LIVRE SECOND
Jusqu'à présent nous avons considéré Alphonse sur l'humble théâtre où la Providence l'avait placé , travaillant dans l'obscurité à sa propre sanctification , et s'efforçant de dérober même aux regards de ses frères les faveurs surnaturelles dont il était l'objet. Il ne tint pas à lui que sa vie entière ne s'écoulât dans l'exercice des vertus les plus cachées , et que sa sainteté éminente n'eût d'autre témoin que son Dieu ; mais le Seigneur , qui se plaît à glorifier les humbles, ne permit pas que cette lumière fût toujours sous le boisseau , et il voulut rendre sensibles les trésors de grâce dont il avait enrichi l'âme de son serviteur par les merveilles qui illustrèrent ses dernières années.
C'en était une bien admirable que la haute science du Bienheureux dans les choses spirituelles , et l'on se demandait avec étonnement
I 1 4 SCIENCE D'APHO.NSE
comment cet homme presque sans études , qui n'avait jamais eu qu'une connaissance superficielle de la langue latine , et n'était point initié aux secrets de la philosophie et de la théologie scolastique , pouvait parler si pertinemment sur les matières les plus relevées, en sorte que les maîtres eux-mêmes l'écoulaient avec respect, et confessaient publiquement qu'ils en apprenaient plus dans ses conversations que dans les plus doctes recherches.
Tous les dimanches , il y avait dans le collège une assemblée de congrégation ; là se réunissaient des curés , des docteurs , des gradués en droit civil et en droit canon , des ecclésiastiques et des laïques recommandables par leur piété et leurs lumières : on y traitait ordinairement d'une vertu chrétienne ; le Père de la congrégation disait le premier sentiment , et interrogeait ensuite quelques-uns des congréganistes. Alphonse assistait toujours à cette pieuse réunion ; on lui demandait de temps en temps son avis ; ii s'excusait d'abord de prendre la parole après tant de personnages éclairés , devant lesquels il ne devait pas , disait-il , ouvrir la bouche : mais , pressé de manière à ne pouvoir s'en défendre davantage , ii s'expliquait avec tant de force et de justesse , employait des termes si propres, et discourait enfin d'une