‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 47 sur 52 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Procès de la béatification et de la canonisation du B. Alphonse.

Il y avait à peine une année que le B. Alphonse était allé recevoir sa couronne immortelle, lorsque les pères de la congrégation du très saint Rédempteur firent constater par les juges ordinaires ses vertus héroïques et les miracles opérés par son intercession. Deux procès verbaux furent dressés à cet égard, Tun à Sainte- Agathe où il avait été évèquc , et l'autre à Nocéra des Païens oîi l'on possède ses précieux restes. Quatre-vingtsept témoins, tous choisis parmi les personnes les plus recommandables par leur piété, leur savoir et leur rang dans la société, attestaient par serment dans ces pièces les fiiits héroïques et les miracles du saint évêque. Elles furent envoyées à Rome pour obtenir l'introduction de la cause de la béatification et canopisation.

Vers le même temps, des cardinaux, des archevêques , dos évoques , des vicaires capitulaires , des chapitres de cathédrale et de collégiale, des

cotps religieux, des magistrats du premier ordre, et une foule de personnages distingues du royaume des Deux - Siciles adressèrent leurs instances auprès du Saint Siège pour demander le commencement du procès. Plusieurs de ces suppliques arrivèrent trop tard pour qu'on en prît acte; cependant celles qui ont été enregistrées sont encore au nombre de quatre cent huit. On remarque parmi celles-ci , les lettres du Roi Ferdinand iv qui, aussi grand admirateur que son père des vertus d'Alphonse, donna aux démarches qui furent faites alors toute la considération due à sa personne auguste.

Ensuite de l'examen de ces suppliques, et sur le rapport du cardinal Archinto, préfet de la congrégation des Rits, il fut rendu, le 30 avril 1796, un décret pour que la cause de notre saint fut introduite. Le 4 mai suivant, le Pape Pie VI approuva ce décret, et signa de sa propre main la commission de la causé. Aussitôt fut rendu un autre décret par lequel M""^ Alphonse- Marie de Liguori fut déclaré vénérable, et des lettres rémissoriales furent expédiées dans les villes de Nocéra des Païens et de Sainte-Agathe desGoths aux juges délégués pour les informations apostoliques sur les vertus et les miracles du serviteur de Dieu.

Conformément aux décrets d'Urbain vin, il

fut constaté par un décret du 16 septembre 1797, qu'on n'avait rendu k Alphonse aucun culte illicite, et le 20 du même mois, le Pape approuva encore cette résolution. Le cardinal Archinlo, rapporteur de la cause, vint à mourir; le Pape Pie vu lui substitua, le 6 mars 1802, le cardinal Carraccioli : ce prélat fit rendre, sous la date du 27 du même mois, le décret en faveur de la validité du procès apostolique sur la réputation de sainteté du serviteur de Dieu. Le 30 avril , ce jugement fut confirmé par le souverain Pontife.

Avant d'en venir a l'examen des vertus, il fallut procéder à celui des ouvrages et des manuscrits. Cet examen eut lieu, et sur le rapport du cardinal de Saluées, qui tenait la place du cardinal Caraccioli, la sacrée congrégation des Rits décida, le 14 mai 1802, que d'après un examen théologique il ne s'était rien trouvé dans les œuvres imprimées et manuscrites du vénérable Alphonse de Liguori qui fut digne de censure, nihil censura digmim fuisse repertum , et qu'en conséquence on pouvait^z'ocet/e/* ultérieurement. Cette décision fut approuvée du Pape le 17 du même mois. Cependant comme on produisit d'autres écrits qui n'avaient pas été examinés, il fallut revenir à un nouvel examen qui cul le même résultat que le premier. Cette décision favorable

de la congrégation des Rits fut rendue le 17 septembre et approuvée le 24 du même mois. Dès le 25 août, le Pape aA'ait accordé dispense des décrets d'Urbain vni, portant qu'on ne pourrait procéder a Texamen spécial des vertus d'un serviteur de Dieu que cinquante ans après sa mort. Cet examen des vertus fut commencé le 10 Juin 1806 dans une congrégation extraordinaire dite aiiti-préparatoive ; il fut continué dans une autre congrégation prcparatoù^e du 17 février 1807 au palais Quirinal, et terminé le 28 avril dans une congrégation générale, tenue en présence du Pape Pie vu dans son palais du Quirinal. Les cardinaux et les consulteurs y déclarèrent unanimement que les vertus du vénérable Alphonse-Marie de Liguori s'étaient élevées à un degré héroïque. Cependant avant de rendre sa décision, le souverain Pontife voulut attendre quelques jours pour se donner le temps d'implorer encore mieux les lumières du saint Esprit. Ce fut le 7 du mois de mai, fête de l'Ascension de N. S. , qu'après avoir célébré la messe dans sa chapelle domestique, et avoir assisté avec les cardinaux à la messe solennelle chantée à la basilique de saint Jean de Latran, que le saint Père publia dans le chœur d'hiver de cette basilique son décret solennel sur les vertus du serviteur de Dieu; sa Sainteté proclama qu'il

