SCÈNE I
HÉLÈNE, lA ciTOVESsE DÉniCOURT.
Lv (•|T(l^E^^E nKnicoiRr. — Hélène, mon trouble me suit parloul. J'»i on tantôt un moment de reMelie, et maintenant mes craintes renaissent avec pins de l'orée encore.
iiEi.ESK. — Nous êtes iiii;énieuse à vous créer des chinicres...
LA ciTo\EN\E nicmcoiiir. — Non, je ne me livre iioiiit ii des cliiinircs ; je vois juste, et je pressens tout ce que j'ai à redouter.
iiÉLK.\t. — (Jui peut donc faire renaître vos alarmes ;'
i.A niTOVENNE iiÉiiicoiRT. — ,Ie vicus de jiasscr devant le cabinet île mon mari, j'ai ai>ereu Ailcle cl .hilieii; un coup d'icil rapide comme l'éelair a eoiilirmé mes soupinns : j'ai cru voir le délire, l'ivresse de ramoiir. Déricourt jouissait de leurs transports. Hélas! il les croit innocents!
ont
)iÉLi;sE. — Vous le dirai -je? Des pressentiments pénibles m' agitée cl m'agitent encore.
i.A ciT(ivE>\E i.Fiiieot RT. — Avcc uu homiiic lel que lléricourt, Adèle et Julien n'auront eu besoin que de se iléclarer; lîlinville lui-même peut favoriser une namme qu'il est incapable de sentir. Que les yens sans p.-issions sont heureux ! S'ils n'ont pas de jouissances, du iiuiius n'onl-ils pas de regrets... Hélène, il est une main invisible qui ne laisse rien impuni, et qui va s'appesantir sur moi.
HKi.K\B. — A ous oubliez vos amis, vous vous oubliez vous-même, vous périrez victime de l'illusimi ou de la réalité.
LA i.iToYENVK déruoi, RT . — Lc loiubcau cst Ic seul asile qui me reste : Iieureuse si mon repos n'y est pas troublé ou par d'horribles souvenirs , ou par les vengeances que j'ai attirées sur ma têle. ( Elle s'assied.)
SCÉKE II.
IIÉLKNE, (pii son dans le coiiraoi de la «cène, la ClTOYE^^E DÉlilCOUr.T
JfLIEfi,
Jii.iï>. — Tout ce qui intéresse les hommes, l'estime des honnêtes gens, les dons de la fortune, les faveurs de l'amour, se réunissent aujourd'hui pour me faire oublier mes premiers malheurs : votre aveu manque encore à ma félicité.
LA ciTOVExxE DÉRiciiiiBi. — Ouc dites-vous?
jur.iEv. — Je vous dois mon éiliicalion, mes imi'urs et une existence que vous in'a\cz conservée. Ma reconnaissance m'acquitterait si on pouvait jamais s'acquitter de tels bienfaits; cependant vous pouvez y mettre le comble, ou plutôt, si vous devez rejeter mes prières vous n'avez rien fait pour moi.
LA CITOVENN» iiERirijUBT. — Eiitends-lu , Hélène, eiitends-lu?
Ji LIES. — Vous avez une bile à laquelle je ne pouvais pas prétendre, et que je ne devais point aimer. Une lièvre ardente me consuinait, cl je n'en connaissais pas le remède ; j'étais tout à Adèle, et je ne soupçonnais pas le danger. Adèle, élevée avec moi, habituée ii nie voir, a inspirer et à sentir cette douce confiance qui surprend les âmes, Adèle m'aimait, cl elle ignorait encore qu'elle eût un cour.
LA ciTOiENNE DÉRu;orRT à piirl. — (^)uelle horiible eonbUence!
jtllEN. — Cn homme sensible connait noire situation, et il porte nos viiin aux pieds de votre épnuv. Déricourl n'a ]ias dédaigné un homme qui n'a ]iour lui que l'active amitié de ses protecteurs ;'il m'a accueilli, il a regardé sa fille, clic a rougi, et il m'a nommé son gendre.
LA ciTovESNK DERiidi BT tuiiMnt (laiis uti fuuleuil. —Ah! malheureuse, voilà le dernier coup!
jiLiEs. — \:i, m'a-l-il dit, va trouver ma femme; dis-lui que je te destine à faire le bonheur de ma fille, et ses bras te seront ouverts!
LA 1 iTOYE^M iiÉRicoiRr .«f rclerant cn désordre. — Julien... Julien... tu veux... tu espères!...
JiLiE>. — Je ne veux rien, mais je supplie. Sans Adèle, il n'est pas de bonheur pour moi; sans moi , il n'eu est point pour Adèle.
LA i:iTovEx.\gi)tRicoiRT ai'cc undéfi'fjKiircdnccnlré. — ISoii jamais... jamais!.,. '
Jii.iEN suppUant. Adèle est votre fille, et vous m'avez tenu lieu de niere.
LA ciToïïxNE DÉBicoiBT. — Eh ! je k suis , Dialhcureux!
JiLirt. — Ah ! si je pouvais vous croire !
tA ciTOTWîsg BÉmcoiRT. — Ah ! si je iiouvais l'oublier!
u LIEN. — Kt vous me refusez Adèle !
L\ i:noi i:\.\K niâucoiuT se remetfan*. — Vous n'êtes pas nés l'un pour l'autre. *
jrnEN. — Oppostz-moi des raisons , je les combattrai , je les détruirai.
LA ciTouiwE DÉnicdi nr. — Vous le croyez , jeune homme!
JULIEN. — J'en suis ccrlain.
LA ciTOïHvNi; PKRicoi'HT. — Ail ! si jc pouvais parler !
JULIEN. — Je vous en conjure.
LA cnoiENNE iiÉuicoiiBT. — Je iiic tais.