée des troisièmes calendes d'avril. N'aurait-on pas fait une confusion avec ce fait , quand on dit dans la vie de saint