‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 50 sur 149 · SA DÉVOTION POUR LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

SA DÉVOTION POUR LA SAINTE VIERGE

reine du ciel; c'était sa mère, mais une mère cé'este qu'il chérissait à proportion des perfections ineffables qu'il découvrait en elle. Il ne savait qu'imaginer pour lui témoigner son dévouement filial : toutes les fois qu'il put en obtenir la permission , il jeûna rigoureusement tous les samedis en son honneur, et il se préparait à ses fêtes par des mortifications de toute espèce, dans lesquelles il n'aurait gardé aucune mesure si on ne l'eût arrêté. Il avait toujours entre les mains son rosaire, et après sa mort on s'aperçut que le pouce et l'index de sa main droite étaient couverts d'un caîus produit par ie frottement continuel des grains de cette sainte couronne de Marie. Il avait composé plusieurs oraisons très-dévotes qu'il adressait souvent à son aimable Maîtresse : elle était sans cesse présente à son esprit ; il ne demandait rien à Dieu que par le nom de Marie, et il conseillait aux autres cette sainte pratique. Le P. François Collin, qui a écrit en espagnol la vie du Bienheureux , vers Tan I 652 , étant sur le point de quitter le collège de Majorque , où il avait passé six ans avec Alphonse, entra le soir dans sa chambre pour lui faire ses adieux : il trouva le saint frère tellement ravi en Dieu qu'il put lui baiser les pieds avec vénération , sans qu'il s'en aperçût. Alphonse étant revenu à lui dans ce

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moment , et voyant un prêtre dans cette humble posture , fut rempli de confusion , et son visage se couvrit de routeur : sans lui donner le temps de faire aucune réflexion , le P. Collin lui dit : Mon frère , je vais partir ; laissez-moi un souvenir spirituel qui me rappelle les année? que nous avons passées ensemble. Le bon vieillard répondit sans hésiter : « Quand vous voudrez obtenir quelque chose de Dieu , demandezle avec confiance à la très-sainte Vierge, et soyez sûr de l'obtenir. »

Mais si notre Bienheureux inspirait à ceux qui l'approchaient de recourir à Marie dans tous leurs besoins , il ne négligeait non plus aucune occasion de faire son éloge et de soutenir ses privilèges. Alphonse honorait d'un culto particulier l'Immaculée Conception de la Reine des vierges et sa glorieuse Assomption dans le ciel; il défendait avec autant de zèle que de solidité ces pieuses croyances , persuadé qu'il importe également à l'honneur de la Mère et du Fils quen'âme de Marie ait été toute pure dès sa conception , et que son corps virginal soit dès à présent glorifié dans le ciel. Marie semblait se complaire dans l'ardeur avec laquelle Alphonse soutenait les intérêts de sa gloire : elle lui ordonna par deux fois d'écrire toutes les prières qu'il lui adressait ; elle lui fit con~

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naître clans une autre circonstance qu'elle était surtout sensible au culte qu'il rendait à sa Conception Immaculée , et lui inspira la ferme résolution d'en être partout le panégyriste et l'apôtre : Aussi Alphonse , si réservé d'ailleurs , prenait feu quand il s'agissait de cette prérogative de Marie; il disait hautement qu'un sûr moyen de plaire à Jésus-Christ f c'était de croire que sa Mère avait été conçue sans souillure , et de Thonorer en cette qualité. Non content de réciter l'office de l'Immaculée Conception, il en faisait des copies qu'il distribuait aux élèves du collège , leur déclarant que cette prière leur serait très-utile pour conserver la pureté du cœur ; il ne craignait pas même de dire hautement que la compagnie de Jésus avait été en partie fondée pour défendre et propager cette dévotion , ajoutant que si le père Recteur voulait le lui permettre, il irait la prêcher dans les rues et les places publiques ; enfin , entendant un jour deux Pères du collège qui agitaient cette question , il s'approcha , et prenant part à la conversation :« Je sais, dit-il d'un ton assuré, que la Mère de Dieu a été conçue sans péché. — Et de qui l'avez-vous donc appris ? demanda l'un des Pères. — De Marie elle-même , » répondit Alphonse.

La très-sainte Vierge voulut témoigner par

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un prodige surprenant combien ce zèle d'Alphonse lui était agréable. On célébra l'année '1580 , à Majorque la l'été de l'Immaculée Conception avec beaucouj) de pompe ; ce jour-là même un ouragan , semblable à ceux qui ravagent quelquefois les Antilles, fondit tout à coup sur la ville , et la violence du vent fut telle que de tous côtés on entendit des voix lamentables qui exprimaient la crainte où l'on était des plus terribles accidents ; un mur du collège venait de s'écrouler , et plusieurs personnes avaient été ensevelies sous (es ruines. Comme on redoutait de plus grands malheurs , tous les Religieux se hâtaient de sortir de la maison , qui pouvait être renversée à chaque instant. Le père Recteur apercevant derrière lui Alphonse qui se retirait avec les autres : « Que faites-vous là, mon frère? lui dit-il. Allez bien vite à l'église pour conjurer la colère du Seigneur. » Alphonse obéit , et à peine avait-il fléchi les genoux devant l'autel , et imploré le secours de Marie, que la tempête s'apaisa tout à coup, en sorte qu'on eut le temps de retirer vivants de dessous les décombres ceux qui avaient failli devenir les victimes de ce terrible fléau.

