‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 133 sur 149 · LES VERTUS D ALPHONSE , ETC · texte numérisé non relu

LES VERTUS D ALPHONSE , ETC

hommes. Entre toutes !es grâces spirituelles dues à son intercession, nous citerons la suivante :

Une femme très-âgéè , mère de deux filles vertueuses , avait entièrement oublié le soin de son salut : les tentatives qu'avaient faites auprès d'elle plusieurs religieux et ecclésiastiques pour la ramener à de meilleurs sentiments étaient demeurées sans effet. Ses filles , désolées de cet endurcissement , recoururent aux moyens surnaturels , et firent une neuvaine au tombeau d'Alphonse pour obtenir le salut d'une ame qui leur était si chère: le dernier jour , rentrant ensemble dans leur maison , elles furent agréablement surprises de trouver leur mère complètement changée, et de l'entendre demander un Père du collège, parce qu'elle voulait , dit-elle, lui faire sa confession. Il ne fut pas difficile de reconnaître l'intervention miraculeuse du Bienheureux dans cette conversion aussi subite qu'inespérée.

Voici des prodiges d'un autre genre , et qui feront plus d'impression sur l'esprit de la plupart des lecteurs. On doit mettre au premier rang la conservation miraculeuse du corps d'Alphonse : sept ans après sa mort , le P. Troas, alors Recteur du collège de AJarjorque , reçut du P. Vitelleschi , Général de la compagnie de Jésus, l'ordre d'envoyer à Rome quelque portion

des ossements du saint frère ; en conséquence il fallut procédera l'ouverture de la fosse , qui était profonde : le caveau où on l'avait creusée était fort humide à cause du voisinage de la rue et des pluies abondantes qui étaient tombées cette année, et on trouva !e tombeau d'Alphonse rempli d'eau ; cependant on reconnut avec admiration que le corps du Bienheureux était tout entier , et n'exhalait aucune mauvaise odeur ; tous ceux qui étaient présents l'attestèrent depuis avec serment. On détacha un bras, qui fut envoyé à Rome , et ensuite on porta le précieux dépôt dans la chapelle de la sainte Vierge, d'où il fut transféré à côté du grand autel.

Les faits que nous allons rapporter avaient précédé cet événement de plusieurs années. Le 21 janvier 1620, Hiéronyme Sungnier revenant de l'église des Jésuites, où elle avait communié , voulut traverser la rue pour éviter une voiture ; elle se trouva tout à coup devant les mulets qui la traînaient , et se laissa tomber de frayeur. Dans ce pressant danger cette femme se recommanda au frère Alphonse, et ce ne fut pas en vain , car le Bienheureux lui apparut pour la rassurer ; cependant les mulets et les roues avaient passé sur son corps , et devaient naturellement l'avoir écrasée : on accourut de toutes parts , croyant la trouver

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morte : mais quand on la releva , elle n'avait aucun mal. Tout le peuple s'écriant qu'il y avait là du prodige, et demandant quelle pouvait en être la cause , la bonne femme raconta sur-lechamp la prière qu'elle avait faite au Bienheureux, et l'apparition qui avait été le gage de sa protection si merveilleuse.

Le fait suivant est d'autant plus singulier que la malade , bien loin de mériter par sa foi une guérison miraculeuse, s'en était rendue entièrement indigne par le mépris affecté qu'elle avait fait de la protection d'Alphonse. Françoise Aleman , femme d'Antoine Ginard , avait depuis deux mois une enflure considérable et souffrait de très-vives douleurs dans la partie du corps où elle était fixée. Son mari s'était procuré un morceau des vêtements d'Alphonse , et pressait sa femme de l'appliquer sur son mal en invoquant le Bienheureux. Mais Françoise était bien éloignée de partager sa piété et sa confiance : a Hé quoi ! répondait-elle avec obstination , manquons-nous de prolecteurs dans le ciel? qu'est-il besoin de s'adresser à ce nouveau venu ? ce bon frère ne sera jamais mon Saint. » Cependant les souffrances augmentèrent à un tel point que la malade, après avoir inutilement essayé tous les remèdes , fut réduite enfin à recourir au moyen qu'elle avait d'abord dédaigné.

