‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 214 sur 284 · FIDÉLITÉ COURAGEUSE A EXÉCUTER LES RÉSOLUTIONS PRISES · texte numérisé non relu

FIDÉLITÉ COURAGEUSE A EXÉCUTER LES RÉSOLUTIONS PRISES

J'ajoute à vos résolutions le bon emploi du temps destiné à l'oraison et autres exercices spirituels. Cette fidélité vous soutiendra dans tous vos devoirs. Mettez sur les yeux de votre âme le bandeau de la sainte et amoureuse soumission à Dieu, et, pour l'amour de lui, à l'obéissance qui aura droit de vous commander. Ainsi, sans détour ni réflexion, marchez votre chemin, qui est celui de l'exactitude à l'observance de vos devoirs, desquels vous ne devez point vous distraire, à moins que la charité ou la nécessité ne l'exige jie vous, car tout le reste n'est qu'accessoire et doit céder mx ordonnances marquées dans les Règles, Constitution et Directoire.

Voilà, ma chère et bien-aimée sœur, ce que je vous Recommande particulièrement et de ne vous attacher qu'à i^ieu seul. N'ayez point de respect humain. Anéantissez ::es réflexions d'amour-propre qui vous empêchent de devenr intérieure. Car, mon enfant, prenez-y garde : la vertu le consiste pas à faire de belles résolutions ni à dire de belles paroles, mais à faire de bonnes exécutions et en venir aux •tfets. A moins que de cela, elles ne vous serviraient qu'à ine plus grande condamnation. Soyez donc fidèle en votre

intérieur et rendez à Dieu ce que vous lui avez promis, tâchant de tout votre pouvoir d'être humble et douce envers le prochain, aimant d'être [reprise et corrigée d'un chacun sans vous excuser, recevant tous les événements de la Providence avec soumission, en disant toujours : soit fait, mon Dieu, comme vous voulez.

Vive -j- Jésus !

ELLE SUGGÈRE DES RÉSOLUTIONS GÉNÉREUSES A UiNE POSTULANTE] QUI ALLAIT PRENDRE LE SAINT HABIT

Dites souvent avec le prophète : « Que rendrai-je au « Seigneur pour les grands biens qu'il m'a faits? » — Je lui ! ferai un continuel sacrifice de tout mon être, par hommage d'amour et de louange à sa souveraineté. Pour cet effet, je] le choisis pour l'unique objet de mon amour, tout le trésor de mon cœur, les délices de mon âme, n'en voulant plus d'autre en la vie que de m'étudier à me conformer à mon Epoux crucifié par une entière mort à ma propre volonté et inclinations, lesquelles je sacrifierai non seulement à l'obéissance, mais encore à la condescendance envers le prochain, duquel je ne parlerai jamais qu'avec estime ; et lorsque je lui verrai faire quelque faute, j'offrirai à Dieu une vertu du sacré Cœur de Jésus pour y satisfaire.

Je tacherai de me tenir toujours anéantie dans l'abinn de mon néant par un véritable mépris de moi-même qui me fera regarder les épouses de Jésus-Christ comnit mes supérieures qui ont droit de me commander et humilier. Et lorsqu il m'arrivera quelque humiliation ou mortification, je la recevrai comme un gage de l'amour di sacré Cœur et la souffrirai en silence, faisant particulier»

AVIS PARTICULIERS « i O 7

attention de ne point parler de mes insatisfactions, ne m'excusant jamais, puisque mon Sauveur ne s'est point excusé, bien qu'il fût innocent, et a été obéissant jusques à la mort de la Croix : c'est pour honorer son obéissance que je veux obéir jusqu'au dernier soupir de ma vie, sans réfléchir, ni murmurer, ou désapprouver ce que l'on m'ordonnera. Je veux vivre comme une enfant, sans souci, dans le sacré Cœur de mon bon Père, lui laissant faire et disposer de moi selon son bon plaisir, sans autre soin de ce qui me regarde que de m'abandonner toute à celui de son amoureuse Providence, me laissant conduire en tout avec la simplicité l'un enfant, n'ayant d'autre vue ni désir en tout ce que je rerai que de contenter le sacré Cœur de Jésus.

Quand je garderai le silence, je l'unirai à celui de Jésus m saint Sacrement. Quand j'obéirai, ce sera pour honorer 'obéissance qu'il rend au prêtre. Quand je m'humilierai et nortifîerai mes sens, ce sera pour honorer l'humilité qu'il y )ratique et la mortification des siens. Je ferai tout mon îossible pour me rendre douce et soumise, mortifiant mes ■essentiments et répugnances.

Voilà, ma chère sœur, un petit mot de résolutions. Je es ai plus étendues que je ne pensais ; cela vous sera utile si 'ous y êtes fidèle. Demandez bien cette grâce au sacré Cœur le Jésus le jour de votre prise d'habit ', prenant votre cœur omme s'il était en vos mains, offrez-lui et lui consacrez, fin qu'il en soit à jamais l'unique possesseur, qu'il y règne bsolument et qu'il vous apprenne à l'aimer parfaitement, . ne lui jamais déplaire volontairement et a porter la Croix moureusement. Lorsque vous aurez fait quelques fautes

d. Deux sœurs seulement prirent le saint habit pendant que la îienheureuse fut maîtresse des novices, savoir: la sœur Marie-Chrisine Bouthier, le 11 février IG80, et la sœur Marie-Nicole de la aige des Claines, le 12 mai 1686. C'est évidemment à'I'une des deux ue ce billet fut adressé.

