‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 100 sur 149 · IL EST JUSTIFIÉ · texte numérisé non relu

IL EST JUSTIFIÉ

reusement à Notre-Seigneur , il lui fut répondu que la navigation avait été réellement heureuse. La suite expliqua le mystère.

Les Religieux prisonniers souffrirent beaucoup à Alger, où ils avaient été conduits, et pratiquèrent pendant leur captivité les vertus les plus héroïques. Leur exemple et leurs exhortations convertirent plusieurs apostats , et soutinrent dans la foi un grand nombre de chrétiens esclaves ; mais le fruit le plus heureux de ce voyage fut le changement qu'il opéra dans un des religieux prisonniers , nommé Jérôme Lopez : ce jeune homme qui étudiait encore , avait très-mal édifié pendant son cours de philosophie , et on le renvoyait en Espagne , où il se proposait de quitter l'habit de la compagnie et de rentrer dans le siècle. Arrivé à Alger , il fut acheté par un renégat espagnol, qui lui offrit sur-le-champ mille ducats avec la liberté s'il voulait renoncer à la foi et prendre le turban. Ce maître impie , le vovant inébranlable , s'efforça de faire tomber son esclave dans des péchés infâmes , joignant sans cesse les menaces aux promesses , et le traitant quelquefois avec la cruauté la plus barbare. Enfin , comme les Algériens découvrirent que Lopez était de Valence, sachant qu'on avait récemment pendu dans cette ville un malfaiteur de leur nation ,

par l'événement. 169

ils voulurent par représailles , disaient-ils , brûler vif le jeune espagnol , et offrirent à son patron des sommes considérables pour l'avoir entre leurs mains et satisfaire sur lui leur rage. Ils en seraient venus à bout , si le consul de France n'eût interposé son autorité , et obtenu qu'on ne donnerait pas de suite à ce dessein.

Les dix religieux furent tous rachetés après une année d'esclavage, et Dieu voulant consoler Alphonse , qui n'avait cessé de lui demander leur liberté avec instance , permit qu'ils débarquassent à Majorque , où leur présence excita une joie difficile à dépeindre , et où l'on fut extrêmement édifié du récit de leurs souffrances et de leurs travaux apostoliques. Lopez étant passé en Espagne donna dans la compagnie toutes les marques de la sainteté la plus éminentç : après avoir été promu ou sacerdoce, il fut destiné au ministère des missions , et parcourut toute l'Espagne , opérant partout des prodiges de conversion. II mourut dans une extrême vieillesse, après avoir persévéré jusqu'à la fin dans ses courses laborieuses , et mérité le titre d'Apôtre de l'Espagne. Quand même la navigation de dix religieux n'aurait eu d'autre succès que d'affermir dans sa vocation ce grand serviteur de Dieu , c'en était assez sans doute

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