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CHAPITRE IV

|£3 CPJgTAUX VIVENT-ILS i

Leur nutrition et leur croissance sont-elles des actes titaux ?

Après avoir brièvement rappolé les données actuelles de la Science sur le phénomène de la cristallisation et sur les principales curiosités qui s'y rattachent, il va nous être maintenant plus facile d'examiner directement les objections proposées et d'en présenter une solution très claire.

— Les cristaux se nourrissent et grandissent; donc ils ont la vie, disent les matérialistes.

ii VIE ET MATIERE.

— Dans les pagei précédentes nous l'avons expose nous- même : oui, les corps bruts peuvent >:e développer.

Mais quelle différence entre leur croissance et celle des êtres vivants!...

Un cristal augmente sa masse, sans doute; mais ce n'est pas par une véritable assimilation d'éléments étrangers, comme cela se fait dans la nutrition; c'est par le groupement extérieur de molécules similaires.

En outre, ces agrégations de particules identiques, recouvrant par rangées successives, ou par feuillets superposés, les couches plus centrales qu'elles entourent de tous côtés, sont produites par le jeu de forces aveugles d'une rigueur toute mathématique.

Libre aux chimistes, s'ils le veulent, d'appeler nutrition ce qu'ils savent fort bien être le simple effet des forces de cohésion et d'affinité moléculaires, plus ou moins modifiées par les agents externes et la température ambiante; mais qu'on ne s'y trompe pas : parler ainsi c'est parler en métaphore.

Les figures de style se glissent non seulement dans les belles-lettres, où elles constituent l'agrément d i discours, mais aussi dans le langage scientifique, où cependant l'exactitude est si nécessaire.

Au sens naturel, le mot nutrition signifie tout autre chose.

Par l'acte ainsi désigné un vivant n'ajoute pas seulement des particules aux particules similaires déjà po sédées (ce serait une juxtaposition ;) mais il fut siens par intassuiceplion des éléments différents, et les transforme en ses divers organes. Ceux

LES CRISTAUX VIVENT-ILS i 45

ci, en etïet, se renouvellent continuellement, à mesure que le travail ininterrompu de la décomposition quotidienne le? altère, les use et les détruit.

Un être vivant croît donc, non seulement dans sa forme apparente et externe, mais aussi en même temps dan 5 toutes ses parties les plus intimes et les plu? cachées.

Or, combien ces parties ne diffèrent-elles pas entre elles? Ce sont des organismes distincts par leur configu-atio ], par la nature de leurs éléments, par les fonctions qui leur ont propres. Entre ces organes règne une véritable hiérarchie qui les maintient dans leur lôie, et les ;orce à travailler de concert pour le bien de l'ensemble.

Tous ces organes s'épuisent par le travail fourni et cnt besoin de se reconstituer.

Voilà pourquoi, jusque dans ses profondeurs, l'être vivant est traversé par deux courants opposés.

L'un apporte la mort, car il enlève pierre par pierre, o i mieux molécule par molécule, les assises de l'édifice corporel et tous les matériaux de l'organisme.

L'autre amène la vie et comble, aussitôt qu'elles sont ouvertes, les brèches incessamment creusées par le principe de la destruction.

En s'emparant des substances environnantes pour se les approprier, l'être vivant chasse tour à tour celles dont il avait auparavant fait l'acquisition. Dans les cristaux, au contraire, les molécules nouvelles s'ajoutent aux anciennes sans les expulser.

Malgré ce double mouvement, flux et reflux d'atomo? appelé le tourbillon vital, qui dure jusqu'à la

mort, Têtre animé conserve constamment sa forme ol ses dimensions, dès qu'il a atteint une certaine limite au delà de laquelle il ne saurait s'étendre.

Ses éléments matériels sont tois bientôt remplacés par d'autres ; mais ses parties internes et externes, si dissemblables, ne sont pas modifiées dans leur contexture. En croissant, elles ont gardé entre elles la même proportion.

Si l'une d'elles s'atrophiait et n'obtenait pas son développement normal, tandis que ses voisines y arrivent, la vie elle-même disparaîtrait. Elles réagissent toutes, en effet, les unes sur les autres, et sont coordonnées dans une véritable hiérarchie.

Dans son accroissement cet être conserve donc sa forme primitive, car la vie exige des organes nombreux, dont les fonctions sont nettemenlcaractérisées, et les relations mutuelles rigoureusement définies. Un cristal, au contraire, peut, en augmentant, varier de forme plusieurs fois.

Voici un fragment d'alun. Laissons-le dans une dissolution du même sel : il grandira et se présentera bientôt comme un octaèdre régulier.

