‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 8 sur 149 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Dieu , qui est admirable dans ses Saints , se plaît souvent à cacher aux yeux des hommes les vertus les plus héroïques de ses serviteurs, pour les environner ensuite d'une gloire d'autant plus pure qu'elle ne commence qu'à leur mort. Telle a été la conduite de la Providence sur Alphonse Rodriguez, religieux de la compagnie de Jésus, dont la vie fut très-obscure au jugement du monde , et que le chef de l'Eglise vient de choisir parmi une foule de personnages illustres par une haute sainteté et de très-grandes actions , pour le placer au rang de6 Bienheureux.

Ségovie fut la patrie d'Alphonse ; il naquit le 25 juillet de l'année 1531 , jour consacré à la mémoire de l'apôtre saint Jacques ; saint Ignace étudiait aiors à l'université de Paris. Le père d'Alphonse , Diego Rodriguez , honnête marchand , et sa mère , Marie Gomez , vivaient

15 NAISSANCE ET ÉDUCATION d'aI.PB., ETC.

honorablement de leur négoce , quoiqu'ils eussent à soutenir une famille nombreuse , composée de sept garçons et de quatre filles. Fervents chrétiens , ils élevèrent, le jeune Alphonse dans la crainte de Dieu et la dévotion à Marie , dont le culte fut cher à cet enfant de bénédiction avant même qu'il en pût connaître l'excellence : dès l'âge le plus tendre on le voyait s'emparer avec empressement de ses images , les baiser avec la plus tendre dévotion ; il les pressait contre son cœur , et on ne pouvait les lui arracher sans faire couler ses larmes. Dèsqu'il apercevait dans un tableau l'image de celle qu'il regardait déjà comme sa bonne mère, il le fixait d'un air plein d'amour, en lui parlant le langage d'une confiance toute filiale. Un jour il lui dit avec simplicité : a Oh ï si vous saviez combien je vous aime ! vous n'avez pas sutant d'amour pour moi que je n'en ai pour vous. » A peine avait-il prononcé ces paroles que la très-sainte Vierge , se montrant à lui d'une manière sensible , et jetant sur lui un regard de tendresse , lui adressa ce doux reproche : a Que dis-tu là. mon fils ! l'amour que j'ai pour loi est si grand que le tien ne pourra jamais l'égaler. » Alphonse eut cette apparition, lorsqu'il n'avait encore que quatre ans. II en avait douze, lorsque deux des premiers Pères de la compagnie de Jésus, qui fut

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