VIE SI
foules de petit qui m'offraient I bon-
heur passé; tout revenait, pour a
te, prendre- |>l;u e en mon I
en moi même >nt plus;
5 ils ont disparu pour jamai . Bêlas 1 il iendroi
et non-, vivons, et nous somi
toujours unis! Il me semblait que j'aurais porté plus patiemment sa mort ou son ab que j'avais moi ifTert tout Le temps que j'avais passé loin d'elle.
10 sais dans L'éloignement, L'espoir de la n tulageait mon
cœur; je me Battais qu'un instant de sa pré erail
toutes mes peines; j'envisageais au moins dans l ribles
un état moins cruel que le mien: mais se trouver auprès d'elle, mais la voir, la toucher, lui parler, L'aimer, L'adorer,
15 et, presque en la possédant encore, la sentir perdue à jamais pour moi; voilà ce qui me jetait dans des ac< Fureur et
de rage qui m'agitèrent par degrés jusqu'au dé Bien-
tôt je commençai de rouler dans mon esprit des projets funestes, et, dans un transport dont je frémis en y pensant,
20 je fus violemment tenté de la précipiter avec moi dans les flots, et d'y finir dans ses bras ma vie et mes longs tourments. Cette horrible tentation devint à la fin si forte, que je fus obligé de quitter brusquement sa main pour passer à la pointe du bateau.
25 Là mes vives agitations commencèrent à prendre un autre cours; un sentiment plus doux s'insinua peu à peu dans mon âme, l'attendrissement sui monta le désespoir, je me mis à verser des torrents de larmes; et cet état, comparé à celui dont je sortais, n'était pas sans quelque plaisir. Je pleurai
30 fortement, longtemps, et fus soulagé. Quand je me trouvai bien remis, je revins auprès de Julie; je repris sa main. Elle tenait son mouchoir: je le sentis fort mouillé. Ah ! lui dis-je tout bas, je vois que nos cœurs n'ont jamais cessé de s'entendre! Il est vrai, dit-elle d'une voix altérée: mais que ce
35 soit la dernière fois qu'ils auront parlé sur ce ton. Nous
recommençâmes alors à causer tranquillement, et au bout d'une heure de navigation nous arrivâmes sans autre accident. Quand nous fûmes rentrés, j'aperçus à la lumière qu'elle avait les yeux rouges et fort gonflés; elle ne dut pas trouver les miens en meilleur état. Après les fatigues de cette journée, s elle avait grand besoin de repos; elle se retira, et je fus me coucher.
Voilà, mon ami, le détail du jour de ma vie où, sans exception, j'ai senti les émotions les plus vives. J'espère qu'elles seront la crise qui me rendra tout à fait à moi ... 10