Marguerite-Marie AUtcoqae. — II.

sur ce que je vous marque ici, vous vous en imposerez quelque pénitence.

Vive y Jésus !

a une novice

derniers avis de la sainte maîtresse

qui allait quitter le noviciat

(L'autographe des deux morceaux entre parenthèses est à la Visitation de Paray.)

Je le veux bien, ma très aimée sœur, contenter votre désir en vous disant ce petit mot avant que de vous quitter, pour vous recommander d'être inviolablement fidèle au sacré Cœur de Notre-Seigneur, en faisant tout le bien qu'il vous fera connaître désirer de vous, en l'aimant d'un amour de préférence à tout le reste, comme votre bon Père qui vous a enfantée sur la Croix avec tant de douleur qu'il est bien juste que vous soyez toute à lui sans réserve, vous reposant sur son amoureuse providence, en lui laissant le soin de vous-même, ne faisant aucune faute volontaire, pour petite qu'elle soit. De plus, il faut que vous soyez fidèle à vos Règles, en tâchant de tout votre pouvoir de vous former et ajuster à toutes les observances et aux pratiques et enseignements que l'on vous donne au noviciat, vous y tenant si attentive que rien au monde ne soit capable de vous en retirer. Rendez-vous exacte à toutes les pratiques d'observances, sans jamais rien négliger pour petites que vous paraissent les choses, parce qu'il y a souvent de grandes grâces attachées à ce qui nous paraît plus petit.

Premièrement, vous vous étudierez à vous rendre une bonne religieuse, tâchant, en tout, de vous conformer ; votre Epoux crucifié, auquel vous n'êtes encore liée que pai

désir1. C'est pourquoi il vous faut orner des vertus qui vous pourront rendre plus agréable à ses yeux : surtout il a été obéissant jusques à la mort de la Croix et toujours il obéit aux prêtres sur nos autels. C'est pourquoi il vous faut mettre entre les mains de l'obéissance pour obéir jusques à la mort de toutes vos volontés et inclinations, vous laissant conduire et disposer de vous sans résistance ni réplique, quelque répugnance que vous y ressentiez, disant toujours: « Je ne suis pas venue en religion pour y faire ma volonté », laquelle vous tâcherez de rompre en toutes occasions, unissant vos obéissances à celles de Jésus au saint Sacrement, où il est caché et anéanti. De même, vous vous tiendrez cachée dans son sacré Cœur, comme tout anéantie aux yeux (des créatures, sans mêler de rien que de vous humilier et bien faire tout ce que l'obéissance ou vos Règles demandent de vous, étant toujours prête à tout faire et tout souffrir sans vous plaindre jamais, ni croire que l'on vous fasse tort, ni vous excusant point, ne recherchant point d'être louée ni approuvée en ce que vous ferez. Et s'il arrivait qu'on le fît, dites en vous-même : « Voilà ce qui ne m'est pas dû. ») Et, lorsque l'on vous méprisera, réjouissez-vous, disant : « Voilà ce qui m'appartient! »

Soyez douce, si vous voulez plaire au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui ne se plaît qu'avec les doux et humbles de cœur. Ne vous troublez ni inquiétez jamais de rien, non pas même de vos défauts, vous humiliant seulement lorsque vous y serez tombée. Ensuite tenez ! votre âme en paix et vous remettez au bien. (Voilà comme 'il faut faire, si vous voulez que Dieu y habite, car vous devez toujours regarder votre âme comme son sanctuaire. C'est pourquoi il vous faut bien garder de la souil-

!i. Cette phrase semble indiquer que ces conseils sont adressés à la jeune sœur Marie-Nicole de la Faige des Claines, la seule qui neut point encore prononcé les saints vœux quand la Bienheureuse quitta la charge de maîtresse des novices.

1er d'aucune tache. De plus, il faut faire de votre cœur un trône à son amour, et, vous retirant là avec lui, vous y entretenir en silence, en l'adorant et aimant de toutes vos forces et puissances, retranchant) toutes pensées inutiles, toutes vaines curiosités, afin d'écouter en silence ce qu'il dira à votre cœur, duquel vous devez retrancher toutes réflexions d'amour-propre. Autrement, il se retirera de vous et vous ne pourrez apprendre à converser avec lui.

Mais surtout, je vous recommande de vous tenir gaie, joyeuse et contente, car c'est la vraie marque de l'esprit de Dieu, qui veut qu'on le serve avec paix et contentement, ne vous rendant point gênée ni contrainte ; mais faites toutes choses avec un esprit libre en la présence de Dieu, dans le seul désir de lui plaire en tout ce que vous ferez. Le moyen sûr pour tout ceci est de graver dans votre cœur l'amour à votre abjection, à quoi il vous faut toujours être attentive en vous tenant petite et basse à vos yeux. Ne cachez rien à ceux qui vous conduisent, ni le bien ni le mal et Dieu vous bénira, car il est ennemi de tout détour et duplicité. En voilà bien assez. Je prie le Seigneur de vous y rendre fidèle ; car, comme je vous aime, il me fâcherait bien si vous changiez en vous rendant pire, ce que j'espère qui ne sera point Dieu aidant.

Vive -j- Jésus !

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