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IV. Les Prières et les Cantiques

Cette nouvelle édition renferme une vingtaine de pièces jusqu'à ce jour inédites en totalité ou dans leur plus grande partie ; quelques morceaux déjà publiés par Languet, dans sa Vie de la Vénérable Mère Marguerite-Marie et qui n'avaient pas été reproduits dans les éditions précédentes ; et enfin un assez grand nombre de petits fragments et de variantes recueillis dans les divers manuscrits dont nous parlerons plus loin.

La Visitation de Parav possède le ms. autographe de la Vie de la Bienheureuse par elle-même. On a

également les originaux de plusieurs autres pièces, surtout d'un assez grand nombre de lettres. Nous n'avons eu qu'à reproduire intégralement et exactement ces précieux mss. authentiques.

Mais là où les autographes manquent, — c'est le cas pour une partie des documents autobiographiques, pour le plus grand nombre des lettres, des avis et des prières — le travail devient plus ardu. Si on ne possédait de toutes ces pièces qu'une seule copie ancienne, il n'y aurait qu'à la suivre dans toute sa teneur ; mais il se trouve qu'on a plusieurs anciens recueils manuscrits de diverses mains, contenant chacun plus ou moins de pièces assemblées ou juxtaposées dans un ordre différent et parfois sans ordre. Ces recueils formés peu après la mort de la Servante de Dieu, par des religieuses de la Visitation de Paray, ses contemporaines ou ses disciples, n'ont pas été faits en vue d'une publication ; mais seulement pour conserver les souvenirs et les instructions de la Bienheureuse Sœur. On ne se souciait pas alors de la méthode rigoureuse, dont il n'est plus permis de s'écarter actuellement, en ce qui concerne les documents à classer ou à publier. On transcrivait, en entier ou par morceaux, les lettres et autres pièces, le plus souvent sans ordre chronologique et sans dates précises. On rapprochait des fragments de divers écrits sur le même sujet. Gomme cela se faisait sans méthode, chaque recueil présente des arrangements différents. En outre, on ne tenait pas à une exactitude minutieuse ; on ne craignait pas de faire çà et là des coupures et de remplacer des exprès-

sions et des formules qu'on jugeait moins heureuses par d'autres estimées meilleures par les copistes, qui allaient ainsi, compilant selon leur attrait et démarquant les pièces inconsciemment.

Tous les écrivains de ce temps qui publiaient des écrits, montraient la même facilité à modifier ou à retoucher la forme des documents. C'était une règle acceptée qu'il les fallait « mettre en meilleur français ». Ainsi ont fait, pour les Ecrits de la Bienheureuse, le Père Croiset, le Père de Galliffet et Mgr Languet.

Ajoutons que les écrits de la Servante de Dieu, à raison des communications extraordinaires qu'ils contenaient, prêtaient plus que d'autres à des remaniements, à des suppressions, atténuations ou explications. La Mère Greyfié elle-même, cette supérieure si judicieuse, d'un esprit si viril, déclarait nettement qu'elle ne jugeait pas que tout pût être mis au jour dans la Correspondance de Marguerite-Marie. Elle n'a conservé et transcrit, dans son Mémoire, que des fragments.

Certains lecteurs jugeront peut-être que nous avons abusé des variantes. S'il s'agissait seulement de fournir aux âmes pieuses le texte des écrits de la Bienheureuse, pour servir à leurs lectures de piété ou à leurs méditations, ce serait tout à fait juste. Nous savons trop combien les renvois multipliés, les indications au travers du texte, les notes entassées au bas des pages, gênent et retardent la lecture, en empêchant l'esprit et les yeux de suivre à l'aise le texte principal, pour

n'être pas de cet avis. Mais tel n'est pas notre but. nous avons entrepris de rétablir le texte ne varietur, autant que cela peut être permis en ce monde mobile et changeant, de toutes les œuvres de Marguerite- Marie : de telle sorte que si Ion découvre de nouveaux autographes, il n'y ait plus qu'à leur faire une place en élargissant le cadre ; mais sans qu'on doive revenir sur ce qui est définitivement publié, dans la forme la plus authentique. Notre ambition est de fournir aux travailleurs — nous sommes convaincu que de plus en plus on exploitera cette mine si riche dans de nombreuses publications — des documents originaux, ou, du moins, conformes aux pièces originales et scrupuleusement sincères, dans le sens où les grands éditeurs des Pères de l'Eglise prenaient ce mot.

