‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 33 sur 379 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

La citoyekne DÉRICOUIIT, BLINVILLE.

BiTNVitLK. — Je quitte Adèle et Julien ; ils souffrent, ils p,éuiissent, et c'est vous qui faites leur malheur. J'aurais cru que la mère la plus aimante cl la plus respectable motiverait du moins un relus (jui sans doute est établi sur les raisons les plus fortes, mais que personne ne peut prévoir.

LA ciToïEN>K DKRicoiRT. — Vous ne pouvcz Ics prévolf, mais elles existent. Vous voje» mon état, il est cruel : plaignez-moi, et n'exigez rieu de plus.

iiLiNMi.iE. — Aon , citoyenne, je ne m'en tiendrai i>as èi une compassion stérile : pcrmetlez-moi quelques réflexions. ^ ous les supporterez, car vous les trouverez raisonnables. ^ otre épou\ a eunscnli au bonheur de sa lille et d'un jeune homme que vous aimez tendrement; peut-être le désir de vous plaire l'a-l-il déterminé autant que mes instances : le mariage est arrêté, vos euCants se font un plaisir de vou:f l'annoncer eux-mêmes, ils viennent vers vous avec la confiance que leur inspirent un amour Innocent cl l'habitude de vos bontés ; ils en espéraient une preuve nouvelle, et ils n'éprouvent qu'une sévérité sèche, repoussante, et qui ue persuade jamais.

LA ciroïENNE DÉRicoLBT. — Jc u'ai poiut de torts envers ces jeunes gens. *

BLiNviLLE. — Je le crois, je me plais à le croire ; mon estime me répond de vous, et vous la justiliereE en expliquant vos refus avec la franchise que vous devez à la mienne.

LA CITOYEKNE DKRItOl RT. — Je nC Ic puis.

BLINVILLE. — Citoyenne, il le faut.

LA ciroïEwE DÉRicoLRT d poTt. — lls uB mc laisserotil pas un moment de repos.

cMvviLLE. — Alon amitié vous paraît exigeante : c'est qu'elle est vive, raisounée, et qu'elle seul les maux que peut causer votre silence. Des enfants au désespoir, un époux sensible mais ferme, qui peut se rendre a des raisons soliiles, mais qui ne supportera pas une réserve oA'ensante ; la paix bannie de votre maison, des divisions, des haines dont les tristes effets nous seront communs à tous : voilà, citoyenne, voila quelle sera une famille si longtemps unie, si longtemps heureuse , et qui le serait toujours sans voire inconcevable résistance.

L\ CITOYENNE ntRicoi RT. — Jc VOUS éclaircrais d'un mot, mais ce mot ■ijouterait aux maux que vous redoute/.. Ne peut-on avoir un secret pour son ami ?

iiLTNviLLE. — Non, madame, on n'en a point de celte nature; une âme honnête ne sacrifie pas ce qui l'enlouic à des fantaisies, à des caprices, pardonnez-moi le mol; oui, madame, à de» caprices ! vous parleriez si vous pouviez avoir raison.

LA ciToitNNE uKRiiiiiRT. — Eh bien, jc parlerai : vos iniporlnnités m'excèdent. ^ ous voulez que jc perde votre estime, votre amitié, celle de mon époux , de mes enfants ; vous roulez que je me perde

mni-iii^me, jc vais vous Mli»faire : aunsi hien ce serret m'accable, m'oppresse, et je ne piiis le ronlcrnier plus luii|;leiiips.

iii.iwiiiK. — Je fi'cmis.

IX m.HfvMi i.nih.iin. — Ce Julien que j'aime si tendrement et qui veut épouser Adèle... ce Julien sans i|ui je ne peui vivre et qui peut-être me croit son eniieniic... ^.Se (<;( /idnf ,/u/is (.• >,i/i (/,■ Illin~ rille.' Je ne puis achever... non, je n'achèverai point. Illinville, je suis une fcuinic infortunée et criminelle ijui n'ose envisi.|;er son époux. i|ui treiiible devant son Hiiii, cl qui court cacher ses lariiiei ses remords et sou désespoir.

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