‹ Vie du DanteChapitre 5 sur 9 · CHANT XXXIII ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHANT XXXIII ET DERNIER

Dans une invocation finale à la Reine des cieux, enfant du Dieu qu'elle a enfanté, foyer de charité poui les Elus et d'espérance pour les mortels, vase de miséricorde, de pitié et de toute bonté, saint Bernard demande pour Dante, éprouvé par un triple voyage, la force de contempler la Beauté suprême, et la grâce de conserver ensuite des sen-

timents droits et un cœur pur.

Touchée de cette ardente prière, Marie élevait ses regards

LE PARADIS

au plus haut des cieux, comme pour la porter aux pieds de l'Eternel, lorsque, sur un signe et un sourire de Bernard, Dante s'attachant au rayon qui frappe ses yeux, le suit jusqu'au sein de la lumière éternelle.

Le poète s'arrête encore ici, et se déclare impuissant à décrire ce qu'il a vu. Semblable à un homme qui a fait un beau rêve, et qui n'a conservé au réveil qu'une impression sans aucun souvenir distinct, il n'aspire pas à peindre la lumière incréée ; il ne veut que retrouver dans son esprit quelque chose de son image, content si de ses vers il peut jaillir dans la postérité une étincelle de sa gloire.

Dante a vu, dans les profondeurs du foyer divin, l'Archétype de l'univers, un et triple à la fois, confondant en lui la substance et l'accident, les qualités et les modes, de manière à former dans une lumière pure un être simple. Il reste immobile, tout entier à ce grand spectacle. Mais le point unique, objet où se concentre son attention, semblait se transformer à mesure que sa vue, fortifiée par son intuition même, devenait plus pénétrante. — Il distingue au milieu de ce foyer trois cercles de même grandeur et de couleurs différentes, dont deux semblaient réfléchis l'un par l'autre, comme les orbes concentriques de l'arc-en-ciel; et le troisième avait l'apparence d'une flamme jaillie en même temps des deux autres cercles.

Emerveillé de plus en plus à cette manifestation des trois Personnes, il découvre au sein de la divine fournaise une face humaine qui lui paraît s'adapter au cercle, et se localiser en lui. Pour pénétrer ce dernier mystère, il avait besoin d'une grâce spéciale, et cette grâce ne lui manque pas. — Un éclair vient embraser son âme, et dans une extase sublime, il atteint au faîte de ses désirs.

LE PARADIS

Mais ce bonheur n'est que d'un instant ; tant il dépasse la mesure de ses forces : — « Déjà, dit le poète, et ce sont ses derniers mots, la roue avait tourné, et* le divin Amour, « qui meut le soleil et tous les astres, avait porté ailleurs « mon esprit et ma volonté. »

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