IV PREFACE
mais avant qu'il y eût réfléchi et qu'il eût posé ses principes de réforme sociale: ce qui enlève le caractère hypocrite que l'on a voulu donner à ses actes. Et si on disait encore qu'un homme qui avait tant péché ne devait pas se mêler, même après, d'écrire des livres de réforme morale et religieuse, nous demandons si l'on ne devrait pas appliquer la même mesure à Rousseau qu'à nombre de très grands génies — Saint-Paul, par exemple, ou Saint-Augustin, ou Saint-François d'Assise — et l'admirer d'autant plus qu'il est sorti d'un abîme de péché plus profond. Enfin nous dirons encore que depuis un certain nombre d'années, toute une série de découvertes — quelques unes même fort sensationnelles — faites par des savants, ont montré que vraiment Rousseau avait été scandaleusement calomnié.
Nous renvoyons à ce sujet à notre article paru dans The Nation (New York) le 14 déc. 1918, pp. 725-727: « Jean- Jacques Rousseau ».
C'est en tenant compte de ces différentes considérations que, par exemple, en parlant de ]\Iadame de Warens, nous ferons une large part à' « maman » qui a eu une si indiscutable influence sur la formation des idées de Rousseau, et nous passerons sous silence l'amante. Que nous dirons peu de chose de la querelle avec les Encyclopédistes et IMadame d'Épinay — querelle qui n'a pas changé un iota aux doctrines qui ont fait proclamer Rousseau le père de la Révolution et du Romantisme. Que nous ne ferons que mentionner en passant le pénible épisode de son amitié et de sa brouille avec David Hume, épisode où Rousseau ne fut peut-être pas l'ingrat que des envieux ont dit, mais où il a surtout été la victime malheureuse d'un ébranlement nerveux résultant des persécutions cruelles et souvent mesquines que ses hvres « dangereux » lui ont valu.
Dans la disposition de nos Extraits, nous n'avons pas adopté la division ordinaire, Vie et Œuvres. Chez un homme comme Rousseau, la vie et l'œuvre s'expliquent si souvent l'une par l'autre qu'on se priverait en les traitant à part, d'un des moyens les plus efficaces de comprendre. Nous avons pour cette raison encadré les extraits relatifs à la pensée de Rousseau dans ceux relatifs à sa vie. Et d'ailleurs, tour à tour les passages phi-