‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 13 sur 149 · MORT DE SON FILS · texte numérisé non relu

MORT DE SON FILS

consolation d'Alphonse, après les pertes douloureuses qu'il avait faites, était le jeune fils qui lui restait : cet enfant, alors âgé de trois ans, d'un extérieur aimable et doué d'excellentes qualités,faisait concevoir les plus douces espérances. Un jour son père, considérant avec les lumières de la foi la beauté de cette âme pure , vint à songer quel affreux malheur ce serait pour ce cher fils , s'il perdait un jour la grâce par un péché mortel : touché jusqu'au fond du cœur de l'injure qui en résulterait pour la majesté divine, et rempli d'une tendresse surnaturelle, qui avait en vue les intérêts éternels de son enfant , il conjura le Seigneur de retirer du monde ce petit innocent avant qu'il pût l'offenser, s'il prévoyait qu'un jour il dût violer sa sainte loi par une faute mortelle. Le généreux père fut exaucé, et Dieu asréa l'holocauste : la nuit suivante Alphonse crut voir son fils dans l'état d'un cadavre qu'on va porter à la sépulture, et avant la fin du mois il assista à ses funérailles , s'estimant heureux de lui avoir assuré le ciel par un acte d'héroïsme , qui fut peut-être peu inférieur au sacrifice d'Abraham, puisqu'il n'était pas seulementl'effet de l'obéissance, mais celui de la charité. Les derniers liens qui retenaient encore Alphonse clans le monde étaient rompus ; il avait peu auparavant fermé les yeux à sa mère, et ses

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sœurs ne demandaient qu'à s'enfoncer de plus en plus dans la retraite pour ne s'occuper que de leur salut : il se détermina donc à se donner lui-même à Dieu sans réserve en embrassant l'état religieux. Il fut sans doute confirmé clans cette intention par le souvenir d'un songe mystérieux qu'il avait eu , et dont le P. Martinez , son confesseur, lui avait donné l'explication.

Il lui sembla qu'il voyait pendant son sommeil . au sommet d'une haute tour , une nuée épaisse d'oiseaux, dont la couleur avait quelque chose de sinistre , et qui obscurcissaient le ciel : tout à coup paraît une belle colombe d'une blancheur éblouissante , qui porte ^ra\ée sur son cou le nom de Jésus en caractères d'argent ; elle fond sur cette foule de noirs ennemis , les combat et les disperse. Bientôt la nuée se forme de nouveau , et l'armée vaincue se présente une seconde fois au combat : la colombe intrépide les attaque encore avec le même succès. Enfin après une troisième tentative de ces oiseaux lugubres, la colombe les détruit entièrement , et demeure pleinement victorieuse. Le directeur d'Alphonse n'hésita pas à lui dire que ce songe annonçait la lutte qu'il aurait à soutenir contre les puissances de l'enfer et la victoire qu'il remporterait sur elles dans la compagnie dont le nom de Jésus fait la confiance et la force.

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Pour exécuter son projet avec plus de sécurité , il quitta sa patrie , èl après avoir renoncé en faveur de ses sœurs à tout ce qu'il avait , il vint en habit de pauvre se mettre entre les mains du P. Santander, alors Recteur du collège des Jésuites à Valence. Celui-ci , afin de lui donner le temps de réfléchir mûrement à sa vocation, lui conseilla d'étudier la grammaire , et pour lui procurer des moyens d'existence , il le plaça chez des personnes qui confièrent à ses soins leur jeune enfant qu'il conduisait au collège. Alphonse Rodriguez se mit donc à étudier avec application la langue latine à l'âge de plus de trente ans , sans négliger pour cela ses exercices de piété. On le voyait fréquenter les sacrements comme à Ségovie , et toute sa conduite était si édifiante qu'on le regardait comme un saint dans la maison où il habitait. C'est ainsi qu'il cherchait à attirer sur lui les bénédiction du Ciel , et à connaître plus clairement la volonté du Seigneur.

Mais le démon , qui prévoyait bien les progrès que l'homme de Dieu ferait dans la vertu s'il entrait une fois en religion , lui tendit un piège d'autant plus dangereux qu'il devait plus sûrement le détourner de sa vocation. Alphonse avait remarqué dans la classe un pauvre écolier qui paraissait être du même âge que lui ; ses

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