‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 25 sur 52 · VTILES AUX ÉVÊQUES POUR LE GOUVERMEIVIENT DE LEURS · texte numérisé non relu

VTILES AUX ÉVÊQUES POUR LE GOUVERMEIVIENT DE LEURS

DIOCÈSES. Il l'avait envoyé en présent à tous les prélats du royaume de Naples.

et sans aucune ombre cle défaut. Profondément pénétré de ces deux préceptes, Alphonse fut sur le chandelier une lampe ardente répandant partout l'éclat des plus belles vertus. 11 s'efiorça de rendre plus parfaite encore sa conduite déjà si parfaite , afin de pouvoir dire avec assurance à son peuple, et comme saint Paul: (( Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus- « Christ. »

Bien qu'obligé de passer sa vie loin de sa chère congrégation, il ne s'en sépara jamais entièrement; son cœur et son esprit furent toujours présents au milieu de ses enfants, et il exigea que le vicaire-général de l'institut lui rendît exactement compte de tout ce qui touchait aux intérêts spirituels et temporels de la société. On ne pouvait prendre sans son consentement aucune détermination tant soit peu importante, et il ne cessait par sa correspondance de contribuer avec une puissante sollicitude à l'observation des règles et au bien général de la congrégation. Quant à sa vie privée, depuis son élévation à l'épiscopat, elle fut aussi simple, aussi pauvre et aussi pénitente qu'auparavant. Il observait scrupuleusement les vœux et les règles de son institut en tout ce qui était compatible avec ses devoirs et sa dignité. Dans l'intérieur de son palais, comme quand il sortait,

on le voyîiit toujours avec riiabit de sa congrégation, sa soutane était de serge, sa simarre, son manteau et ses bas , noirs et de laine : il portait le chapelet à la ceinture comme les pères de sa compagnie, et à sa croix pectorale près il n'y avait rien dans son costume ordinaire qui le fit reconnaître pour évêque. A son extérieur négligé , à sa barbe coupée seulement avec des ciseaux , à la grossièreté de ses habits vieux et rapiécés, on était confondu d'admiration pour une pauvreté aussi parfaite. Dirons -nous que dans tout le temps de son épiscopat, il ne se fit faire qu'une seule paire de souliers, lesquels, souvent rapiécés et toujours en service, ont duré jusqu'à sa mort et sont encore conservés dans la maison de Saint-Michel des Païens? Il n'avait que deux mouchoirs , l'un blanc et l'autre de couleur, tous deux d'une toile très grossière. La canne qu'il portait à la main était tout simplement un bâton de bois avec une pomme également de bois, et a laquelle était passé un vieux cordon de soie rempli de noeuds; ce fut un jour grande peine à un prêtre de pouvoir attacher à ce bâton un cordon neuf. 11 fallut disputer et composer enfin avec l'extrême amour de pauvreté que professait le saint évêque, on ne put lui faire accepter qu'un objet de vil prix,

et huit grains (i) payorcnt toute la dépense.

11 fallait aussi que son directeur intervînt , commandant en vertu de la sainte obéissance, pour lui faire recevoir des habils neufs , ou bien ses gens le trompaient là -dessus, tantôt sur le prix, tantôtsur la qualité. Cependant il n'y avait jamais eu moyen de remplacer les guenilles qu'il portait sous la soutane, bien qu'il ne fut pas possible même de les rapiécer, tant elles étaient usées. Quelques personnes ayant demandé par dévotion a son secrétaire quelques morceaux des vêtements du saint cvèque : (( En fait de chifibns, ((répondit ce prêtre, appartenant à monseiu gneur, je ne puis vous en donner qu'en papier: « des cahiers des écritures, tant qu'il vous plaira, (( mais pour autre chose ce n'est pas possible ; <( car, en vérité, je ne saurais me déterminer ?i « oter de dessus le corps de monseigneur la seule (( culotte qu'il possède. »

Telle était l'extrême pauvreté qu'il pratiquait, qu'étant obligé de faire un voyage a Naples, il n'eut point de manteau long pour l'été, il en fit acheter un à très vil prix h la juivcrie, lequel lui servit jusqu'à sa mort. Quoique son costume ordinaire fut celui des pères de sa congrégation , il portait la soutane violette dans les fonctions

(i) Environ huit sols de notre monnaie.

