AVANT-PROPOS
Un blanc, — grand poète et grand politique, — vient de faire tressaillir les cendres d'un illustre capitaine nègre, — grand poète et grand politique aussi.
Lamartine a chanté Toussaint-LOuverture. — Gloire au chantre et au héros. — L'Ossian des temps modernes, dont les accents harmonieux remplissent l'immensité du monde, a voulu avant d'aller ensevelir sa noble carrière dans la Thébaïde qu'il crée à sa vieillessse ; avant d'aller mourir dans l'Orient, ces contrées superbes où le jour se lève plus majestueux qu'ailleurs, etlinceuller sa renommée dans les rayons splendides du soleil matinal,— a voulu jeter un cri solennel et suprême en faveur de la race nègre, à laquelle je me fais honneur d'appartenir. C'est le chant du cygne sur une grande ombre morte comme sans sépulture et sans honneur, qui n'a pas eu son Plutarque national et qui ne vit que dans le cœur des pieux habitants des Iles, — des nègres dont il a commencé la civilisation. — Et pourtant dans cette humanité solidaire, — au sein de laquelle le principe de régahté grandit tous les jours, Toussaint-L'Ouverture
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est une figure immense, qui appartient à toutes les races et à tous les âges. Cet homme a prouvé par sa haute intelligence, par son génie, qu'en donnant'à'la peau humaine une coloration blanche ou noire, Dieu na voulu que varier ses œuvres, et non établir la hiérarchie et la dépendance. — Mulâtre , je viens accomphr un devoir, et au nom de la patrie lointaine, remercier Lamartine d avoir relevé] et entouré des flots de sa poésie la mémoire du héros qui a illustré ma race. — H ne manquait à la gloire de Lamartine, que de prouver l'adéquation de Thumanité.
Enfant, — je songeais déjà à sculpter la figure de quelques-uns des grands personnages qui ont fixé les destinées de mon pays; je songeais à évoquer de leurs tombes ces ombres chères, qui^veillèrent sur son berceau.— Le drame de Lamartine m^a fait commencer par Toussaint-L'Ouverture, — Il faut que le public français connaisse cette vie qu'un enfant des îles , un fils de la race longtemps opprimée, a écrite sincèrement, avec son âme, avec les traditions qu'il a recueillies, — plein de respect pour la vérité. — J'ai pu me tromper dans mes appréciations; mais quel homme n'a jamais erré? Et puis ne doit-on pas avoir quelque indulgence pour l'écrivain qui aborde un terrain vierge, qui, le premier, compulse et réunit des documents qu'aucune main n'a touchés , qui ouvre une voie que nul n'a essayé d'ouvrir ? — On comprendra que pour toute cette œuvre hardie, il fallait que dans ma pensée , mon livre fût une action plutôt qu'une histoire.
Je dois, ici, donner au Ministère français un témoi-
gnage pubJic de reconnaissance pour le bienveillant
accueil qu'il m'a fait Un étranger ne demande jamais
en vain le pain de l'intelligence dans la métropole du monde., — la France. — Lesprécieuses archives ovi il doit rechercher les traces du passé, lui sont ouvertes avec un généreux empressement. — Ainsi tous les éléments qui m'étaient nécessaires, ont été mis à ma disposition.
Je transcris ici les deux lettres qui me furent adressées en réponse aux demandes que j'avais faites.