Prenant donc la relique, elle dit en la plaçant sur le mal : « Hé bien î nous allons voir si le frère Alphonse est aussi puissant qu'on le prétend. » Puis entrant clans des sentiments plus chrétiens, elle récita l'oraison dominicale. Aussitôt le dépôt s'ouvrit : il en sortit une prodigieuse quantité d'humeur , et la guérison fut opérée. Françoise , confuse du peu de respect qu'elle avait témoigné pour le serviteur de Dieu, fit éclater hautement sa reconnaissance, et conçut pour lui ia plus tendre dévotion.

En février 1 618, une fille de trente-huit ans, nommée Jeanne Companga , perdit par un refroidissement l'usage du liras gauche , et depuis huit mois entiers eile ne pouvait ni s'en servir -ni même le mouvoir ; elle eut recours à l'intercession d'Alphonse , et commença une neuvaine en son honneur. N'ayant pu se procurer une relique du Bienheureux, elle plaça sur son sépulcre un morceau de drap qu'elle retira au bout de trois jours. Rentrée chez elle avec l'aide d'une de ses tantes , elle enveloppe le bras paralysé de l'étoffe qu'elle regardait comme consacrée par l'attouchement du saint tombeau : elle ne se trompait pas ; le membre malade reprit à l'instant sa force et sa souplesse, et cette guérison fut aussi constante qu'elle avait été subite.

Anne Hianca avait un fils de six ans qui se trouvait en danger de mort par suite d'une chute qu'il avait faite. Son mari , qui était chirurgien , avait épuisé vainement toutes les ressources de son art ; i) n'y avait plus d'espérance. La mère chercha dans le pouvoir d'Alphonse auprès de Dieu une ressource que les remèdes humains lui refusaient : sa foi lui faisait désirer aller sur la sépulture du saint frère le prier pour le malade ; mais elle était retenue par la crainte de le trouver mort à son retour ; enfin, la confiance l'emporta sur les inquiétudes maternelles. Anne se rend au collège des Jésuites , et prosternée sur le tombeau d'Alphonse , elle lui demande avec ferveur la conservation des jours de son fils. Quel fut son étonnement en ouvrant la porte de sa maison ! loin de trouver l'enfant mort , elle le voit qui court dans l'appartement et joue avec son jeune frère. Dans l'intervalle, le malade avait recouvré une santé parfaite, s'était habillé lui-même, et avait préparé à sa mère la plus agréable surprise.

L'an 1619, le 13 décembre, Balthasar Puigdor , jeune enfant . tomba d'une terrasse qui avait douze toises d'élévation : la mère, qui était veuve et n'avait que ce fils , fut témoin de cet accident ; ne pouvant secourir le jeune

Ballhasar dont la mort paraissait certaine , elle le voua au frère Alphonse. L'enfant était tombé la tète la première ; mais une force invisible avait changé la direction de sa chute , et la mère qui accourait , le trouva debout et sans aucune blessure.

I ne jeune fille, a ppelée Isabelle Puigcervera , buvant de l'eau avec précipitation , avala une sangsue : en vain s'efforça-t-elle de la rejeter , l'animal s'était attaché aux parois de l'estomac , et les déchirait de ses morsures. Les médecins ne purent expulser par leurs remèdes cet ennemi intérieur qui causait à la malade d'affreuses convulsions ; et sa mère , voyant qu'il n'y avait pas un moment à perdre , fit venir un prêtre pour la confesser : mais il n'était plus temps ; les douleurs étaient devenues si atroces qu'Isabelle avait perdu connaissance. Sa mère , la voyant dans le délire , et sentant que la mort approchait, s'écria pleine de confiance : n Saint frère Alphonse , pourquoi nous abandonnezvous dans celte extrémité? Je fais vœu , si vous venez à notre secours , de jeûner au pain et à l'eau tous les vendredis pendant le reste de ma vie. » Elle n'eut pas plutôt prononcé ces paroles que sa fille rejeta la sangsue : elle se leva au même moment et reprit son travail ; en sorte qu'un si terrible accident n'eut pour elle aucune suite fâcheuse.