épiscopales -, mais alors encore tout en accordant h sa dignité des distinctions nécessaires, il ne dérogeait en rien à sa simplicité accoutumée: tout sur lui, excepté sa ceinture, était en laine, même ses bas ; il ne voulut pas seulement d'une calotte dont la doublure était de soie. II avait h ses souliers des boucles en fer, la rouille s'y était mise dans la suite, et comme on lui demandait un jour ce que c'était que cela , il répondit plaisamment que « c'étaient des boucles (( qui venaient de pays étrangers, et qui avaient <( bien leur prix : il les avait, ajoutait-il, achetées (( a Rome pour sa consécration. » Sa croix pectorale était d'un métal commun qu'on avait doré, elle tenait par un cordon de soie verte ; les jours de solennité, il en portait une autre en vermeil entourée de pierres fausses et avec un cordon de soie tramé en or, c'était le présent d'une de ses sœurs religieuses. Il possédait encore une petite croix d'or qui avait appartenu à M""" Cavalieri , son oncle , mais il ne s'en servit que pendcmt le court séjour qu'il fit à Naples ; il avait aussi une bague de diamants qu'il avait reçue de M^" Giannini, évêque de Lettere. Son frère D. Hercule lui avait donné un carrosse et deux mules. Si l'iionneur qu'il devait h sa place lui fit accepter cet équipage, sa charité ne lui permit pas de le garder toujours. On verra plus tard l'usage qu'il fit de tous les ob-

jets de quelque valeur qui lui appartenaient. La crosse, le bougeoir et Taiguière d'argent dont il se servait dans les cérémonies solennelles étaient la propriété du chapitre de sa cathédrale. Pour lui il ne possédait qu'une aiguière de terre cuite à Tusage de sa chapelle privée, et qu'il aurait fait servir les jours de solennité, si les chanoines ne s'y fussent refusés. Dans les dernières années de son épiscopat, il remplaça dans sa messe quotidienne l'aiguière de terre par les burettes et le petit bassin , tels que les ont les simples prêtres. Les meubles du palais épiscopal , qui étaient ceux de son prédécesseur immédiat , appartenaient au chapitre de la cathédrale : le nouvel évcque ne put jamais consentir à les acheter, parce qu'ils étaient trop beaux au gré de sa modestie et de son amour pour la pauvreté; mais il ordonna aux chanoines de s'en défaire au profit de leur église -, il lui était pénible de garder chez lui des objets qui n'étaient que pour le luxe •, il se souciait fort peu de l'embellissement de sa demeure , et se contentait en ce genre de ce qui était de pure nécessité.

11 n'occupait point dans son palais les meilleurs appartements : il avait cédé les deux principales pièces à son grand-vicaire , et ne s'était réservé pour lui que deux chambres très peu commodes, l'une pour l'élç et l'autre pour l'iii-

ver. Celle-ci était partagée par un drap de lit de toile grossière qui était suspendu au mur par deux cordes, et servait ainsi de paravent: c'était un meuble d'autant plus utile que le saint évêque ne s'approchait jamais du feu. D'ailleurs rameublement de sa chambre dans son évêché n'avait rien de plus distingué que celui de sa cellule dans sa congrégation , c'était tout k fait le même dénûment et la même pauvreté, à cela près qu'étant évêque, il avait de plus un petit autel oii il disait la messe lorsque ses infirmités ne lui permettaient pas de se rendre h la chapelle ( car , tant qu'il put se soutenir, il ne manc[ua jamais de célébrer tous les jours les saints mystères, même dans ses voyages. ) 11 avait k Arienzo, ville de son diocèse, un second palais épiscopal : il l'habita long-temps pour raison de santé ; mais ce palais ne fut pas pour cela mieux pourvu que celui de Sainte -Agathe, tellement que dans le cas oii il fallait loger un étranger , on en était réduit k se faire prêter les lits, le linge et la vaisselle, et quelquefois même l'argent pour subvenir k la dépense qui pourtant n'excédait pas le plus strict nécessaire. Jamais la table d'un évêque ne fut peut-être d'une plus grande frugalité : on n'y servait que la soupe, deux plats et ensuite du fromage et quelques fruits pour le dessert j le

