SCÈNE XIII
Dl'RICOURT, JULIEN.
iiKRirniRT. — .Ma fille vous est chère; je vous l'ai accordée, et vous vous éloignez I ma femme est tout pour vous, et vous m'oubliez, moi il qui cependant vous devez quehpic chose ! vous abandonnez .\dèlc, a qui vous devez plus encore, et vous ne jirévojez pas les suites de votre démarche! Des occupations nouvelles, des objets intéressants vous distrairont peut-être; mais que restera-t-il ii ma bile quand elle vous aura perdu? le rejjret (!(• vous avoir aimé, et le vide d'un cœur pour qui l'amour est un besoin, et dans lequel rien ne vous remplacera jamais! l'ensez-y mûrement, jeune liomiuc, et sachez que le vain orgueil ilc remplir des devoirs exagérés ne peut en ini]>oscr ii un homme de mon caractère.
Ji Lii\. — Je n'ai point d'orgueil, je n'exagère rien; mais je connais mes devoirs, et je les remplirai, tout cruels qu'ils sont : je n'amènerai pas chez vous la discorde ; je ne l'y verrai point exercer ses fureurs, et deux époux jusqu'ici fortunés ne me reprocheront pas de les avoir désunis.
DKKicouRT. —-Je m'attends à ces divisions, j'y suis préparé, et j'y saurai mettre un terme.
Ji iiE\. — Je saurai, moi, les prévenir.
«KiiiiDriir. — Disque tu les rendras plus amères. Ma fille me redemandera Julien, et je te redemanderai ;i .sa mère.
ji 1 IF.\. — Sa mère me rejette.
nKîiicnuKT. — Tu n'en soupçonnes ]ias la cause ?
jri.iEN. — >'on ; mais je veux la respecter.
iiKRicoiiRT. — Tu serais indigné, si tu la connaissais.
M i.iEN. — Quel langage ! quel front sévère !... Vous accusez votre épouse !
DÉRicoi RT. — Si je l'accuse ! (Se reprenant.) Non, mon ami , non , je ne l'accuse iioint... elle est toujours digne de moi.
Ji LIEN. — Ali! je ne suis donc pas tout à fait malheureux !
lUiRicouRT arec une feinte indifférence. — Des préjugés... des erreurs... qui m'affectent, et qui ne changent rien à mes projets. L'aspect de votre félicité me consolera de bien des peines. (Julien fait un mouvement. ) Je n'en ai point en ce moment ; je suis heureux et tranquille... .Mais l'âge, les intirmitcs qu'il amène... Kenonce à ton dessein : tu dois cette marque de condescendance à ma fille, tu la dois à ma vive amitié. Demeure près de moi , je t'en prie, je te l'ordonne, et tu ne voudras ni m'affliger ni me désobéir. Mon cher enfant, mets en moi toute ta confiance; ne l'alarme pas d'un obstacle passager , et crois qu'il n'en est aucun qui puisse arrêter un bon père.