A UNE JEUNE SŒUR QUI COMMENÇAIT SON NOVICIAT
Puisque Dieu vous a mise dans la barque de la sainte I religion, vous n'avez plus qu'à vous abandonner et vous laisser conduire aveuglément par la sainte obéissance, vrai signe de la volonté de Dieu sur vous. N'ayez en tout ce que vous faites de désir ni de vues que de plaire à Dieu. Ne regardez que lui en tout ce qui vous arrive, sans vous sou- i cier de quelle matière sont composées les croix qu'il vous donne. Son bon plaisir vous doit suffire en tout événement. Reposez-vous dedans son sein comme un enfant sans souci : "son amour prendra soin de vous. Soyez humble envers Dieu et douce au prochain. Ne jugez et n'accusez que vousmême et excusez toujours les autres. Parlez toujours de Dieu en le louant et glorifiant ; du prochain en l'estimant et jamais de vous-même, ni en bien ni en mal.
Si vous souhaitez honorer le sacré Cœur de Jésus- Christ, rendez-le le dépositaire de tout ce que vous ferez et souffrirez, lui offrant toutes vos actions afin qu'il en dispose et qu'il les applique selon son bon plaisir, vous unissant toujours à ses saintes intentions en tout ce que vous ferez et en tout ce qui vous arrivera. Faites votre demeure dans ce Cœur adorable ; portez-y vos petits chagrins et amertumes — tout y sera pacifié : vous y trouverez le remède à vos maux, la force en vos faiblesses et votre refuge en toutes vos nécessités.
Traitez avec Notre-Seigneur avec une entière confiance et simplicité; ne vous amusez point à réfléchir sur vos fautes : cela ne sert souvent qu'à contenter l'amour-propre et à nous décourager. Quand nous en avons fait, il faut nous en humilier devant Dieu, lui demandant pardon et puis, comme dit notre saint Fondateur, se remettre à travailler avec un nouveau courage. Oubliez vos intérêts et le soin de vous-même entre les bras de votre bon Père céleste.
Encore une fois, je vous prie, regardez Dieu et non vousmême. Plus vous vous éloignerez de vous-même et plus vous vous approcherez de Dieu. Il prendra soin de vous à mesure que vous vous oublierez. Aimez à être tenue comme un néant dans la maison de Dieu. Chérissez et honorez ceux qui vous humilieront ou qui vous mortifieront ; regardez-les comme vos plus grands bienfaiteurs et dites en vousmême : « Si on me connaissait, l'on verrait que j'en mérite « bien davantage ! »
^ Lorsqu'on vous accusera, pensez que Jésus-Christ ne s'est pas excusé — qu'à son exemple vous ne devez pas le faire, quand même vous ne seriez pas coupable de ce dont on vous accuse. D'ailleurs, combien d'autres fautes avezvous commises dont on ne vous a pas accusée ?
Songez, en toutes les obéissances que vous pratiquez, que Jésus a été obéissant jusqu'à la mort de la Croix'. 'Regardez- vous comme une pauvre à qui on donne tout par bharité et que, si on vous dépouillait de tout, on ne vous ferait point d'injustice. Enfin, tâchez de vous conformer en iout à votre amour Jésus et Jésus crucifié. Faites tout par mour et pour l'amour et employez bien le moment présent, ~.ns vous inquiéter de l'avenir.
Marie-Marguerite Alacoque. — II. 4f>
Vive -f Jésus!
a une autre qui avait besoin d'humilité, et a qui il était
ÉCHU PAR LE SORT d'hONORER LA VIE HUMILIÉE DE JÉSUS- CHRIST AU SAINT-SACREMENT.
Votre billet, ma chère sœur, me confirme toujours de plus en plus ce que je vous ai dit au sujet de l'humilité, qui est la voie sûre de votre salut. Vous ne pouvez plus vous éloigner de cette voie sans perdre l'amitié de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Il vous élèvera en lui autant qu'il vous trouvera anéantie en vous-même. Faites donc tout par amour et par humilité. Vous y êtes doublement engagée par le sort qui vous est échu d'honorer la vie humiliée de Jésus-Christ au saint Sacrement. Il faut donc vous offrir à lui, comme le néant devant son Créateur, qui lui donnera tel être qu'il lui plaira, sans qu'il trouve de résistance. Votre attention doit donc être de vous humilier et de vous faire un plaisir de ce que les autres vous aident à le faire. N'évitez pas les occasions d'humilité et celles qui pourront vous rendre vile et abjecte, soit devant les créatures, soit au dedans dé vous-même. Parce que Jésus- Christ vous aime, il vous en fournira souvent les occasions ; c'est là ce qui vous unira plus étroitement à son divin Cœur, auquel vous devez tâcher de vous conformer. Vous le ferez en vous rendant douce et humble comm( lui, gardant le silence dans les accusations, le gardant de même sur tout ce qui pourrait vous attirer de la vaint estime et l'approbation des créatures — car le Seigneui rejette souvent ce qu'elles estiment le plus et son espri ne repose que sur l'humble de cœur. Tendez là de tou votre pouvoir; et, s'il vous arrive que, par fragilité, vou:
y manquiez, ne vous troublez point, mais humiliez-vous de n'avoir pas été humble et tenez-vous en paix dans l'amour et dans la confiance en la bonté du Cœur de Jésus- Christ. Je le supplie de vous rendre toute à lui et qu'il vous fasse la grâce de lui être fidèle, selon les vues qu'il vous en donnera dans les occasions.
Vive -J- Jésus!