secrétaire, le grand-vicaire qui mangeaient avec lui , ainsi que les personnes h qui il donnait l'hospitalité , élaieiit obligés de s'en contenter sans qu'il y eut jamais aucun service différent en mets plus nombreux ou plus recherchés que de coutume. Il n'y avait, dans aucune circonstance, ni volaille, ni poisson délicat, c'était toujours la nourriture la plus commune. L'austère prélat se serait alarmé de la moindre friandise . Il avait reçu la visite d'un personnage du plus haut rang : il voulut à cette occasion prescrire lui-même ce que l'on devait servir à table, et s'en tint à l'ordinaire le plus simple. Son secrétaire jugea que cela n'était pas décent, et prit sur lui de faire ajouter encore quelque chose; comme alors Alphonse gardait le lit, il ne fut instruit de ce qui s'était passé qu'après le départ du seigneur qui était venu le visiter. 11 fit appeler le secrétaire, et avec beaucoup de douceur il lui reprocha comme un excès ce qui avait été servi de plus que de coutume , u prête tendant que c'était autant de volé aux pau- « vres ; car , dit - il , la table d'un évèque ne (( doit pas être celle d'un prince. » Dès le premier jour de son arrivée à Sainte-Agathe, après avoir réglé lui-même l'ordinaire de sa maison, il recommanda fortement h son secrétaire, qui lui servait d'économe, de ne pas s'en écarter,

et lui dit h ce sujet : « Je ne suis pas venu «pour donner à manger, je ne veux pas vous «faire manquer du nécessaire ; mais il ne doit (( pas y avoir de l'excès. Il serait affreux, tandis (( qu'il y a tant de pauvres qui meurent de faim, (( d'être ici à faire bonne chère. » Le second plat de sa table n'était que pour les personnes de sa maison ; quant h lui , il ne mangeait jamais que la soupe et le bouilli, que dans la suite il remplaça par de petits poissons. Il se refusait mcme, par mortitication , d'ajouter tous les jours à son dessert un petit morceau de fromage , il ne se l'accordait que deux fois la semaine ; ce cliétif repas lui suffisait pour toute la journée, car il ne tarda pas de s'interdire le léger souper qu'il faisait en premier lieu. Il ne fallait pas un habile cuisinier pour la maison d'un tel évêque , celui d'Alphonse semblait s'entendre avec lui pour rendre tout ce qu'il apprêtait aussi désagréable au goût que possible. Le secrétaire et le grand-vicaire s'en plaignaient continuelle-^ ment, mais notre saint trouvait toujours trop bon ce que l'on servait, et par excès de morti^ fication il mêlait, selon son ancien usage, des poudres amères à tout ce qu'il mangeait, tellement que les pauvres eux-mêmes ne voulaient pas des restes, tant l'amertume en était grande. Un frère laïc du très saint Rédempteur faisait la

Iccùirc à table, c'était ordinairement la vie des saints cvèqiies qui en était le sujet. Après le repas le grand-vicaire et autres de la cour épiscopale rentreteiiaient dos ail'aires du diocèse; la présence des plus grands personnages dans son palais ne changeait rien k l'ordre journalier. On juge assez, d'après ce que nous venons de dire, que l'état de la maison de l'évéque de Sainte-Agathe des Gots n'était pas dos plus brillants. Le grandvicaire, un autre prêtre qui servait à la fois de secrétaire, d'aumônier et d'économe, mi frère laïc de la congrégation du très saint Rédempteur, un domestique , qui était en même temps valet de chambre , cuisinier el cocher, en composaient tout le personnel. La vie si édifiante du chef et sa vigilance continuelle semblaient communiquer à tous ceux qui l'entouraient quelque chose de cet esprit dont il était lui-même animé; la vertu et la piété régnaient dans son palais, qui avait tout Tair d'une petite communauté religieuse ^ d'une régularité parfaite. 11 y avait pour la piété des exercices communs auxquels personne ne manquait de se rendre. Les étrangers même qui logeaient à l'évèché étaient appelés le soir k la récitation du chapelet et k l'examen de conscience. Le frère laïc et le domestique faisaient matin et soir une demi-heure d'oraison avec le saint évêque. 11 exigeait d'eux la fréquentation