Transportons-le, maintenant, dans une solution identique, dans laquelle nous aurons auparavant délayé de la craie : il augmentera encore, mais deviendra cubique.

Replacé dans la première, il grandira de nouveau et reprendra la forme de l'octaèdre.

Si nous avons eu la précaution, avant chaque immersion, de le couvrir d'une légère couche de carmin, il nous sera facile de distinguer en lui les transformations sucoessivement subies.

On pourrait même déboîter ces diverses enveloppes et les séparer les unes des autres, à la condition d'avoir frotté, avant chaque accroissement nouveau, la surface du cristal avec un corps gra-.

Quelquefois aussi, comme dans le quartz, le sulfate de soude, le salpêtre et autres, les diverses couches ne se touchent pas, et l'intervalle est rempli par un liquide laissé par la solution très concentrée dans laquelle s'est constitué le cristal.

D'après les matérialistes, la dissolution au sein de laquelle le cristal se développe serait pour lui ce que sont l'atmosphère et le climat pour les plantes et pour les animaux.

Cependant jamais les variations de conditions climatériques n'imposent aux êtres vivants des modifications aussi complètes.

Elles peuvent, nous n'en disconvenons pas, exercer une réelle influence sur leur état pathologique, et paralyser, ou exciter plus ou moins, les fonctions de leurs organes ; mais elles ne changent pas aussi radicalement leur forme.

Nous avons fait allusion déjà à une autre différence fort caractéristique : l'accroissement des cristaux est illimité, pourvu qu'on les maintienne dans une dissolution suffisamment riche.

Chez les vivants, au contraire, la croissance parvient à un terme, et ce terme ne saurait être dépassé.

A chacun d'eux s'applique cette parole dite aux hommes pour humilier leur orgueil : Quis potest adjicere ad staturam suam cuhitum unum ?

Illimité dans sa masse, l'accroissement des crislaux est ausii indépendant dun autre facteur : le temps. Mais chez les vivants, le tourbillon vital persisto relativement pou.

A un moment précis, parfois sans cause apparente, par la seule disparition d'un principe intrinsèque échappant à l'analyse chimiiue, il cesse tout à co )p et s'arrête sans retour : c'est la mort, dénouement fatal et inévitable de la vie.

ilesterait-ii dans le même climat, sur le même terrain lui fournissant en abondance les aliments convenables, dan> le même milieu et dans des conditions identiques de température et d'humidité, l'être qui a perdu la vie ne grandira plus.

Il se divisera et se désagrégera en parties incapables de reconstituer le même être, alors que les fragments d'un cristal brisé recommenceraient à attirer de nouvelles molécules et à croître indéfiniment.

Bientôt, cet être, si beau naguère, ne sera plus qu'une ruine, un tas de poussière ou de cendres, joaet des vents et soumis d'une façon toute différente aux agents ph\'sique> extérieurs.

Ses éléments, unis tantôt par le lien mystérieux de la vie et maintenant écliappés à son influence, serviront peut-être à nourrir un autre individu. Ils entreront dans un autre organisme, peut-être même dans celui d'un rejeton vigoureux à peine sorti du sol au milieu de ces informes décombres, comme la jeune tige repoussant à côté d'un tronc décrépit; mais lisseront désormais inutiles pour l'être auquel ils appartenaient.

Q'ii donc serait capable d'expliquer ce mystère?

Pourquoi cette vie, incessamment transmise d'indi- \idu à individu, ne peut-elle pas persévérer dans le même être ?

Pourquoi, dans celui-ci, une phase de croissance et de force, suivie d'un affaiblissement continu et de plus en plus complet ?

A peine né on le voit, malgré ses chétives apparences et la délicatesse de ses organes, doué de la propriété merveilleuso d'accaparer tout ce qui lui plaît, et de l'incorporer à sa substance.

Puis, une fois développé, magnifique dans sa force, quand rien ne semble plus devoir lui résister, alors, il ne sait plus lutter victorieusement; tous ses combats sont des défaites de plus en plus irréparables.

Non seulement il est impuissant à s'assimiler de nouveaux éléments étrangers; mais il ne réussit plus, malgré des efforts désespérés, à retenir ceux qu'il possédait auparavant.

Jusqu'à présent les profits avaient toujours largement dépassé les pertes ; maintenant, c'est le contraire; le déficil s'accentue tous les jours davantage; un abîme se creuse de plus en plus profond, et le malheureux calcule l'instant fatal où il y sera pour jamais englouti.

En d'autres termes, pourquoi, après avoir accompli durant plusieurs années cet étonnant miracle de Iransforinor les aliments en sa substance, ne trouvet-il plus dans ces mêmes aliments, nous ne diron> pas la force de croître encore, mais celle de se maintenir dans le même état?