Dans les précédentes éditions, on s'était inspiré de vues un peu différentes et d'une méthode moins stricte, qui avait sans doute des avantages pour un grand nombre de lecteurs. Nous avons cru qu'il fallait nettement adopter la méthode exacte si justement en faveur de notre temps. Tandis que les éditions précédentes avaient fondu de nombreux documents autobiographiques dans la Vie de la Bienheureuse écrite par ses Contemporaines, nous avons reproduit, sans aucune addition, ainsi qu'on l'a vu au premier volume, le travail des deux religieuses, disciples et amies de la Servante de Dieu, et nous avons publié à part les fragments autobiographiques heureusement conservés. C'est ainsi qu'on trouvera, dans le présent volume, pour la première fois, toute la suite des écrits corn-

posés par la Bienheureuse, sur l'ordre de la Mère de Saumaise.

En tête de chacune des parties de ce volume, nous mettons un avertissement particulier, qui donnera les indications et renseignements utiles sur les écrits qui la composent. Ici, nous nous bornons aux observations générales.

Nous devons indiquer les textes et manuscrits qui ont servi à notre publication.

C'est d'abord le ms. autographe de la Vie de la Bienheureuse écrite par elle-même. Il n'y a rien à dire de plus sur ce Lexte original ; il en sera parlé plus loin.

Ce sont ensuite une soixantaine d'autographes de lettres, avis ou prières. On les signalera également en lieu utile.

En outre, nous avons les anciens recueils manuscrits, qui sont classés dans les archives de la Visitalion, sous les numéros 3, 6, 7, 8 et 9 et qui contiennent, en proportions inégales, la copie des divers écrits de la Servante de Dieu. Il n'est pas rare que le même morceau se trouve dans trois et même quatre de ces mss.

Nous avons, en principe, donné la préférence au Ms. 6. Outre que c'est le recueille plus considérable, c'est aussi celui qui a le plus d'autorité. Il contient notamment tous les écrits de la Bienheureuse qui avaient été conservés par la Mère de Saumaise, qu'on a trouvés après la mort de celte sainte religieuse < et que l'on a copiés sur les originaux qui sont

à Dijon ». Au surplus, ce Ms. 6 est de la main de sœur Péronne-Rosalie de Farges, une des deux sœurs qui ont assemblé les matériaux de la Vie dite des Contemporaines. Sa compagne , sœur Françoise- Rosalie Verchère, a écrit le ms. de cette Vie que nous avons reproduit au premier volume; sœur de Farges a écrit le recueil que nous appelons Ms. 6. Nous sommes assuré qu'elle y a donné tous ses soins. Nous citerons donc toujours le Ms. 6 avant les autres et c'est pourquoi nous lui donnons la première colonne sur le tableau des références.

Ensuite nous aurons recours aux quatre autres Mss. : 3, 7, 8 et 9, en signalant les variantes de quelque importance.

Nous avons eu la bonne fortune de mettre la main sur la traduction italienne authentique qui fut faite, à Rome, en 1828 et 1829, des écrits soumis à la revision de la Sacrée Congrégation : c'était tous ceux qu'on connaissait alors : la Vie par elle-même, les Retraites, le Vœu de perfection, Soixante-huit lettres, la plupart des avis, défis et instructions et des prières. Cette traduction emprunte une très grande autorité à ce fait que tous les écrits sur lesquels elle porte ont été certifiés authentiques par la Chancellerie de l'évêché d'Autun. Elle est, au surplus, très littérale, comme nous avons pu en juger, en la comparant avec nos textes autographes. Elle nous a même fourni quelques pièces inédites, perdues depuis qu'on en avait envoyé la copie à Rome. Quand nous hésitions entre les différentes leçons de nos mss., nous avons, plus

d'une fois, tranché la difficulté à l'aide de ce recueil

authentique.