La dévotion d'Alphonse pour l'assomption triomphante de Marie dans le ciel fut aussi récompensée d'une manière bien admirable. Etant

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encore à Ségovie , Alphonse avait été ravi en esprit le jour même de cette fêle : Marie le reçut au milieu de la cour céleste , avant à sa droite l'Ange gardien d'Alphonse , et à sa gauche saint François d'Assise , l'un de ses plus insignes protecteurs. La Reine du ciel présenta ensuite son cher favori au Père éternel ; et l'accueil plein de bonté qu'il reçut du souverain Maître le combla d'une joie si vive , que tout hors de lui-même il ne pouvait plus se retrouver dans les rues en sortant de l'église où cette faveur lui fut accordée. Il raconte une autre vision qu'il eut le même jour , quinzième d'août pendant son séjour à Majorque : il vit les Anges aller au-devant de leur Reine , et il l'accompagna jusque dans le ciel , où il fut introduit . mêlé aux esprits bienheureux. Là les légions innombrables de la milice céleste attendaient leur Souveraine dans un ordre admirable : leurs acclamations et leurs concerts avaient quelque chose de si ravissant qu'il suffirait d'entendre un seul de leurs cantiques pour entrer , dit Alphonse , dans une extase qui durerait plusieurs années. Enfin la Mère de Jésus fut présentée à l'auguste Trinité ; et alors , continue l'heureux témoin de ce divin spectacle , la joie du ciel fut si grande et le bonheur de ses habitants si ineffable que les paroles manquent pour

LE JOUR DE l/ ASSOMPTION. 97

l'exprimer. Alphonse ajoute qu'il voyait tous les An#i>eset distinguait clairement toutes leurs voix, quoique le lieu où ils se trouvaient lui parût presque sans bornes , et qu'ils fussent séparés par d'immenses intervalles; il les connaissait aussi parfaitement que si son âme eût été confondue avec chacun d'eux. Enfin il avertit que ce ravissement avait eu lieu pendant qu'il était dans sa chambre , et qu'il ne pouvait dire ni combien tout cela avait duré , ni s'il fut enlevé dans le ciel en corps et en âme, ou seulement en esprit.

Comme Alphonse s'occupait continuellement de Marie , il en parlait aussi en toute occasion , et ii avait reçu un don particulier pour inspirer la confiance en la Mère de grâce et de miséricorde. Lorsqu'il tenait ces discours , il était comme hors de lui , et il lui arriva même dans la chambre du père Recteur que, celui-ci ayant par hasard prononcé le nom de Marie , « Je sens qu'elle vient , s'écria-t-il ; la voilà ! la voilà ! » Le Recteur , ne \oulant pas mettre obstacle à la visite céleste par sa présence , se retira et laissa la place à la Reine du ciel.

Il serait trop long de raconter les marques d'une tendresse vraiment maternelle que Marie prodiguait à son enfant de prédilection ; nous citerons seulement les plus remarquables. Alphonse était en proie à une affreuse tentation

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de désespoir ; il eut recours à la récitation du rosaire; et pour rendre cette arme plus efficace, dans chaque Ave il ajoutait à ces paroles , « Sainte Marie , Mère de Dieu , » celles-ci : «Souvenez-vous de moi. » Le combat devenait de plus en plus furieux ; enfin Alphonse , pressé par son ennemi ., éle\ a la voix et cria avec force : « Souvenez-vous de moi , ô ma Mère ! venez à mon secours ; je péris ! » Aussitôt Marie se montre , et l'orage se dissipe a sa vue. Le démon lui mit un jour dans l'esprit qu'il perdait son temps à acquérir des mérites , puisque tous ses efforts devaient aboutir à une chute si profonde qu'elle scandaliserait autant que son exemple avait édifié jusqu'alors. L'esprit des ténèbres agissait si \i\ement sur l'imagination d'Alphonse, que la chose lui paraissait certaine : sa peine était inexprimable; il invoque Marie : elle paraît , et lui dit amoureusement : « Alphonse , mon cher fils , là où je suis lu n'as rien à craindre. » Un jour que le saint homme était accablé des douleurs du corps et des souffrances de l'àme , une troupe de démons lui apparut sous les formes les plus monstrueuses , et après l'avoir insulté en mille manières : a Où est ta Marie? » lui demandèrent-ils avec une ironie infernale. Marie n'abandonna pas son Alphonse ; elle se manifesta dans toute sa

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