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Serait-il, pour lui, plus difficile de garder que d'acquérir? mais, partout ailleurs, les choses se passent bien di. ré rem me ut !...

Pourquoi nous est-il donné de voir ainsi constamment la mort empiéter sur la vie, et la vie sur la mort?

Pourquoi le vivant est-il réduit à demander au mort une vie que celui-ci n'a plus?

Et pourquoi la nutrition, dont le résultat est d'opérer une sorte de résurrection en transformant le mort en vivant, ne peut-elle conserver au vivan' arrivé à Pépanouissement de sa beauté et de sa force, cette vie qui lui échappe et dont il sera bientôt privé?

Ce n'e<tpasde cette sorte qu'un cristal se nourrit. Toajours il possède la faculté d'attirer de nouvelles molécule i et de grandir indéfiniment, en augmentant ta masse.

Le cristal ne meurt point.

Pourquoi?

Précisément parce qu'il ne vit pas.

Cette conclusion rigoureuse découle évidemment des réflexions précédentes : la nutrition cris alline n'est pas une action vitale.

Sous ce rapport, malgré les apparences, il y a donc entre lui et le vivant une ligne dedémarcal on bien tranchée : cette barrière est absolument infranchissable.

L'Origine des cristaux est-elle comparable à la naissance des êtres ? La Génération spontanée.

La différence n'est pas moins profonde entre le mode de génération des cristaux et celui des vivants.

On ne saurait en aucune façon comparer la multiplication des cristaux par fragmentation à la propa- .gation des végétaux par boutures, ou à celle des animaux inférieurs par scissiparité.

Un cristal se reproduit, identique à lui-même, lorsque ses débris, même irréguliers, sont maintenus dans une dissolution saline assez riche pour leur fournir les matériaux nécessaires à leur accroissement.

Mais qui ne le devine? la génération ici dépend plus du milieu ambiant que des morceaux euxmêmes considérés comme germes ou fondement des êtres futurs.

Peu importe, en effet, la forme de ces fragments ; ils sont là comme de simples noyaux, centres de force, attirant les molécules du liquide saturé, et les contraignant à se grouper selon le même réseau.

En outre, l'embryon cristallin ressemble ordinairement au cristal, ou du moins, se ramène au même type. L'embryon des êtres organisés n'a, le plus souvent, aucun trait de ressemblance avec l'être

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auquel il donnera naissance. Quelle diiTérence, par exemple, entre une graine et la plante qui doit en sortir!

Remarquons-le : dans cette dissolution les crista ix se formeront, même si on n'introduit aucune partio d'un cristal déjà existant.

Est-ce là un cas bien caractérisé de génération spontanée, comme le prétendent les matérialistes ?

Pour le croire, il faut extrêmement s'abuser.

L'explication du phénomène est des plus simples.

A mesure que s'effectuera l'évaporation ou le . refroidissement du liquide, l'énergie des forces étrangères qui retiennent les molécules séparées, diminuera peu à peu. L'attraction moléculaire, ou force de cohésion, n'étant plus contrebalancée, augmentera d'autant, et le corps cristallisera.

Le nombre et la grandeur des cristaux dépendront uniquement de la volonté et de l'habileté de l'expérimentateur.

En est-il ainsi pour l'origine des êtres vivants, animaux, plantes ou zoophytes?

La génération spontanée est désormais condamnée au nom de la Science. La vie vient de la vie.

Ces êtres, pour exister, ont absolument besoin d'un germe antérieur, et le milieu ambiant ne suffi! pas à les produire.

A notre époque encore, des observateurs superficiels ont confond a les conilitiois réclaméas par les exigences de la vie organi [ue avec la cause m jrn.i I:' la vie ; mai ^ ce doctrines ne sont plus souteuables.

Oui, sans doute, il faut à l'être vivant une certaine

fempérature, de la chaleur et de l'inimidité. Il lui faut au -si autre chose : le germe est indispensable (1).

Or, il convient de faire ici une considération d'une souveraine importance.

Une dissolution saline produit toujours, vu ses éléments, les mêmes cristaux. Gomme nous l'avons exposé, le dimorphisme et le polymorphisme se rattachent surtout aux circonstances dans lesquelles s'opère la ciistallisation.

La variété des formes est liée à une variété des forces externes ; mais sous ces formes secondaires, moins stables en général, les corps deviennent plus facilement pulvérulents. La poussière qui en résulte, se compose de cristaux microscopiques présentant la forme propre à ces substances, quand elles cristallisent à la température ordinaire et à labri de toute cause perturbatrice.