Françoise Gil , épouse de Jean Villanova , avait un fils de quatre ans , nommé Raphaël , qui était tourmenté depuis sa naissance d'une énorme tumeur causée par une rupture du côté droit de l'aine , en sorte qu'il ne pouvait se tenir debout sans avoir le corps fortement lié dans cette partie. Une nuit de l'année 1627, que ce pauvre enfant souffrait de cruelles douleurs de son mal ordinaire , auquel s'était jointe une fièvre brûlante , la mère voulut enlever la ligature pour mieux l'assujettir : à la vue de l'affreuse lumeur, elle se sentit touchée d'une compassion plus vive que de coutume pour le triste état du petit Raphaël , et l'exhorta à se recommander au bienheureux Alphonse en lui demandant sa guérison. Le malade sentit naître dans son cœur une confiance surnaturelle , et élevant sa voix innocente , il pria le saint frère avec une confiance extraordinaire pour son âge. Il demanda en même temps avec instance une image de celui qu'on lui donnait pour protecteur : comme on ne distribuait pas encore des portraits d'Alphonse , la mère , pour conienter son enfant , lui donna la première image venue , lui laissant entendre que c'était celle qu'il demandait. Raphaël la prend avec joie , la place sur la partie malade et continue sa prière. Deux jours se passent , après lesquels Françoise Gil

enlève de nouveau le bandage, et trouve que le mal a disparu. Elle interroge son enfant pour sasoir comment la chose a pu se faire , et il répond que ccîte nuit-là même Alphonse s'est montré à lui , a louché la tumeur sans lui faire aucun mal , et qu'à l'instant il a été guéri.

« Mais quelle était la ligure de celui qui t'a guéri ? ajouta la mère. — C'était un vieillard,» répond Raphaël. Alors le père de l'enfant voulant s'assurer s'il savait distinguer un vieillard d'une personne moins avancée en âge. « Et moi , dit-il , que suis-je ? — Vous êtes jeune , reprend son fils, et Alphonse est vieux. » Cette réponse , jointe à la guérison que l'on avait sous les yeux , et qui fut constante , ne permit pas de douter que le Bienheureux ne fût l'auteur du prodige.

Un autre enfant , âgé de trois ans , dont le nom était Gabriel Vasquez , et qui ne parlait pas encore , dépérissait à vue d'œil , et ses forces diminuant toujours sans que les médecins pussent arrêter les progrès du mal , il se trouva bientôt réduit à l'extrémité. Sa mère , Jeanne Catalana, levant les yeux au ciel : « C'est à vous , dit-elle , bienheureux frère Alphonse, que celte cure est réservée ; puisque les médecins abandonnent mon fils, je le mets sous votre protection ; conservez-moi la vie, el je promets

une neuvaine à votre tombeau , une messe en votre honneur et un tableau qui perpétuera la mémoire de ce bienfait. » La prière n'était pas terminée , et déjà l'enfant était guéri ; ne pouvant s'expliquer par ses paroles , il regardait sa mère avec un doux sourire , et lui exprimait son contentement par ses gestes et ses caresses. Celle-ci, en croyant à peine ses veux, et oubliant qu'elle ne pouvait naturellement obtenir une réponse d'un enfant dont la langue n'était pas encore déliée, s'écria dans le transport de sa joie : « Eh ! qui vous a donc guéri , mon cher fils? — C'est le frère Alphonse Rodriguez , » répond le petit Gabriel en balbutiant , Dieu \ouIantque ce second miracle devint la preuve évidente du premier.