La Visitation de Nevers, expulsée, il y a quelques années et réfugiée à Mon* en Belgique, outre une riche collection d'autographes, nous a fourni un Recueil qui nous a été utile en plus d'une circonstance. Chaque avertissement particulier donnera les indications de détail, selon les cas, comme aussi, quand il y aura lieu de citer quelque autre ms. d'une importance moindre.

Nous devons toutefois parler encore d'un ms. considérable, dont nous n'avons eu connaissance que vers la fin de notre travail. Nous en devons la communication à M. l'abbé Auguste Hamon, auteur d'une lie récente de la Bienheureuse Marguerite -Marie. Ce manuscrit lui avait été confié par M. Déchelette, de Roanne, le savant historien des antiquités gauloises, tué au champ d'honneur, au début de la guerre. Ce ms. était venu en la possession de M. Déchelette, a a mort de M. l'abbé Méhu, curé de Poisson (près de Paray), qui, lui-même, avait hérité de la bibliothèque de M. Cucherat, aumônier de l'hôpital de Paray. C'est un ms. qui a la même origine que les autres. Nous ne savons comment il s'est trouvé dans la bibliothèque de M. Cucherat, au lieu d'être aux archives de la Visitation. Il comprend trois cahiers. Le troisième est intitulé : « Extrait de quelques lettres de notre Vertueuse Sœur Marguerite-Marie Alacoque, morte en odeur de sainteté, en ce monastère de Paray. le 17 octobre 1690. » Voilà qui accuse, sans contes-

lation possible, l'origine du ms. Nous l'avons dépouillé, page par page (les trois cahiers en renferment ensemble 255). Nous avons reconnu qu'il était de valeur égale, à ceux dont nous nous sommes servis, au-dessous toutefois du Ms. 6. Nous n'y avons rien rencontré qui ne se trouve dans l'un ou l'autre de ceux que nous avons employés, sinon dans la partie qui contient les Avis de la Bienheureuse. Nous lui avons emprunté ses principales variantes, comme on le verra à la IIP partie de ce volume. Nous le désignerons par l'initiale du nom de son possesseur : D, 1, 2, 3.

Voici la méthode employée dans notre publication : nous avons reproduit les aulographes scrupuleusement, à un mot près, nous bornant à donner aux textes l'orthographe moderne. S'il a fallu suppléer quelques termes oubliés par la Servante de Dieu — ce qui n'étonnera pas, si on se rappelle qu'il lui était défendu de se relire — nous avons mis ces mots entre crochets. Quant aux phrases incomplètes ou boiteuses, nous les avons laissées telles quelles, nous interdisant d'amender le style, par crainte de lui ôter quelque chose de sa vérité et de son charme.

Pour les autres mss. qui sont des copies, faites peu après la mort de la Servante de Dieu, par des religieuses de la Visitation, nous avons voulu les reproduire aussi très exactement, en donnant tous nos soins à reconstituer le meilleur texte et en notant, à côté du texte choisi pour l'ensemble d'un morceau, les variantes principales des autres mss.

Afin de débarrasser le bas des pages d'une multitude

de renvois, nous avons dressé, pour les diverses catégories d'écrits, un tableau des références que nous mettrons en tête de chaque partie. On y trouvera les chiffres de toutes les pages de nos vieux mss., comme aussi les renvois aux auteurs qui ont, les premiers, publié tel ou tel morceau, notamment Languet ; et enfin les références aux deux éditions précédentes : de telle sorte que, dans une même ligne, on voit d'un seul coup d'oeil tout ce qui concerne le morceau : s'il est inédit, si l'autographe a été conservé ; sinon, d'après quel ms. il a été reproduit ; quelle place il occupait dans les éditions précédentes, ou s'il y manquait et s'il avait déjà été publié par Croiset, Galliffet ou Languet. Pour abréger, nous désignerons la première édition de la publication de la Visitation par la lettre A et la deuxième édition par la lettre B. Nous écrirons donc simplement A., t. I — B., t. II, ce qui signifiera: première édition, tome premier; deuxième édition, tome second. Nous désignerons par Trad. itaL ou simplement : ital. la traduction authentique qui a été faite à Rome, pour être soumise à l'examen de la S. Congrégation des Rites.

Avant de caractériser le style et les écrits de la Bienheureuse, donnons la liste de tous ceux qui furent produits lors de la procédure de 1715.