Et tandis qu'une dissolution saline produit toujours, en principe, les mêmes cristaux, au contraire dans la même atmosphère, sous le même climat, avec la même température, naissent et vivent les êtres organisés les plus différents de forme, de taille, de forces et de propriétés.

Là encore, entre le règne minéral et les règnes supérieurs, nous trouvons un abîme profond : de ce côté, la ligne de démarcation n'est pas moins nettement tracée, et la barrière demeure infranchissable.

(l) Voir notre Opuscule, Les Humanités astrales. Chapitre II.(Bloud et Barrai.)

Que faut-il penser de la cicatrisation des blessures et delà reconstitution naturelle des parties enlevées!

Un cristal a perdu l'un de ses angles solides ou l'une de ses arêtes. On le replonge dans la dissolution et les plaies se ferment bientôt. L'édifice cristallin se complète; les irrégularités disparaissent et les vides sont comblés.

Faut-il voir dans ce phénomène un acte vital?

Pas le moins du monde.

Ce fait, étonnant au premier abord, n'est plus mystérieux, si l'on considère la loi de symétrie présidant à la formation de tout cristal, et régissant le développement de ses faces conformément à la structure de ses molécules intégrantes.

Nous l'avons suffisamment expliqué plus haut : chaque groupe atomique a une figure extérieure bien déterminée; de plus, en s'unissant, les atomes doivent fatalement tendre à se mettre en équilibre, c'est-à-dire à se disposer symétriquement : c'est une condition indispensable de stabilité.

Si donc l'équilibre a été rompu quelque part, il doit être rétabli, par addition d'un côté, ou par soustraction de l'autre, si l'addition n'est pas possible. Sans cela l'existence du groupe serait compromise, les forces en sens contraire ne se balançant plus. Des fissures se produiraient; puis des ruptures et des morcellements.

C'est donc une pure question de Mécanique : rien

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ne se pas e d'un côté de la molécule qui ne doive s'en'ecîuer aussi du côté opposé.

Le cristal, résultant de l'agglomëration régulière et sj'métrique des molécules, est évidemment soumis aux mêmes conditions.

S'il perd l'une de ses arête>!, ou l'un de ses angles, l'équilibre est brisé en cet endroit; et si le milieu ambiant lui fournit encore des molécules similaires, elles se précipiteront là, et non ailleurs, attirées irrésistiblement par les forces d'attraction qui ne sont plus satisfaites.

Aussi, cette réparation s'opère rapidement, en général, et le cristal reprend son accroissement seulement lorsqu'elle est terminée.

Mais quelle différence encore entre cette reproduction d'une arête, ou d'un angle, et la reconstitution dun membre chez un vivant: par exemple, de la patte d'une écrevisse, ou de la queue d'un lézard!...

Ici reviennent à juste litre toutes les considération s faites précédemment : un cristal est composé par juxtaposition de molécules similaires; le membre d'un animal est un ensemble de parties organisées ayant chacune sa forme, sa constitution intime, ses fonctions et ses propriétés spéciales.

Entre les deux cas encore il n'y a donc aucune parité à établir.

Sympathie ou solidarité des parties correspondantes.

La même loi de symétrie donne la raison de cet autre phénomène qu'on nous oppose.

Parfois un cristal, au lieu de se refaire l'angle perdu, perd, en outre, l'angle correspondant.

Gela arrive, lorsque, placé au fond du récipient contenant la dissolution, il repose sur la face accidentelle. Celle-ci, gênée par la paroi qui la soutient, est évidemment impuissante à reconstituer la partie onlevée. Mais l'équilibre ne pouvant rester indéfiniment rompu, se rétablit par la disparition du côté opposé.

Qui n'en verrait clairement le motif? Ce côté est ioujours égnlcment attiré par la force do dissolution du liquide, tandis qu'il n'est plus assez retenu par la force de cohésion propre au cristal. Comment ne so désagrégerait-il pas? le contraire serait un miracle.

Dans l'acte de la cristallisation, en effet, se trouvent en présence deux fore s antagonistes agissant en sens contraire.

Par la force de cohésion les parties similaires se portent les unes vers les autres; mais, par une force qu'on pourrait appeler force de combinaison, le liquide dans lequel un corps est dissous, tend à garder ces mêmes molécules, et à les empêcher de se rapprocher en les séparant.

Si cette attraction de combinaison faiblit, le corp . passe à l'élat solide ; si elle domine, le corps déjà solidifié se dissout de nouveau.

Tout s'explique donc bien clairement; il n'y a pas plus là d'opération vitale que dan> un quartier de glace qui se fond, se congèle de nouveau, et refond une fois encore, sous l'inilueuce des forces mises

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