des sacrements , et surtout il fallait que l'un et l'autre fissent la communion des mains du prélat quand il y avait office pontifical. Cette maison, vraiment cpiscopale , était un juste sujet d'édification pour tout le diocèse , et Ton admirait avec beaucoup de raison ce maître qui savait ainsi associer au mérite de ses vertus ceux qui étaient appelés au bonheur de vivre avec lui. C'était déjà une bien précieuse récompense pour les services qu'il en recevait, mais ces heureux serviteurs étaient encore récompensés par la bonté avec laquelle il les traitait : il ne leur parlait jamais qu'avec la plus grande douceur. Ses ordres ressemblaient à une prière; ils étaient souvent donnés au nom de Dieu et toujours avec l'expression d'un motif surnaturel pour l'obéissance. Enfin , notre bienheureux s'attachait encore toutes les personnes qui l'entouraient par le soin qu'il avait de leur bien-être , et le tendre intérêt qu'il leur témoignait dans l'occasion. Nous citerions à cet égard ime foule de traits d'une bonté touchante, si nous ne craignions pas de trop multiplier les détails. Sa maison était à ses yeux comme une famille dont il était le père, il la soignait avec des sentiments vraiment paternels, et avec toute l'exactitude que l'Apôtre exige en ce point de ceux qui sont appelés à gouverner l'Eglise de Dieu.

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Rien de plus admirable que la manière dont le saint cvcque remplissait ses journées. C'était toujours aussitôt après son lever qu'il prenait la discipline : cette pénitence était longue et revenait tous les jours. Il faisait la prière du matin et une demi- heure de méditation en commun avec toutes les personnes de la maison. Venaient ensuite les petites lievires, et après ime préparation d'une certaine durée, la messe que notre saint ne manquait jamais de célébrer. Il en entendait ensuite une autre que son secrétaire ou tout autre prêtre disait immédiatement après la sienne, elle lui servait d'action de grâce. C'eût été le contrister singulièrement que de le priver de cette consolation ; il se plaignit une fois avec une vive sensibilité a son secrétaire qui, s'étant absenté, n'avait pas eu soin de se faire remplacer pour cet office.

Ayant ainsi consacré au Seigneur les prémices du jour, il donnait audience à ceux qui avaient h lui parler et vaquait aux affaires de son diocèse. On verra dans la suite quels soins il donnait aux divers objets de sa sollicitude pastorale. Le temps qu'il passait à table et en récréation n'excédait pas une heure et un quart. Il recevait même alors les personnes qui le demandaient, et ne faisait pas difficulté au besoin d'expédier certaines affaires plus pressantes. Il accordait ensuite h ses gens un peu de repos; pour lui, s'il

en prenait, c'était pour quelques moments seulement, et avant de le faire il s'acquittait d'une pratique de piété dont il avait contracté l'habitude depuis son enfance : il récitait cinq psaumes en l'honneur du nom de Marie. Il lui arrivait même assez souvent de donner à l'étude les courts moments d'un sommeil presque reconnu pour nécessaire dans son pays.

Il était d'une grande exactitude h lire tous les jours les vies des saints, comme autrefois dans sa congrégation. Il lisait de préférence les vies des saints évêques, telles que celles de D. Barthélémy des martyrs, de saint François de Sales , de son oncle le vénérable serviteur de Dieu M^" Cavalieri ; il disait que dans toutes les époques de sa vie l'exemple des saints l'avait singulièrement fortifié et encouragé pour la vertu. A la suite de cette lecture il récitait vêpres et compiles, et donnait le reste de la journée aux affaires ou bien à l'étude. Il ne recevait aucune société chez lui et ne faisait point de visite le soir , mais il continuait son travail sans se permettre aucun relâche. Seulement il allait, quelquefois dans raprès-midi, faire la visite des malados : c'étaient les plus pauvres et les plus malheureux qu'il voyait le plus souvent-, jamais il n'omettait cette œuvre de miséricorde à l'égard des ecclésiastiques qui étaient retenus chez eux pour cause

