‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 222 sur 284 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

INSTRUCTION SUR LESPR1T DE LA VISITATION (L'autographe est au monastère de la Visitation d'Annecy.)

Ne pensez pas que ce soit manque d'affection que j'aie un peu différé à vous répondre, car je vous aime sincèrement dans le sacré Cœur de Notre-[Seigneur] Jésus-Christ, lequel .sait que c'est de toute l'affection du mien que je me fais un

1. Le premier et le dernier alinéa étaient jusqu'à présent inédits.

plaisir de vous rendre mes petits services pour sa gloire et votre avancement à son saint amour, sans que je m'en tienne aucunement importunée.

Je vous dirai donc simplement ma pensée selon votre souhait. Il faut que vous viviez toute abandonnée à la merci de la divine Providence, recevant indifféremment, comme de sa part, la jouissance et la souffrance, la paix et le trouble, a santé et la maladie. Ne demandez rien, ne refusez rien ; mais tenez-vous prête à faire et souffrir tout ce que cette divine Providence vous envoiera, soit dans l'oraison ou ailleurs. Travaillez au parfait dénuement de vous-même et tâchez de prendre le vrai esprit de la Visitation, qui est une jrofonde humilité envers Dieu et une grande douceur envers le prochain. Par cette humilité, vous vous tiendrez toute anéantie au dedans de vous-même, comme indigné de tout bien et des miséricordes et grâces du Seigneur. Cette même rumilité vous fera mépriser toute recherche de vaine estime mcomplaisancedes créatures et, en échange, vous fera réjouir 'en être oubliée, méprisée et avilie, sans jamais croire qu'on 'ous fasse tort lorsqu'on vous contredira, humiliera et accuera, n'opposant à tout cela qu'un profond silence, parconfornité à Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrant, qui se veut ervir de tels moyens pour accomplir son œuvre en vousr n détruisant toute recherche de propre volonté et d'amourropre, qui sont des rejetons de notre nature corrompue, ui font un grand obstacle à la grâce. Prenez donc pour spiration ces paroles de Notre-Seigneur en toute sorte de ispositions et d'événements : Fiat volon tas tua ! et ensuite : Mon Dieu, je m'abandonne à vous ! »

La douceur envers le prochain vous rendra supportante -condescendante à son égard, charitable à lui rendre vos tits services, l'excusant en ses défauts, malgré toutes les îpugnances que vous y pourriez sentir, lorsque vous en irez reçu quelque insatisfaction, priant pour lui. Et c'est nsi que vous gagnerez le sacré Cœur de Notre-Seigneur

Jésus-Christ, dans lequel vous devez vous tenir comme faible dans votre fort assuré, vous y réfugiant surtout lorsque vous vous sentirez attaquée de vos ennemis qui résident au dedans de nous-même, qui voudraient souvent nous jeter dans le trouble et le chagrin à la moindre petite difficulté qui se présente. Mais vous trouverez dans ce sacré Cœur la force nécessaire pour ne vous point laisser abattre ni troubler de rien, non pas même de nos défauts, pour lesquels il nous faut humilier et non jamais décourager, étant bien aise qu'ils soient connus et de paraître ce que nous sommes. Cette fidèle pratique tiendra toujours votre âme en paix et en fera le trône de Dieu. Soyez donc bien aise quand il vous fournira quelque occasion de souffrir, soit à l'égard d'autrui ou de vous-même ; recevez-les comme un gage de son amour, qui prétend vous faire mériter par tels moyens, pour se rendre l'unique possesseur de votre cœur. Ne lui disputez donc plus si peu de chose ; mais, demain, après la sainte communion, prosternée en esprit ai ses pieds et comme tenant votre cœur en vos mains, faiteslui-en un entier et parfait sacrifice et de tout ce que vous : êtes, le suppliant ne vous pas rejeter après lui avoir si longtemps résisté, ne vous réservant rien que le seul désir de lui plaire et l'aimer, quoi qu'il vous en puisse coûter ; car il veut tout ou rien.

Unissez-vous toujours en tout à ses desseins sur vous; et puis, laissez-le faire tout ce qu'il voudra de vous en vous1' et pour [vous], anéantissant toutes les vues contraires].

Voilà, ma chère sœur, ce qui m'est venu en pensée df vous dire. Je souhaite que Dieu en soit glorifié et votre âme sanctifiée. Et s'il y a quelque chose qui vous fasse peine 01 qui ne vous agrée pas, je vous prie le brûler. Priez le Seigneur pour la conversion de cette chétive et indigne pèche resse, afin qu'il me fasse miséricorde et que je ne meure pai dans l'impénitence. Tenez-vous assurée de mon affection e du désir que j'ai de votre perfection. D. S. B.

Page 1