LA MISSION
tique ; il en avait partagé les périls, les persécutions, et ne rentra de Texil qu^'avec Thrasybule. G^était un homme généreux, passionné pour la science, ardent dans ses amitiés comme dans ses antipathies, et qui, poussé par une admiration enthousiaste, osa demander un jour à la Pythie s^il y avait un homme plus sage que son ami (1).
La réponse de la Pythie est assez diversement rapportée. BansY Apologie de Platon, Socrate se borne à dire qu^elle aurait répondu qu'ail tfy avait pas un homme plus sage, ao(pearepovy que Socrate; dans celle de Xénophon, qu'il n'y
même malade; de là les épithètesdecbauve-souris, vuktsplç, de wuÇivoç, d'T^aiôvTiçjque lui donne Aristophane, iVw&,, 104 ; Schol. V. 104, 144, 504. "Suivant la seconde de ces scbolies, Nub,^ 144, il avait écrit quelques ouvrages dont il ne nous est rien resté.
• (1) Tel ne fut pas, suivant Fréret., Acad. Inscript. , t. XL VIT, p. 225, le sens de la question de Ghéréphon, qui n'avait pas prétendu consulter l'oracle sur le mérite de Socrate, mais seulement sur le mérite relatif de Sophocle et d'Euripide. Je pense que ce n'est là qu'une conjecture de Tillustré critique, amenée peut-être par la réponse, mais que ne justifie aucun texte ni aucun témoignage. On ne voit pas bien pourquoi le vieil ami de Socrate serait aller consulter le Dieu sur le mérite de Sophocle et d'Euripide. Il n'est donc pas du tout certain que « Platon rapporte d'une manière peu exacte l'oracle dont parle Socrate. »
en avait pas de plus libre, de plus juste, de plus sensé (1).
Diogène de Laërte a la prétention de connaître la réponse textuelle de Toracle (2), que nous trouvons plus ' complète* encore dans les Sçholies d'Aristophane, dans les deux Ïambes suivants :
Sccpb; 2otp&xX'^î, aocpwTgpoç 5'Eùpi7rî^r,;»
(l)^joo?. Xen.,14.
(2) Schol. Aristoph., Nub., 144; Diog. L., 11, 31 \ Ménage, ad. II. Démocharès, dans son ouvrage contre les philosophes, cité par le scholiaste d'Aristophane, doutait de Tauthenticité de cette réponse, parce que les vers sont iambiques et que les oracles de Delphes se rendaient en dactyliques hexamètres. Le scholiaste répond que plusieurs oracles, et de ceux mêmes qui étaient rendus de son temps, étaient en iambes, et certains en prose. Colotès, en sa qualité d'épicurien (Plut, ad Col.^ XVII) nie'la réalité de cet oracle comme celle de tous les autres , qu'il considère comme des œuvres àe fraude et d'imposture, aocpwTwcbv xal «popTixèv ^lYÎ-pp.a, Athénée, qui la conteste également (v. p. 218 c), s'appuie sur les différences entre les détails donnés par Xénophon et par Platon. Brucker (t. I, p. 534) accepte le doute assez mal fondé, selon moi, de Colotès et d'Athénée. La meilleure raison qu'on pourr^iit invoquer en faveur de ces conclusions sceptiques, c'est que bien des oracles de cette nature ont été inventés après coup, et par exemple pour Platon, Apollonius et Plotin. Mais ici l'accord sur le fait de deux témoins aussi autorisés que Platon et Xénophon, laisse peu de prise à un doute raisonnable.