d'infirniité. Il n'accordait pas senlemont la consolation de sa présence et de ses paroles , mais encore le secours de ses aumônes à ceux qui en avaient besoin. Vers la fin du jour la cloche annonçait la visite au saint Sacrement: il se rendait à r( gliso et là il suggérait, pendant une demiheure, à un peuple nombreux les motifs d'adoralion et tramour envers l'auguste Eucharistie. 11 demeurait à genoux par terre pendant tout le temps cjue durait sa visite particulière , qu'il prolongeait toujours bien au-delà du terme fixé pour le peuple. Rentré chez lui, il faisait d'abord la distribution des aumônes journalières, récitait ensuite matines et laudes avec le frère laïc, et s'occupait encore pendant une demi-heure h la méditation des choses saintes. Il y avait alors le souper, puis quelques moments d'entretien avec le grand -vicaire et autres de la famille: c'était toujours sur des sujets qui intéressaient le diocèse. On récitait après cela le chapelet , les litanies de la sainte Vierge et beaucoup d'autres prières pendant lesquelles tout le monde, étrangers et autres, prélats et seigneurs laïques, étaient obligés de rester à genoux, d'après l'invitation d'Alphonse , qui savait très bien insister là-dessus au besoin. La prière du soir faite , notre saint renvoyait ses gens et se mettait de nouveau à l'élude ou à la prière. A peu près

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vers minuit il se couchait pour se lever encore de très grand matin. Son sommeil ne durait jamais plus de cinq heures, et c'est ainsi qu'en travaillant ou priant tout le jour il est parvenu à acquérir de si grands mérites et h accomplir des travaux immenses qui semblent exiger plus que les efforts d'une longue vie toute entière.

Outre les personnes dont nous avons déjà parlé, il y avait encore auprès du saint évêque un père de sa compagnie qui lui servait d'admoniteur pour sa conduite particulière, et qui était en même temps son confesseur et son confident. Celui-ci était obligé , comme on le pense bien , de partager sa vie austère et laborieuse. Malgré tout le charme de l'amitié et de la reconnaissance pour le digne fondateur, et la plus grande admiration pour ses vertus, il ne laissait pas que d'éprouver dans sa place quelques petites peines, h cause des fatigues qui en étaient inséparables. On nous permettra de citer à ce sujet une lettre presque plaisante d'un de ces missionnaires à son confrère : « Vous desirez savoir quelque chose « de notre excellent père. Eh bien ! sachez qu'il « s'y prend si bien que les vertus qu'il fait prati- (( quer h ceux de sa maison surpassent presque (( celles qu'il pratique lui-même. Tout est ici c( travail et fatigue pour nous; on ne dort pas, (( on ne mange pas , on n'a pas un moment pour

(( respirer , et encore on ne sait si on en fait « assez. Cependant il est impossible de dire le (( zèle de notre père pour reformer ce diocèse , (( qui était tout en désordre. 11 n'en a ni repos , « ni tranquillité. . Tantôt il mande un prêtre « pour avoir avec lui un entretien particulier, (( tantôt il écrit fortement ii des curés pour a exciter leur vigilance. C'est en ce moment une « correction paternelle, tout-à-rheure il parlera «avec sévérité. Sa patience, sa fermeté et son a dévouement sont admiral)lcs : aussi le diocèse (( a-t-il déjà changé de face depuis le peu de temps (( que monseigneur le gouverne.» La vie de notre bienheureux à Sainte-Agathe était si bien une vie de sacrifice, qu'on croyait généralement qu'il succombex'ait à l'excès du travail et de la pénitence. On lui avait souvent conseillé de se modérer -, il n'en voulut rien faire, disant qu'il se devait tout entier h son église.

Le zèle qui l'animait l'empêchait de se ménager jamais quelque repos : il vivait dans une continuelle application d'esprit , malgré des maux de tête qui ne le laissaient pas un moment sans souffrance , et qui avaient par intervalle des accès très violents. 11 disait que s'il attendait pour travailler d'être en parfaite santé et sans aucune douleur, il ne ferait jamais rien. Il assurait qu'il avait toujours travaillé en souliVant de la tête.

Quelle immolation continuelle de soi-même dans ce genre de vie si pénible , et qu'il doit être grand dans le ciel celui dont le courage s'est ainsi soutenu pour la gloire de Dieu et pour sa propre sanctification pendant de si longues et si saintes années ! L'héroïsme d'une telle persévérance égale, s'il ne surpasse même pas, l'héroïsme des vertus les plus sublimes, et ces vertus sublimes, admirables, qui confondent la faiblesse et étonnent le courage même, qui s'ofirent de loin en. loin comme les plus beaux prodiges de la grâce dans les saints les plus parfaits; ces vertus, disons-nous, furent celles-là même dans lesquelles notre saint vécut constamment et persévéra jusqu'à sa mort avec une perfection toujours croissante.

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