Titre de l'Italien, du Ms. D 1 et de Languet
Marguerite-Marie Alacoque. — II. 47
des autres avec estime. Vous ferez quinze pratiques sur tout cela ; et lorsque vous y aurez manqué cinq fois avec vue", vous porterez le bâillon.
Au réfectoire, vous ferez mourir votre goût en mangeant indifféremment ce qui vous sera présenté, sans rien choisir. Cinq pratiques.
Vous ferez mourir la curiosité de vos oreilles, en les privant d'entendre ce qui vous pourrait donner de la distraction ; vous en ferez cinq pratiques. Et à chaque fois que vous ferez quelqu'une de ces pratiques vous direz : 0 sacré Cœur, je meurs à ce plaisir, pour ne vivre qu'à votre amour !
Voilà ce que je crois qu'il demande de vous : que vous mouriez à vous-même en ce saint temps de carême, pour ressusciter avec lui.
Ces vingt-cinq pratiques, avec les quinze de l'autre défi, seront pour honorer les quarante jours qu'il demeura dans le désert. Et celles qui s'y rendront les plus fidèles seront les plus aimées et caressées de lui, et obtiendront un plus grand don d'oraison, que l'on ne peut acquérir que par une vraie mortification, laquelle je vous souhaite de tout mon cœur.
Vive f Jésus !
CONVENTIONS d'aMOUR POUR HONORER LE DIVIN CŒUR DE JÉSUS *
Vive Jésus dans le cœur de ses fidèles amantes qui désirent consacrer leurs actions pour rendre hommage à son sacré Cœur au saint Sacrement !
a) : liai. : « vous direz un Miserere, les bras étendus ». Ms. D 1 : « les bras en croix ».
i. Languet : Manière de consacrer chacune de ses actions, pour rendre hommage au Cœur de Xotre-Seigneur Jésus-Christ dans le saint Sacrement.
Premièrement, le matin après nous être mises sous la protection de la Sainte Vierge, nous la prierons de nous offrir à Jésus-Christ au très saint Sacrement, pour rendre hommage à l'offrande qu'il y fait de lui-même à son Père éternel ; unissant nos âmes à la sienne, afin qu'il les préserve du péché ; nos cœurs à son Cœur, afin qu'il y consomme tout ce qui lui déplaît. Il faut ainsi unir tout ce que nous sommes à ce qu'il est, et le prier de suppléer à ce qui nous manque.
Nous unirons notre oraison à celle que Jésus fait au saint Sacrement pour nous; et, à la fin, nous offrirons à Dieu celle de son divin Fils, pour réparer les défauts et pertes de temps de celle que nous venons de faire.
A l'office nous unirons nos louanges à celles de Jésus, et tâcherons d'entrer dans ses saintes intentions et dans son ardente pureté, afin qu'il soit partout notre supplément auprès de son divin Père.
Voyant qu'il se rend obéissant aux prêtres bons ou mauvais, et se met entre leurs mains pour y mourir mystiquement, prenant la qualité d'hostie pour se laisser immoler et sacrifier selon leur dessein sans qu'il témoigne sa répugnance ; pour me conformer à lui, je me rendrai prompte à l'obéissance, et, comme une hostie d'immolation, je me mettrai entre les mains de mes supérieures, de' quelle j manière qu'elles soient; afin que, mourant à toutes mes ; volontés, inclinations, passions ou aversions, elles puissent disposer de moi à leur gré, sans que je fasse paraître la répugnance que j'y sentirai. Et la violence que je me ferai sera pour honorer celle que Jésus se fait pour entrer dans les âmes souillées du péché, dont il a tant d'horreur, qu'à chaque fois qu'il y entre il y renouvelle cette agonie mortelle du jardin des Olives.
Sa vie est toute cachée aux yeux des créatures, qui n'y aperçoivent rien que les pauvres et viles espèces du pain et du vin. De même, je tâcherai de me tenir tellement cachée,
que je n'aurai point de plus grande joie que de ne voir paraître en moi que ce qu'il y a de plus pauvre et abject, pour me tenir toujours cachée sous la cendre de l'humilité, par les rebuts et mépris des créatures, pour soulager mon Jésus dans les mépris, injures, sacrilèges, profanations et autres indignités qu'il reçoit dans cette vie cachée, sans que jamais il se plaigne. En vue de quoi je ne me plaindrai ni excuserai, me souvenant toujours que chacun a droit de m'accuser, humilier et me faire souffrir, puisque l'amour du sacré Cœur m'oblige à tout souffrir sans me plaindre ni dire que c'est assez.
