A UNE AUTRE QUI SE UAISSAIT DOMINER PAR SA PROMPTITUDE
Je me suis souvenue de vous à la sainte communion, comme je vous l'avais promis. Mais Notre-Seigneur veut que je vous die qu'il n'est pas content de vous et que si vous n'êtes plus attentive à modérer vos petites saillies et promptitudes, vous le contraindrez de s'éloigner de votre cœur. Prenez garde de vous éloigner de la voie qu'il vous a tracée, car vous deviendriez aussi méchante que vous avez voulu être bonne. Mais pour vous redresser, vous ferez, si vous voulez me croire, tous les jours cinq pratiques : trois de mortification de vos promptitudes et deux de vos répugnances, jusques à la Présentation de Notre-Dame, pour gagner le Cœur de Jésus-Christ, et vous disposer à recevoir
les grâces qu'il vous a destinées en solitude. Le Seigneur vous aime : — si cela n'était, il vous laisserait plus longtemps croupir dans vos fautes. Confiez-vous en sa bonté et combattez courageusement. Ne vous troublez ni ne vous laissez abattre. Et quand vous serez tombée volontairement, vous en ferez pénitence.
Vous ne pouvez marcher dans la voie que le Seigneur vous a tracée, que par un continuel renoncement de vousmême et de tous ces mouvements trop empressés que vous avez à la créature. Mourez donc à toutes ces inutiles inclinations et Jésus-Christ vivra en vous, car il veut que vous alliez à grands pas à la perfection, afin que sa grâce ne soit point vaine en vous. Sa bonté vous en fasse la grâce, c'est ce que je vous désire.
Vive j- Jésus !
[ UNE AUTRE TRÈS FERVENTE DANS l'aMOUR DE JÉSUS-CHRIST
Souvenez-vous que si je meurs devant vous, vous tiendrez ma place devant le saint Sacrement ; vous lui demanderez pardon de toutes les irrévérences qu'il a reçues de moi. Et si Dieu me fait miséricorde, je vous promets que je ne vous oublierai pas; mais je ferai pour vous tout ce qui est en mon pouvoir. En attendant ce temps, crovez ma bien-aimée sœur, qu'il n'y a rien que je ne voulusse, ôté le pèche, pour votre avancement au saint amour. Aimons-nous donc dans le sacré Cœur de Jésus; aimons-le l'une pour 1 autre ; aimons-le dans tous les événements et dites toujours pour mot du guet: Fiat voluntas tua! Aimez et faites ce que vous voudrez ; car, qui a l'amour a tout. Faites tout par amour dans 1 amour et par l'amour, car c'est l'amour qui donne les prix à tout. L'amour ne veut point d'un cœur partagé: il
Marguerite-Marie Alucoque. — II
veut tout ou rien ! L'amour vous rendra tout facile. Rendezlui donc amour pour amour et n'oubliez jamais Celui que l'amour a fait mourir pour vous. Mais vous ne l'aimerez qu'autant que vous saurez souffrir en silence, le préférer à la créature et l'éternité au temps.
Vive f Jésus !
A UNE AUTRE QUI LUI AVAIT DEMANDÉ DES RÈGLES 'de CONDUITE
Voici, ma très aimée sœur, un petit mot du cœur, selon le désir que vous m'en témoignez, c'est que si vous voulez seconder les desseins que le sacré Cœur a de vous rendre sa vraie disciple, il faut renoncer à tout le raisonnement humain : c'est-à-dire qu'il ne faut pas disputer avec la grâce lorsqu'elle vous presse de pratiquer la vertu, pour vous faire faire le bien ou vous faire éviter le mal. Il faut suivre courageusement les bons mouvements qu'elle vous donne, malgré toutes les répugnances et oppositions de la nature; car il ne faut pas vous flatter : cette grâce qui vous presse à présent si vivement, se ralentira peu à peu, se lassera et se retirera de nous et nous laissera froide et insensible à notre propre mal. Après cela nous aurons beau la demander et la chercher, le sacré Cœur de Jésus se jouera de nous comme nous nous sommes joués de sa grâce. Dieu nous garde de ce malheur ! Je vous dis ceci afin que vous le préveniez et n'y tombiez jamais.