(( coiislait que le vénérable serviteur de Dieu (( Alphonse-Marie de Liguori avait possédé à un « degré héroïque les vertus théologales et cardi- «nales, constare de lyenerabilis seivi Dei Âl- (.(.phonsi-Mariœ de Liguorio inrtutibus theolo- « galibus et cardinalibuSy earuinque adnexis in « gradii heroico (i). »

Il ne restait plus pour la béatification solennelle que l'examen des miracles. Parmi le grand nombre de ceux qui s'étaient opérés par Tintercession du serviteur de Dieu, on en choisit trois qui devaient être proposés dans la congrégation e\\,Y^ov^\ri?i\Yea7iti-pre'paratoire. Cette assemblée devait avoir lieu le 26 septembre 1809. Les circonstances ne permirent pas de la tenir. La captivité du Pape, la dispersion des cardinaux, l'envahissement des états romains, suspendirent la procédure. Seulement chacun remit son avis par

(i) On remarquera sans doute qu'il conste par ce décret solennel du souverain Pontife, que le B. Alphonse a possédé Za prudence^ vertu cardinale, à un degré héroïque, et cela non-seulement dans ses actions, mais encore dans ses écrits; car, comment louer la prudence d'un homme qui aurait écrit imprudemment ? En conséquence, ce décret nous paraît donner à la théologie morale du bienheureux une autorité que n'ont pas assurément tous les auteurs.

écrit sur la question des miracles au cardinal de Pietro, alors dclcguc apostolique a Rome. Après la persécution , TafFaire de la béatification du serviteur de Dieu fut reprise. Le 28 février 1815, c'est-a-dire, au bout d'environ six ans d'interruption, eut lieu au palais Quirinal la congrégation préparatoire sur les miracles; et le 5 septembre, se tint en présence du Pape, et toujours dans le palais Quirinal , la troisième congrégation générale d'usage sur la mcme cpiestion; deux miracles suffisaient, la congrégation n'en approuva que deux. Le Pape voulut prendre encore du temps pour implorer les lumières du saint Esprit ; mais le 17 septembre, jour auquel on célébrait pour la première fois dans toute l'Eglise catholique la fête de N. D. des douleurs, fut choisi par le saint Père pour la promulgation du décret en faveur des miracles, h cause de la grande dévotion du serviteur de Dieu pour les souffrances de la sainte Vierge. Ce jour-lh, après avoir offert le saint sacrifice dans sa chapelle domestique du Quirinal, sa Sainteté publia son décret par lequel elle reconnaissait deux miracles du second ordre opérés par l'intercession du vénérable Alphonse-Marie de Liguori, savoir : (( La subite « et parfaite guérison du sein de Madelaine de « Nunzio, dont la plus grande partie avait été {( coupée la veille h cause d'un ulcère gangrc-

« ncux avec la réintégration des chairs enlevées, (( ainsi que la guérison instantanée et entière (( avec rétablissement des forces du P. François « d'Ottajano, de l'ordre des mineurs réformés de u saint François, lequel était atteint d'une phtisie (( pulmonaire et d'un marasme complet. » (Ces deux miracles sont ceux qui ont été rapportés en premier lieu dans le chapitre précédent. ) « Su- « bitce perfectœcjue saiiationis mammillœ oh ulcns « gangrœnosum magna eoc parte pridiè ahscissœ « Magdalenœ de Nunzio cum deperditœ suhslan- « tiœ redintegratione; et instantaneceperfectœque « sanationis P. Francisci ab Ottajano ordinis (( minorum reformatorum sanctl Francisci à (( phtjsi puhnonali j coiifirmatoque marasmo, vi- (( ribits illico restitutis. »

Il ne restait plus qu'à prendre l'avis de tous les pères de la sacrée congrégation , pour que le nom du vénérable Alphonse-Marie de Liguori fut inscrit parmi les noms glorieux des bienheureux reconnus par l'Eglise. Il y eut, le 1 0 décembre 1815, une congrégation générale dans le palais du Quirinal en présence du souverain Pontife Pie VII. On donna unanimement un vote afiirniitif, et le 21 du même mois, jour de la fcte de l'apôtre saint Thomas, après avoir célébré le saint sacrilice dans son palais du Quirinal, le Pape publia le décret qui pcrmcllait de « pro-

AI.PTIONSE-MARIE DE I-TGUORl. 605

(( céder en surelé à la béatification du vénérable (( serviteur de Dieu Alphonse-Marie de Liguori. « T'uto procedi passe ad heatijicntionem venera- « bilis servi Dei , Àlphonsi-Mariœ de Ligiiorio. » En vertu de ce même décret, il était également permis de faire en son temps la cérémonie solennelle de la béatification dans la basilique de saint Pierre.

Cette cérémonie eut lieu le 15 septembre de l'année suivante 1816. On y mit le plus grand éclat; sur le frontispice de l'église, au-dessus de la grande loge, flottait un magnifique étendart représentant le B. Alphonse dans la gloire avec cette inscription au bas:

B. alphonso-marijE de liguorio,

NEAPOI.ITANO ,

CONGRÉGATIONIS SS. REDEMPTORIS ,

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