‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 231 sur 284 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

d'un coup et sans peine, car il faut bien des combats ; mais il faut être persévérante pour avoir la victoire. Il faut bien vous garder de lui témoigner l'attachement que vous avez pour elle, non plus que de lui faire aucune caresse ni d'en rechercher d'elle, ne conversant que le moins que vous pourrez avec elle. Enfin, il n'y a que votre fidélité, avec la grâce, qui puisse empêcher que ce mal ne croisse en votre cœur, tant à l'égard de cette personne qu'à d'autres créatures : car, comme c'est là votre penchant, si vous n'y prenez garde, [votre cœur] s'épanchera et s'attachera facilement à la créature et, par ce moyen, sera toujours vuide de Dieu, qui ne veut point d'un cœur partagé — aussi, le mérite-t-il bien tout entier. Soyez-lui donc fidèle en l'aimant d'un amour de préférence qui vous rende toute à lui ; autrement, vous n'aurez jamais la paix dans votre cœur si vous n'êtes attentive au saint recueillement par la mortification de vos sens. Soyez aussi fidèle à vos Règles en n'en négligeant point, pour petite qu'elle soit. Soyez fidèle à vous-même, en rentrant souvent dans votre intérieur pour examiner ce qui s'y passe et regarder si tout y est conforme au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ne vous pardonnez point de faute sans vous en imposer quelque pénitence. Surtout, ce que je vous recommande encore, c'est de ne point faire de faute avec vue et de vous rendre humblement douce et condescendante au prochain, sans vous laisser aller à aucune vaine complaisance ou respect humain. [GeJ sont là des pièges très dangereux à votre naturel. Prenez-y garde et soyez constamment fidèle au bien que vous connaissez et que vous vous êtes proposé d'aimer inviolablement le sacré Cœur, lequel je supplie consommer dans ses saintes flammes tout ce qui lui déplaît en vous.

Voilà, ma bien-aimée [sœur] ce que je suis bien aise de vous dire pour dernier adieu avant que de vous quitter, car j'ai un si grand désir de votre perfection que cela m'affli-

gérait beaucoup si je voyais que vous n'y travaillassiez pas comme il faut. On ne se peut sauver sans peine, car cette vie n'est qu'un continuel combat. Mais, bon courage ! ne vous laissez point abattre ni ne vous troublez point de vos fautes, mais tâchez d'en toujours tirer l'amour à votre abjection, qui ne doit jamais quitter votre cœur d'un moment.

Aimez bien le sacré Cœur et il vous aidera à vous vaincre, h vous humilier et à vous détacher des créatures et de vous-même.

Adieu, ma chère sœur, aimez toujours un peu celle qui vous chérit tendrement dans l'aimable Cœur de Jésus, hors duquel il ne faut rien affectionner. Priez-le bien pour moi et soyez sûre que je ne vous oublierai pas en sa présence. Il soit béni, aimé et glorifié éternellement!

Je répondrai sur l'autre article quand je vous parlerai.

Si vous ne profitez de ce que je vous dis, le sacré Cœur vous abandonnera et moi je le ferai aussi et vous deviendrez une plante sèche et stérile qui ne sera plus propre qu'à être arrachée et jetée au feu. Voilà le malheur où vous jetterait l'amour des créatures et la recherche de leurs estime et amitiés, si vous ne la mortifiez et la détruisiez avanl qu'elle eût fait plus de progrès. Et si votre Epoux est jaloux de votre cœur, soyez aussi jalouse du sien en l'empêchant, par votre fidélité, de donner à un autre la place et l'amitié qu'il vous avait destinées dans le sien adorable. En voilt assez pour toute votre vie et je ne pensais pas vous en tanl dire. Dieu soit béni et vous bénisse !

Vive -p Jésus !

A UNE NOVICE QUI L AVAIT PRIÉE DE LUI DONNER PAR ÉCRIT QUELQUE MOT PROPRE A RÉVEILLER SA FERVEUR

(L'autographe est au monastère de la Visitation de Turin.)

Puisque vous voulez, ma chère sœur, que je vous die un petit mot, je le fais de bon cœur dans le désir que j'ai que vous soyez toute à Celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui me semble vouloir de vous une grande fidélité à lui faire des sacrifices de tout ce qu'il vous fera connaître lui être agréable, quoi qu'il en puisse coûter à la nature, car on ne se peut sauver sans souffrir. Et, comme il est jaloux de notre cœur et qu'il veut le posséder seul, il faut aussi que vous soyez jalouse du sien, en l'aimant la plus, si vous pouvez. Et comme l'amour conforme les amants, il faut, si vous voulez être aimée de ce sacré Cœur, tâcher de vous rendre humble et douce de cœur comme lui.

L'humilité vous fera réjouir, lorsque l'on vous humiliera et méprisera ; elle vous empêchera de vous excuser, disant en vous-même : Jésus ne s'excusait pas ! Elle vous rendra encore soumise et obéissante à tout ce que l'on demande de vous sans réplique.

sur la nécessité de se faire violence

Je crois que le sacré Cœur de Notre-Seigneur veut de vous que vous fassiez attention à trois choses. La première,

que vous l'aimiez d'un amour de préférence qui vous fasse surmonter vos répugnances et mettre sous les pieds ces respects humains, ce « qu'en dira-t-on si je fais cette pra- « tique de vertu ? » — Il faut mépriser tout cela, partout où il s'agira de plaire à ce divin Cœur. — De plus, il ne faut mésestimer, juger ni condamner que vous-même, et, par cette pratique, vous observerez celle de la charité et de l'humilité et éviterez le jugement et la condamnation de votre Juge. La [troisième], c'est qu'il veut être l'objet de tous vos complaisances et que vous preniez tout votre plaisir en lui, pour vous rendre digne qu'il le prenne en vous. Il veut que vous régliez votre cœur sur les vertus du sien. Et si vous saviez combien vous l'affligez quand vous manquez à la charité ou humilité, ou que, par lâcheté, vous négligez les vues qu'il vous donne de vous retirer de la dissipation et réflexion sur vous-même ! Cela lui fait horreur et l'empêche de vous départir ses grâces plus abondamment. Je crois vous avoir déjà dit tout ceci; mais il souhaite que je le vous recommande encore, car il me semble qu'il ne vous veut pas donner des nouvelles pratiques pour le présent — mais vous lui plairez beaucoup et le contenterez si vous vous rendez fidèle à celle que vous avez. Tâchez donc de correspondre à son amour en lui donnant tout le vôtre dans une exacte et fidèle pratique de toutes nos saintes observances, bannissant toutes vaines curiosités et ne vous étonnant ni décourageant des difficultés, tenant toujours votre âme en paix, sans vous plaindre de rien, faisant votre plaisir de vous anéantir. Et, si vous aimez, rien ne vous sera difficile.

XLIIP

Vive y Jésus !

Page 1