Il y eut cinq séances de reconnaissance des écrits :

Première séance, le 22 juillet 1715 .

1° Un cahier contenant 32 feuillets, écrit de la main de la Vénérable Sœur ( Vie par elle-même |.

2° Extrait de baptême.

3° Certificat de confirmation.

4° Actes de prise d'habit, de profession et de décès.

5° lo lettres du P. de La Golombière à la Mère de Saumaise. — Copie, 6 feuillets.

6° Mémoire de la Mère de Saumaise.

7° Mémoire de la Mère Greyfié. — Copie, 21 feuillets.

8° Circulaire de la Visitation de Paray, après la mort de la Vénérable Sœur.

9° 27 lettres de la Sœur Marguerite-Marie à la Mère de Saumaise, plus une à la sœur Joly. — Copie, 28 feuillets.

10° 29 lettres aux Mères de Soudeilles et Dubuysson et à la sœur de la Barge. — Copie.

11° Projet d'un vœu. — Copie, 7 pages.

Deuxième séance, 27 juillet.

12° Sentiments et Résolutions de la Vénérable Sœur. — Copie, 6 feuillets.

13° Cahier d'avis de la Vénérable Sœur. — Copie, 27 feuillets.

14° Cahier contenant plusieurs motifs et saintes pratiques pour se préparer à la fête du sacré Cœur et autres mystères et fêtes. — Copie, 22 feuillets.

15° Petit cahier de 30 feuillets et le 31° commencé, contenant plusieurs oraisons composées par ladite Vénéra\ble Sœur, commençant par ces mots : (Jonsé-

cration au Sacré-Cœur, et finissant par ceux-ci : Le temps et V éternité.

16° Cahier con tenant 32 lettres ou avis de la Mère Grey fié .

17° Copie du procès-verbal, dressé par M. Languet, de la auérison de la sœur Desmoulin.

Troisième séance, 14 août.

18° Manuscrits originaux de 36 lettres, dont 29 ont déjà été mentionnées en copie à l'art. 10. (La sœur Verchère les avait fait venir de Moulins.)

Quatrième séance, 5 septembre.

19° Manuscrit original du vœu du plus parfait, déjà mentionné en copie, n° 11.

Cinquième séance, 12 septembre.

20° 10 lettres de la Vénérable Sœur, dont 9 à la sœur de Montrouan et à Madame de Montrouan, sa tante, supérieure des Ursulines de Paray. — Autographes.

21° En outre, le 1er août, M. Chrysostome Alacoque « a produit douze originaux de lettres qu'il a certifié écrites de la main de la Vénérable Sœur. Assure, ledit déposant, avoir plusieurs papiers et

lettres dans lesquels elle lui donne plusieurs avis très importants pour son salut, etc. »

22° Le 12 août, sœur Jeanne Dremière hospitalière, à Paray, « a présenté un livret d'environ 28 feuillets, écrit de la propre main de ladite Sœur Alacoque, commençant par ces mots : Divin Cœur de Jésus, et finissant par ceux-ci : Je vous veux aimer rie tout mon cœur ».

De tous ces écrits il ne nous manque que quelques lettres aux sœurs de Montrouan et à Chrysostome Alacoque, ainsi qu'il sera dit dans l'Avertissement des Lettres.

Le manuscrit original du Vœu du plus parfait n'a pas encore été retrouvé :

Il nous reste à parler de la manière d'écrire de la Servante de Dieu et de son style. On sait qu'elle ne demeura que deux ans pensionnaire chez les Clarisses de Charolles, et encore y fut-elle malade. Sa culture littéraire semble donc avoir été peu développée. Nous pouvons légitimement croire qu'elle fut formée, plus ou moins, dans le cloître. Quoi qu'il en soit, ses écrits prouvent qu'elle maniait aussi bien sa langue que les personnes instruites de son temps.

