VI AVANT- PROPOS
et celte de ses Frères ; un de nos critiques les plus distingués (1), en rendant compte, Tannée dernière, de l'ouvrage de M. Poujoulat, intitulé : Le Père de Ravignan, sa vie, ses œuvres, avait écrit *. « Je résumerai les mérites de ce livre, en disant qu'il nous montre tout le dehors de ce caractère et de cette vie, et qu'il laisse à un cœur placé plus près encore de celui du P. de Ravignan, le soin d'achever son œuvre. >
N'y avait-il pas, en effet, deux hommes dans le P. de Ravignan, l'apôtre combattant en plein jour les combats du Seigneur, et le religieux luttant en secret contre la nature et se sanctifiant lui-même? Le premier fut grand aux yeux du monde ; le second fut plus grand encore aux yeux de Dieu et de ses Frères ; et c'est celui-là surtout qu'il importait de faire connaître, puisqu'il était tout à la lois le moins connu et le plus propre à être imité.
Toute la vie intime du P. de Ravignan nous paraît résumée dans cette parole dontil avait fait sa devise : c Ou souffrir, ou combattre. » Nous allons donc assister aux luttes de cette âme, qui ne deviendra puissante sur les autres qu'à la condition de s'être domptée elle-même. Saint Ignace avait dit en parlant
(4) M. de Pontmarliii, Voir VUniont 42 février 1859,
AVANT-PROPOS. Vil
des caractères mâles et impétueux : t Une seule des victoires qu'ils remportent sur eux-mêmes est préférable à une infinité de bonnes œuvres que les autres font sans peine, en suivant leur humeur douce et facile. Ils sont même ordinairement plus propres aux grandes choses dans le service de Dieu, quand ils tournent leur impétuosité naturelle du côté de la vertu. Car ils ne se contentent pas alors des choses communes, mais ils se raidissent contre les difficiles, etne se relâchent jamais. » Nous allons voir une nouvelle application de cette maxime dans une sainte alliance de grandeur d'âme et d'humilité, de force impétueuse et de patience, d'énergie et de douceur, des entraînements du zèle et du calme de la prudence.
C'est pour rendre plus fidèlement ce caractère tempéré par la vertu, que nous avons laissé le P. de Ravignan se peindre lui-même dans ses entretiens, dans ses correspondances et dans une foule de détails de la vie intime : c'est là qu'on se montre sans apprêt et tout entier. Il va donc faire lui-même la plus grande et la plus sûre partie de son histoire. N'ayant en vue que l'intérêt de la vérité, nous avons mis le moins possible du nôtre, et peut-être le titre de Mémoires aurait-il mieux convenu à cette publication.