Jésus est toujours solitaire au très saint Sacrement, n'y conversant qu'avec Dieu. Pour me conformer à lui, je tâcherai d'être partout solitaire, ne conversant intérieurement qu'avec Jésus. Mon entendement n'aura de curiosité que pour le connaître, afin que mon esprit soit toujours attentif à l'adorer, et mon cœur tout ardeur pour l'aimer.
Il est là comme dans un état de mort au regard de la vie des sens. Il faut donc que je fasse mon plaisir de n'en point avoir, en renonçant à tout ce qui m'en pourrait procurer, essayant de mortifier tout ce qui les pourrait contenter.
Jésus se fait pauvre au très saint Sacrement, nous donnant tout ce qu'il a, sans se rien réserver, pour posséder nos cœurs et les enrichir de lui-même. Il faut, pour l'imiter et gagner le sien tout aimable, que je me quitte et me méprise moi-même, et sois bien aise que les autres le fassent à mon égard.
Jésus y garde un perpétuel silence, lequel je veux imiter par le silence intérieur et extérieur, ne parlant que par l'ordre de ma règle et de la charité.
Quand j'irai au réfectoire je prierai mon Jésus de me garder de moi-même, et que cette nourriture que je vais prendre pour l'amour de lui et par obéissance, me soit une communion spirituelle, par laquelle sa pureté s'incorpore dans mes intentions, sa grâce dans mon âme, et son amour
dans mon cœur, afin que je ne puisse jamais cesser de l'aimer, m'en distraire ni séparer.
Quand j'irai à la récréation, je ferai attention de la donner au sacré Cœur de Notre-Seigneur, en parlant de lui et acceptant de bon cœur les mortifications et humiliations qui m'y arriveront; en consacrant toutes mes paroles à ce Verbe divin, afin qu'il ne permette pas que j'en prononce aucune qui ne soit à sa gloire.
Quand je m'irai chauffer, je le prierai, lui qui est l'ardente fournaise du pur amour au très saint Sacrement, d'enllammer tellement nos cœurs de son feu divin, qu'en les consommant ils puissent devenir tout amour pour l'aimer continuellement.
Quand je souffrirai la soif, ce sera pour soulager celle que l'adorable Cœur de Jésus a d'être connu et aimé dans ce Sacrement d'amour.
Pour prendre mon repos je l'unirai à celui que Jésus prend de toute éternité dans le sein de son Père, et à celui qu'il a au saint Sacrement et dans les âmes pures, lui olfrant toutes mes respirations, les palpitations de mon cœur, les agitations de mes poumons, pour autant d'actes d'amour, d'adoration, de louange et de sacrifice de tout mon être à Jésus au saint Sacrement; lui demandant que ce repos soit pour me donner de nouvelles forces pour le servir.
Quand j'aurai le bonheur de le recevoir réellement, j'offrirai souvent au Père éternel les saintes dispositions du cœur de la Sainte Vierge au moment de l'Incarnation, lesquelles j'unirai à celles de son divin Fils, pour suppléer à celles qui me manquent pour le recevoir dignement. Et quand je l'aurai reçu, je l'offrirai à son Père éternel pour mon action de grâces, pour remerciement, louange, adoration et amour, le priant de réparer à ce moment tous les défauts de ma vie passée, et consommer en moi tous ses desseins, et d'y accomplir toutes ses volontés, lui deman-
dant que, puisqu'il n'a jamais transgressé les lois que son amour lui a prescrites dans ce divin Sacrement, qu'il ne permette pas que je néglige l'observation de mes saintes Règles l.
C'est pour cela, o sacré Cœur de mon Jésus, que je vous choisis pour ma demeure, afin que vous soyez ma force dans les combats, le soutien de mes faiblesses, ma lumière et mon guide dans mes ténèbres, et enfin, le réparateur de tous mes défauts, le sanctificateur de toutes mes intentions et actions, lesquelles j'unis aux vôtres et vous les offre pour me servir d'une continuelle disposition à vous recevoir.
Quand nous sortirons du chœur nous prierons les saints anges de réparer nos défauts et d'y tenir notre place, offrant à Dieu ce que nous allons faire, pour sa gloire et notre salut.
Vive -j- Jésus !