Il lui en coûtait beaucoup d'écrire. Elle ne le faisait ([ne par obéissance et sans aucun apprêt. Mais la haute inspiration qui s'exerçait sur son esprit se reflète dans son style, qui est simple et grand. La phrase est parfois embarrassée et compliquée, l'expression est toujours nette et précise. Elle a — assurément à son insu — la manière de son siècle qui

consistait à dire ce qu'on voulait dire en donnant aux mots toute la signification qu'ils tirent de leur racine ou de leur analogie. Aussi bien, on trouve dans ses écrits des pages qui ont la belle allure du xvne siècle et ne dépareraient pas les Elévations de Bossuet sur les mystères. Son raisonnement est judicieux, marqué au coin du vrai bon sens français. Elle exprime de fortes vérités sous une forme saisissante. Elle formule avec netteté des maximes spirituelles, comparables à celles des meilleurs maîtres. Nous aimons à redire qu'on en pourrait citer qui rappellent saint Augustin, ou sainte Thérèse, ou encore saint Jean de la Croix. Si elle n'est pas inférieure à ses Contemporains pour la forme, la 13>0 Marguerite-Marie est incomparable comme maîtresse de la vie spirituelle. Nourrie des traditions salésiennes, elle participe à la force de sainte Chantai et à la suavité de saint François de Sales. Sage, prudente, patiente, indulgente, elle se montre, quand il le faut, énergique et tenace. Elle s'appuie aux solides fondements : l'humilité, l'obéissance, l'abnégation ; puis elle fait rayonner sur les âmes l'amour et la bonté de Dieu, les poussant à se livrer sans réserve à l'action de sa grâce, qui les conduira proinplement, si elles sont dociles et détachées de tout ce qui est créé, aussi bien que d'elles-mêmes, à l'union de pensées, de sentiments, d'opérations avec le divin Maître et Epoux, en quoi consiste la perfection, qui est le but à viser constamment. Et, à proportion des efforts, de l'abandon, de l'union, elle promet le repos, la paix, la plénitude.

Marguerite-Marie Alacoque. — II. -i

Mais sa mission fut surtout de révéler le sacré Cœur de Jésus. Elle Ta vu dans des manifestations divines; elle en a mesuré, autant que Dieu le lui a permis, les mystérieuses dimensions : largeur, longueur, hauteur, profondeur. Elle s'est plongée dans cette contemplation. Instruite surnaturellement, elle a creusé dans son oraison les leçons du Maître céleste et se les est assimilées. Quand elle en parle, elle est comme le prophète dont les lèvres ont été touchées par un charbon ardent. Sa parole est chaude, embrasée; elle trouve des accents puissants et une éloquence irrésistible. Tous ceux qui en voudront faire l'expérience reconnaîtront qu'à la lire lentement, pendant quelques instants, le cœur s'échauffe, lame s'élève ; on sent que sa parole vient d'une région plus haute que l'homme. On rencontre des mots qui sont comme des éclairs de vérité et qui ont une grande beauté théologique, mystique et même philosophique; par où on découvre bien l'intervention de celui qui fait parler les prophètes et rend les simples éloquents.

Si la Servante de Dieu emploie souvent des formules de doute ou d'hésitation, ce n'est pas qu'ily ait incertitude dans son esprit ; mais elle obéissait à la recommandation de son directeur et de la Mère Greyfîé qui lui avaient conseillé d'user de ces manières de parler humbles et modestes.

Ce qui est encore supérieur, peut-être, à tout le reste, c'est le récit des grâces de Dieu et de l'action du divin Esprit en elle. Les faveurs ineffables, dont elle est l'objet, la confondent. Ayant entrevu quelque

chose de la sainteté de Dieu, elle se juge, par comparaison, si misérable qu'elle voudrait pouvoir s'anéantir, d'autant qu'elle a compris que c'est dans la destruction de la nature, viciée par le péché, que Dieu opère les grands effets de sa grâce et qu'il remplit de lui-même les cœurs vides de tout ce qui est créé. Elle se plaît à parler d'humiliation, de mépris d'elle-même, d'amour de son abjection. Elle a un véritable lyrisme des abaissements. Et, comme elle sait qu'elle ne peut ressembler à son Maître que dans ses anéantissements, dans ses douleurs, dans sa passion, elle a une soif ardente d'être humiliée et de souffrir. C'est, à lalettre, la folie de la Croix, qui est le dernier mot de la sainteté sur la terre.

Le 25 janvier 1915.

f FRANÇOIS-LÉON,

Archevêque de Besançon.

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