XIV
qu'au moment où Théramène, victime de la réaction oligarchique, après en avoir été Tun des promoteurs et des agents les plus ardents, dénoncé par Critias, se précipita vers Fautel piacé dans Tintérieur du palais du Sénat, Socrate et deux de ses amis s^'avançèrent seuls pour le protéger contre Satyros, chef des Onze, et ses satellites qui voulaient Fen arracher. Théramène sentant la résistance inutile et ne voulant entraîner personne dans sa ruine, les pria de s'abstenir de ce dévouement inutile et dangereux (1).
La tyrannie des Trente prit fin dans le mois de décembre 404, après avoir duré huit mois ; mais la convention conclue avec Pausanias, qui amena le rétablissement à Athènes de la liberté et de Tordre', de la démocratie et de la paix, ne date que de Tété 403, année de Tarchontat d'Euclide, qui fut désormais pour les Athéniens comme une ère nouvelle. Si la conduite de Rome fut admirable après le désastre de Cannes, que dira-t-on de celle du peuple athénien ?
(!) Ce fait est attribué par Tauteur des Vies des dioc orateurs à Tsocrate : cette circonstance et le silence gardé sur un acte si digne d'être conservé à la mémoire, ont paru à M. Grote des raisons suffisantes pour ôter 5 Tanecdutc toute probabilité historique.
Après une guerre de vingt-sept ans, qui avait ruiné son empire, ses flottes, son commerce, ses finances; dont la dernière défi^ite avait imposé à cet enfant gâté de la gloire fe douloureuse obligation de détruire de ses propres mains les fortifications de son port et les longs murs qui Tunissaient à la mer, et lui infligeait la honte plus douloureuse encore de subir un gouvernement despotique, imposé par rétranger; cette ville, mère de la liberté et de la démocratie, se retrouvant enfin maîtresse d'elle-même, avec une générosité sans exemple et sans imitation dans Thistoire des révolutions et des réactions politiques, proclama Tamnistie, c'est-à-dire Toubli et le pardon du passé. Les sénateurs s'engagèrent par serment à ne recevoir aucune accusation de quelque nature qu'elle fût, ni hê^iiis, ni gW^dy^j/, pour des faits relatifs à la période de l'anarchie, comme ils appelaient, d'un mot juste et profond, l'abject despotisme dont ils avaient siibi l'outrage. Les héliastes, avant de monter sur leur siège, durent également ajouter au serment habituel la formule : Je jure de ne conserver aucune rancune du passé, et de ne voter que d'après les lois actuelles (1).
(l)Andoc., De myslf., 371: cù pt-wiaïKaKuidû), dans la force et retendue de son vrai sens.