‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 15 sur 83 · SES QUALITÉS · texte numérisé non relu

SES QUALITÉS

Sa lettre du ii décembre 1729 au Président Bouhiervanous en fournir une preuve remarquable (i).

« Le vieux libraire de Lyon, Valfrai, mort Tannée passée, » âgé de 82 ans, me dit, il y a quatre ou cinq ans, qu'il » avoît fort connu Richelet (2), que sûrement il étoit marié, » et que, pour me servir d'une expression de Richelet lui- » même, il avoit fait un mariage poétique^ et épousé sa ser- » vante... Je n'avoîs cru devoir faire aucun fond là-dessus. Ce- » pendant durant mon séjour à Paris, lisant le nouvel ouvrage » de Tabbé Lenglet, et un mémoire de sa façon touchant » Richelet, où il dit que ce dernier mourut au commence- » ment de 1699, n'ayant guères moins de 70 ans, comme je » savois qu'il étoit mort en 1698, j'eus la curiosité do véri-

Paris, 1691, p. 36 et suiv. ; Œuvres; Paris, i74S> t. IV, p. 204 et suiv.) La thèse et les raisons de Saint-Réal furent réfutées par Tabbé de Villiers {Traité de la Satire; Paris, 169$, p. 112-118).

(i) Montrer l'exquise délicatesse de M. Le Clerc ne nous paraîtrait pas une raison suffisante pour en manquer nous-méme par la citation de cette anecdote, si d'autres ne l'avaient publiée avant nous. L'abbé Joly , qui tenait peut-être ce soupçon du Président Bouhier, dit en effet , dans son Éloge de Richelet : « M. l'abbé Le Clerc doutoit s'il avoit été marié. Une personne d'un grand mérite m'a dit avoir lu quelque part que Richelet ayant été atteint d'une maladie dangereuse, environ une année avant sa mort, son confesseur l'obligea d'épouser sa servante , avec laquelle il entretenoit un commerce criminel. Mais je ne garantis pas ce fait, ignorant la source où il a été puisé. » {Éloges de quelques auteurs François; Dijon, 1742, p. 156-157.) De nos jours, M. Jal, vérifiant sans le savoir la prédiction faite plus loin par M. Le Clerc, a publié in extenso l'acte de mariage de Richelet et son annexe. (V. Dictionnaire critique de Biographie et d'Histoire; 2« édit., Paris, 1872, art. RicMet),

(2) César-Pierre Richelet naquit en 1632, ù Cheminon-la-Ville , dans le diocèse de Châlons-sur-Mame. Après avoir quelque temps régenté les basses classes au collège de Vitry-le-Français , il alla à Dijon , où le Président de Courtivron lui confia l'éducation de son fils. Il se rendit ensuite à Paris, se fit recevoir avocat et fréquenta le barreau , qu'il abandonna bientôt pour se livrer tout entier au culte des Muses. Elles lui valurent la bienveillance de quelques beaux esprits, mais elles ne lui donnèrent pas la fortune. Richelet se vit obligé de chercher des ressources dans l'enseignement de la langue fi-ançaise et dans la composition de quelques ouvrages dont le plus connu est \q Dictionnaire françois. (V.Joly, Éloges de quelques auteurs françois; Dijon, 174a, p. 150-231. D'Artigny, Nouveaux Mémoires, t. VI, p. 81-103).

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