Une pauvre femme . appelée Anne Figuerola , était depuis longtemps consumée par une fièvre opiniâtre qui lui causait de grands maux de tête et de fréquents évanouissements. Son indigence ne lui permettant pas de faire appeler un médecin , elle envoyait de temps en temps demander des conseils aux gens de l'art par l'organe d'un de se^ voisins, homme de bien , qui se nommait Nicolas Leva. On lui prescrivit des saignées dont elle n'éprouva aucun soulagement : dans cette situation , ayant perdu tout espoir de recouvrer la santé , elle fut visitée par

une de ses sœurs , et la conversation tomba sur un miracle opéré récemment par l'intercession d'Alphonse. Ce récit remplit Anne Figuerola de confiance dans les mérites du saint frère; elle ordonna sur-le-champ à un de ses fils , âgé de dix ans, d'aller réciter à son intention un rosaire sur la sépulture d'Alphonse , et de faire ensuite toucher son chapelet à son tombeau. L'enfant s'acquitta de celte commission avec une grande piété, et rapporta le chapelet à sa more , qui le plaça avec respect sur sa tête : à l'instant les douleurs cessèrent, et la malade se trouva si bien qu'elle se croyait déjà guérie. La nuit étant survenue , elle ne cessait de prier Alphonse d'achever son ouvrage , et de ne pas permettre qu'elle lut enlevée à ses pauvres enfants , à qui elle était si nécessaire. Tout à cou;) Alphonse parait à ses yeux , et quoiqu'il n'y eût point de flambeau allumé , la lumière qui environnait le Bienheureux était si vive qu'elle fit succéder à la nuit l'éclat du plus beau jour. A cette vue la bonne femme se met à pleurer, et conjure son saint protecteur d'avoir pitié de ses trois enfants en bas âge, qu'elle lui montrait couchés dans un coin de la chambre. Alphonse la regardant avec bonté lui répondit par une inclination de tète , signe delà disposition où il était de l'exaucer ; et comme la malade voulait lui baiser la main il

disparut. Anne s'endormit à l'instant , et à son réveil elle se trouva pleine de santé et de vigueur, se leva . s'habilla sans aucune peine , et reprit ses travaux accoutumés.

Le Bienheureux apparut encore en 1623 à un malade abandonné des médecins. 11 avait déjà reçu l'extrème-onction , lorsqu'il demanda et obtint une relique du saint frère : la sainte Vierge se montra à lui la nuit suivante; elle avait à sa droite saint Ignace et Alphonse , et dit au moribond : a Mon fils , ne craignez rien ; je viens à votre secours. A l'instant il recouvra la santé , et le médecin , qui s'en assura par luimême dès qu'il fut jour, déclara hautement que la guérison était miraculeuse. Ce fait est tiré des annales du collège de Majorque.

Ce ne fut pas seulement dans le royaume où il était mort que le serviteur de Dieu donna des marques de sa poissante protection aux personnes qui l'insoquaient avec confiance; la bonne odeur de ses vertus se répandit jusque dans les contrées les plus éloignées , et en propageant la dévotion au Bienheureux elle multiplia partout les prodiges. La nouvelle des miracles opérés par son intercession parvint à Cambrai , dont Charles Colonna était alors gouverneur : ce seigneur avait connu Alphonse à Majorque, et son épouse Marguerite Liquerque faisait profession

d'une vénération singulière pour le saint Religieux ; ces illustres époux se rirent un devoir de piété de répandre des relations manuscrites des vertus et des miracles d'Alphonse. Les soldats de la garnison s'en procurèrent , et l'un d'eux dont la femme était en danger de mort, lui conseilla de recourir au nouveau thaumaturge. La malade , que le chirurgien du régiment avait condamnée , se fut à peine rendue au désir de son mari qu'elle se sentit soulagée.

Pour épargner au lecteur des répétitions et des longueurs, j'omets un srand nombre de faits également miraculeux ; je me contenterai de dire que dans une seule année plus de cent guérisons furent opérées par les reliques du bienheureux frère , ou par les fleurs qu'on avait déposées sur son tombeau. On remarque que plusieurs de ces faveurs ont été accordées à des femmes qui se trouvaient dans un état tout à fait désespérant. Les démons eux-mêmes publièrent , en sortant des corps qu'ils possédaient , qu'ils étaient chassés par la vertu d'un saint , mort récemment dans l'île de Majorque , ce qui arriva surtout à Bruxelles et dans l'Aragon, Et une chose non moins extraordinaire , c'est qu'on s'aperçut en lavant le linge dont Alphonse s'était servi, qu'il s'en exhalait une odeur trèssuave , en sorte qu'on distingua pendant trois

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