Vie du r. p. Xavier de Ravignan de la Compagnie de Jésus
L'auteur de cet ouvrage éprouve avant tout le besoin de remercier, au nom de la Compagnie de Jésus comme au sien , les écrivains dont le zèle religieux et bienveillant s'est empressé de rendre lionnnage à la mémoire du P. de Ravignan. Leurs recherches biographiques ont aidé les siennes; et assurément il n'aurait pas songé à prendre la plume après eux, s'il n'avait eu qu'à reproduire des faits déjà racontés avec talent et intérêt.
Mais il a cru, et d'autres ont cru avec lui que la divine Providence, en le faisant l'ami et le confident intime de l'homme apostolique devenu l'objet de tant de vénération et de regrets, lui avait inqiosé une tâche nouvelle et toute spéciale, celle de conq^léter son histoire par le récit de sa vie cachée dans le secret de son cœur et de sa cellule.
Ti AYANT-PROPOS.
Cette pensée n'avait pas été seulement la sienne et celle de ses Frères ; un de nos critiques les plus distingués (i), en rendant compte, l'année dernière, de l'ouvrage de M. Poujoulat, intitulé Le Père de Rai'igiian, sa i^ie, ses œuvres, avait écrit : « Je résumerai les mérites de ce livre, en disant qu'il nous montre tout le dehors de ce caractère et de cette vie, et qu'il laisse à un cœur placé plus près encore de celui du P. de Ravignan,le soin d'achever son œuvre. »
N'y avait-il pas, en effet, deux hommes dans le P. de Ravignan, l'apotre combattant en plein jour les combats du Seigneur, et le religieux luttant en secret contre la nature et se sanctifiant lui-même ? Le premier fut grand aux yeux du monde; le second fut plus grand encore aux yeux de Dieu et de ses Frères ; et c'est celui-là surtout qu'il importait de faire connaître, puisqu'il était tout à la fois le moins connu et le plus propre à être imité.
Toute la vie intime du P. de Ravignan nous paraît résumée dans cette parole dont il avait fait sa devise : « Ou souffrir, ou combattre. » Nous allons donc assister aux luttes de cette âme qui ne deviendra puissante sur les autres, qu'à la condition de s'être
(1) M. de Pontmartin. Voir L Union, 12 février 1859.
AVANT-PRUPOS. vu
domptée elle-même. Saint Ignace avait dit en parlant des caractères mâles et impétueux : « Une seule des victoires qu'ils remportent sur eux-mêmes est préférable à une infinité de bonnes oeuvres que les autres font sans peine, en suivant leur humeur douce et fac'ûe. Ils sont même ordinairement plus propres aux grandes choses dans le service de Dieu, quand ils tournent leur impétuosité naturelle du coté de la vertu. Car ils ne se contentent pas alors des choses communes, mais ils se roidissent contre les difficiles, et ne se relâchent jamais. » Nous allons voir une nouvelle application de cette maxime dans une sainte alHance de grandeur d'âme et d'humilité, de force impétueuse et de patience, d'énergie et de douceur, des entraînements du zèle et du cahne de la ])rudence.
C'est pour rendre plus fidèlement ce caractère tempéré par la vertu que nous avons laissé le P. de Ravignan se peindre lui-même dans ses entretiens, dans ses correspondances et dans une foule de détails de la vie intime : c'est là qu'on se montre sans apprêt et tout entier. Il va donc faire lui-même la plus grande et la plus sûre partie de son histoire. N'ayant en vue que l'intérêt et la vérité, nous avons mis le moins possible du notre, et peut-être le titre de Mémoires aurait-il mieux convenu à cette publication.
viii AVANT-PROPOS.
Esl-il besoin de dire que le religieux ne nous fera pas oublier l'apolre? En faisant voirie P. de Ravignan dans toutes les circonstances où le })lara son zèle, dans la chaire de Noire-Dame, dans les luttes qu'il soutint pour l'Église et la Compagnie, dans ses relations avec les hommes d'État et les célébrités littéraires de son époque, nous expliquerons l'homme public par l'homme privé; et les agitations du monde, auxquelles nous le verrons assister sans y mêler son cœur, nous feront mieux apprécier la paix de sa cellule.
Pour retracer cette vie sous tous ses aspects, il nous a été permis de puiser non-seulement dans les cartons et les manuscrits du P. de Ravignan, dans les archives de la Compagnie, à Paris comme à Rome, mais aussi dans un très-grand nombre de lettres particulières. Que les personnes qui nous les ont communiquées avec un pieux empressement reçoivent ici l'expression de notre reconnaissance.
Paris, 2 février, fêle de la Purification de la très-sainle Vierge, ISfiO.